«Facile de tout lui mettre sur le dos»

Les proches du Trifluvien Alexandre Cazes, soupçonné par... (Facebook)

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Les proches du Trifluvien Alexandre Cazes, soupçonné par le FBI d'être le créateur du plus gros site web illégal de l'histoire, entretiennent des doutes sur la réelle culpabilité du jeune homme.

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(Trois-Rivières) La famille du Trifluvien Alexandre Cazes, soupçonné par le FBI d'être le créateur du plus gros site web illégal de l'histoire, a encore bien du mal à avaler toutes les informations qui circulent à son sujet, spécialement depuis que le ministre de la Justice des États-Unis Jeff Sessions et le directeur par intérim du FBI ont relaté en point de presse, jeudi, les détails entourant cette enquête.

Dans une lettre publiée sur sa page Facebook, la conjointe du père d'Alexandre Cazes remet d'ailleurs en question plusieurs affirmations du FBI, notamment celle voulant que le Trifluvien ait été identifié en raison d'une adresse courriel hotmail qui aurait servi au tout début de la création du site Internet AlphaBay.

«Le FBI doit absolument avoir un coupable, et maintenant que Alex est décédé, dur d'avoir des informations. Donc pourquoi ne pas tout mettre les chefs sur le dos d'Alex? J'ai même entendu à la radio qu'ils auraient remonté à lui grâce à une adresse courriel reliée au site Alphabay qui était l'adresse personnelle d'Alex! Voyons donc! Voir si un génie comme lui aurait fait une connerie de ce genre», lance Kathy Gauthier.

Mme Gauthier maintient que le jeune homme travaillait de façon honnête. «EBX TechnoIogie a été créé par Alex en 2009 et il a vraiment travaillé honnêtement et conçu plusieurs programmes et site Web pour plusieurs commerces. AlphaBay a été créé en 2014 suite à la fermeture de Silk Road, et au risque de me répéter, il était déjà millionnaire avant AlphaBay. Donc on ne comprend vraiment pas qu'elles auraient été ses motivations», ajoute-t-elle.

Mme Gauthier rappelle que le jeune homme n'a jamais été jugé et que maintenant qu'il est décédé, il ne pourra jamais se défendre de ces accusations. «Facile de tout lui mettre sur le dos maintenant. Bref on ne saura jamais la vérité mais on a quand même de sérieux doutes. Mais ça ne changera jamais l'amour qu'on a pour lui et peu importe pour nous, il sera toujours dans notre coeur», conclut-elle en ajoutant «On t'aime fort pour l'éternité».

Les policiers thaïlandais, qui l'ont arrêté plus tôt ce mois-ci, rapportent qu'il s'est enlevé la vie dans sa cellule, le 12 juillet, peu avant une audience en cour.

La semaine dernière, le père d'Alexandre, Martin Cazes, avait laissé entendre au cours d'une entrevue qu'il remettait en question la théorie selon laquelle son fils s'était enlevé la vie en prison. Le père endeuillé croit plutôt que son fils pourrait avoir été victime d'un assassinat. 

«Je ne veux pas porter quelque accusation que ce soit, mais on connaît tous la réputation des forces de l'ordre étrangères. Je ne veux pas entacher leur travail, mais certaines choses sont possibles», avait-il lancé.

Alexandre Cazes s'était marié quelques mois avant son arrestation, et sa conjointe est enceinte d'une petite fille qui doit voir le jour dans les prochaines semaines.

Les autorités ont cherché à saisir ses propriétés en Thaïlande, ses comptes bancaires et quatre véhicules, dont une Lamborghini et une Porsche. La création d'AlphaBay, en 2014, lui aurait permis d'amasser un butin de 23 millions $ selon les documents de la cour.

«Si ce que le FBI dit est vrai en totalité, et bien ce n'est pas le Alexandre Cazes que nous connaissons», a-t-elle répondu à La Presse canadienne dans un message Facebook.

«Mais on va l'aimer pareil (sic) et (le) lui pardonner», a-t-elle ajouté.

Jeudi, le département américain de la Justice a fourni plus de détails sur l'opération d'envergure mondiale qui a mené à son arrestation.

Selon la mise en accusation, Alexandre Cazes avait accidentellement dévoilé son adresse courriel personnelle dans des messages de bienvenue envoyés aux nouveaux utilisateurs d'AlphaBay. Lorsqu'il a été retracé et appréhendé en Thaïlande, il était connecté au site en tant que son administrateur, ce qui a ainsi permis aux enquêteurs d'avoir accès à ses mots de passe.

Le site a été fermé le 5 juillet, peu après son arrestation.

Philippe Gravel, un enquêteur de la Gendarmerie royale du Canada, indique que le Groupe intégré de la criminalité technologique a été impliqué dans l'affaire en janvier, à la demande de la police fédérale américaine (FBI) et de la Drug Enforcement Administration (DEA).

«On a débuté une enquête parallèle qui consistait à faire un genre de profil et à évaluer la présence de M. Cazes dans la province du Québec», a-t-il expliqué, n'écartant pas la possibilité que d'autres arrestations s'ensuivent.

M. Gravel croit que cette affaire pourrait dissuader certains internautes de s'aventurer dans le web invisible pour se procurer des armes ou des stupéfiants.

«Le but premier de l'enquête était naturellement de fermer le site AlphaBay. Mais le but secondaire était de miner la crédibilité et la confiance que les gens ont envers ce type de service là, sachant qu'à tout moment, ils peuvent être saisis et même opérés par les policiers», a-t-il exposé.

Une amie de M. Cazes à l'époque où il étudiait à Trois-Rivières le décrit comme quelqu'un de très «gentil» et «serviable», mais aussi ambitieux.

«Il voulait vraiment avoir son entreprise à lui, c'était son rêve», a-t-elle confié sous le couvert de l'anonymat.

«Je n'étais pas si surprise que ça, en ce sens qu'il cherchait toujours des bonnes opportunités d'affaires, je pense qu'il a peut-être pris une voie un peu facile», a-t-elle ajouté.

En Thaïlande, les voisins d'Alexandre Cazes se rappellent de lui comme un homme modeste, mais qui faisait parfois la démonstration de sa richesse.

«Il était avec sa petite amie», a dit Hassanupong Pootrakulchote en entrevue avec l'Associated Press.

«Vers le jour de l'An ou Noël, j'ai vu quelques-uns de ses amis venir chez lui et faire une petite fête. Il y avait des Thaïlandais, certains étaient des proches de sa petite amie, a-t-il raconté. Sinon, c'était surtout tranquille, rien de tape-à-l'oeil ou quoi que ce soit.»

À l'exception de ces voitures de luxe, qui détonnaient dans ce quartier où les maisons coûtent moins de 120 000 $.

Hassanupong Pootrakulchote dit s'être demandé comment il pouvait se permettre de conduire une Lamborghini, croyant qu'il travaillait dans l'industrie hôtelière.

À Washington, jeudi, le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, a dit que l'opération policière ayant mené à la fermeture d'AlphaBay était le plus grand démantèlement d'un marché du web invisible de tous les temps.

Les commerçants du web invisible «jettent de l'huile sur le feu de l'épidémie nationale de drogue», a-t-il lancé.

Avec La Presse canadienne




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