Caïd du dark web

Alexandre Cazes... (Facebook)

Agrandir

Alexandre Cazes

Facebook

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(Trois-Rivières) Le Trifluvien décédé en Thaïlande la semaine dernière, Alexandre Cazes, était le créateur et administrateur du site AlphaBay, le plus gros site jamais créé sur le dark web afin de procéder à l'échange et la vente de drogue, d'armes ou de documents de fraude bancaire. C'est du moins ce qu'a révélé le FBI jeudi matin, lors d'un point de presse tenu aux États-Unis, où ils ont qualifié cette histoire d'enquête la plus importante de l'année pour le FBI.

Alexandre Cazes... (Facebook) - image 1.0

Agrandir

Alexandre Cazes

Facebook

Selon le New York Times, Alexandre Cazes aurait commencé à créer le site à l'été 2013 et l'aurait lancé en décembre de la même année. Il utilisait le pseudonyme Alpha02 ou Admin et aurait amassé une fortune en prenant un pourcentage des transactions illégales effectuées sur son site.

Lors de la conférence de presse, le ministre de la Justice américaine Jeff Sessions ainsi que le directeur par intérim du FBI ont présenté l'acte d'accusation qui devait être déposé jusqu'à ce que Cazes soit retrouvé sans vie dans la prison où il était détenu en Thaïlande. Il devait notamment être accusé de complot, trafic de stupéfiants et blanchiment d'argent, a-t-on pu apprendre. Les autorités maintiennent qu'il s'est enlevé la vie, une théorie qu'a remis en question la famille de l'homme de 25 ans la semaine dernière.

AlphaBay opérait sur le dark web et avait succédé au site Silk Road, qui avait été fermé en octobre 2013. Pas moins de 200 000 personnes et 40 000 vendeurs transitaient par AlphaBay afin de se procurer des substances illicites, des armes ou encore de faux documents, ce qui équivalait à environ 10 fois la taille de Silk Road, évoquent les autorités américaines. Selon le FBI, l'enquête a pris un tournant important dans les derniers mois étant donné que plusieurs vendeurs de drogues synthétiques et d'opioïdes tel que le Fentanyl se retrouvaient sur ce site web. 

Les autorités ont parlé d'au moins 122 vendeurs qui annonçaient pouvoir vendre du Fentanyl sur AlphaBay. «La plupart des activités du site étaient concentrées sur les drogues illégales, ce qui a jeté de l'huile sur le feu de la récente épidémie nationale de drogues illégales», a déclaré le ministre de la Justice, Jeff Sessions. «C'est probablement la plus importante enquête criminelle de l'année, je n'ai aucun doute là-dessus», a-t-il ajouté.

«Cazes, en tant que fondateur, a supervisé les opérations d'AlphaBay depuis sa création et a contrôlé les profits massifs générés par l'opération de l'entreprise, recueillant des dizaines de milliers de dollars en commissions», indique un résumé d'enquête déposé au tribunal en Californie.

«Cazes avait le contrôle ultime sur l'organisation AlphaBay, dont les membres. Il avait l'autorité finale pour fermer les comptes des modérateurs, vendeurs et acheteurs sur le site et le forum. Cazes avait aussi l'autorité finale pour trancher les différends», précisent les documents judiciaires.

Selon des documents présentés lors de la conférence de presse, jeudi, il a été révélé que lors de son arrestation à Bangkok, le 5 juillet dernier, Alexandre Cazes était chez lui assis à son ordinateur et était en ligne sur AlphaBay, ce qui a permis aux autorités d'avoir accès à tous les serveurs cachés et comptes bancaires du site.

Des agents fédéraux américains du FBI et de la Drug Enforcement Administration (DEA) accompagnaient les policiers thaïlandais. Ils se sont jetés sur l'ordinateur et ont saisi la preuve ultime de leur longue enquête: l'informaticien québécois de 25 ans était branché en tant qu'administrateur sur AlphaBay.

Toutes ses informations personnelles et financières, les mots de passe du site, les coordonnées des serveurs et autres secrets étaient là, à portée de la main, non protégés, pour la première fois.

Pour préparer le terrain à cette perquisition, les enquêteurs avaient délibérément provoqué une panne sur un serveur d'AlphaBay, forçant ainsi l'administrateur à se brancher et à intervenir pour redémarrer le système. Pris la main dans le sac, le Québécois a été immédiatement placé en détention dans l'attente de son extradition vers les États-Unis. Tout de suite après, la GRC a mené des perquisitions chez sa mère à Trois-Rivières et dans un entrepôt à proximité, pour étoffer la preuve.

Ses parents ont été interrogés, mais ils ignoraient visiblement tout d'AlphaBay.

Les autorités disent avoir saisi plusieurs biens appartenant à Alexandre Cazes, dont des propriétés à Antigua, en Thaïlande et à Chypre, de même que dix véhicules dont une Lamborghini et une Porsche, ainsi que des avoirs financiers d'environ 23 M$. Une partie de cet argent était en monnaie virtuelle d'échange utilisée sur AlphaBay, dont des Bitcoins. Le Trifluvien aurait aussi possédé des comptes bancaires au Liechtenstein, en Thaïlande et à Chypre.

Bien que l'origine des sites sur le dark web soit difficile à retracer, les autorités ont révélé avoir pu remonter jusqu'à Alexandre Cazes en raison de courriels qu'il avait envoyés d'une adresse hotmail lors de ses premières communications au sujet d'AlphaBay.

Le 12 juillet dernier, une semaine après son arrestation, Alexandre Cazes a été retrouvé mort à la prison de Bangkok où il était détenu. Selon la police thaïlandaise, il se serait pendu à l'aide d'une serviette dans une salle de bain.

La semaine dernière, le père d'Alexandre Cazes a publiquement remis en question cette théorie, lui qui préfère attendre une véritable autopsie avant de pouvoir conclure à ce que les autorités avancent comme cause du décès. Il s'était d'ailleurs porté à la défense de son fils, relatant qu'il n'avait jamais eu aucun démêlé avec la justice, qu'il n'avait pas de casier judiciaire et qu'il était un homme sans histoire. Il était d'ailleurs sur le point de devenir père d'une petite fille, sa conjointe devant accoucher dans les prochaines semaines.

Joint par Facebook, jeudi, M. Cazes a indiqué qu'il préférait n'émettre aucun autre commentaire tant qu'il n'aurait pas les résultats de l'autopsie. La famille s'affaire présentement à organiser les funérailles du jeune homme et a préféré vivre le tout en privé. 

 

Alexandre Cazes s'est suicidé dans sa cellule en... - image 2.0

Agrandir

Alexandre Cazes s'est suicidé dans sa cellule en Thaïlande.

Une vieille adresse Hotmail

Les enquêteurs américains cherchaient depuis longtemps à déterminer l'identité du mystérieux Alpha02, le surnom utilisé par le fondateur du site dans toutes ses communications avec le monde extérieur.

Un jour, ils ont découvert qu'au cours des premiers mois d'existence d'AlphaBay, les utilisateurs qui oubliaient leur mot de passe et demandaient aux administrateurs du site de le récupérer recevaient un courriel redirigé par l'adresse «Pimp_Alex_91:hotmail.com».

Ils n'ont eu aucun mal à découvrir que cette adresse appartenait à Alexandre Cazes, originaire de Trois-Rivières, né en 1991. Ce dernier était consultant en informatique. En cherchant un peu, ils ont constaté qu'un certain Alexandre Cazes avait aussi publié un message en français sur le site francophone www.commentçamarche.com en signant son vrai nom ainsi que l'avatar Alpha02 et en laissant l'adresse Pimp_Alex_91:hotmail.com.

Il devenait de plus en plus clair qu'Alpha02 était Alexandre Cazes.

Les policiers ont ensuite constaté que Cazes avait déménagé en Thaïlande et possédait des actifs de plusieurs millions sans provenance légale connue.

Décrit par une amie sur Facebook comme une personne à l'intelligence supérieure, Cazes possédait officiellement une entreprise légale de réparation d'ordinateurs et de vente de logiciels, EBX Technologies. L'entreprise était enregistrée à la maison de sa mère, chauffeuse d'autobus, à Trois-Rivières. La société semblait peu active, mais à travers le monde, divers comptes bancaires y étaient associés. La société était «un paravent utilisé pour justifier son activité bancaire», affirment les autorités.

Comment fonctionnait AlphaBay?

AlphaBay n'était qu'un point de rencontre entre acheteurs et vendeurs, un grand marché public, mais qui garantissait l'anonymat des usagers. L'un des secrets de son succès était l'attention portée au service à la clientèle et à l'expérience client. Voici comment fonctionnait le site.

Une dizaine d'employés

Selon le FBI, Alexandre Cazes payait une dizaine d'employés pour l'aider à faire rouler AlphaBay. Leur véritable identité est inconnue à ce jour. Les modérateurs Raspi, Disc0, Russ0, Botah, BigMuscles et MountainHigh9 réglaient les disputes entre vendeurs et acheteurs. Trappy, le responsable des relations publiques, promouvait l'image du site sur les forums de discussion. DeSnake, le responsable de la sécurité, veillait à empêcher tout piratage informatique ou fuite d'information. Onionhood et Vaas, les surveillants, tentaient d'éviter les arnaques entre vendeurs et acheteurs.

Un système d'enchères

À son lancement, AlphaBay se présentait comme le seul site du genre à intégrer un système d'enchères. Les vendeurs inscrits proposaient toutes sortes de produits illicites classés par catégories: drogue, virus informatiques, armes, informations bancaires frauduleuses, produits toxiques. Un acheteur potentiel pouvait magasiner, miser une certaine somme et tenter de conclure une entente avec le vendeur de son choix, dans un milieu concurrentiel.

Des frais de 2 à 4 %

Les enquêteurs croient qu'Alexandre Cazes était le seul vrai patron du site. Il percevait des frais d'opération de 2 à 4 % par transaction, selon l'ancienneté du vendeur et sa réputation au sein de la grande communauté d'AlphaBay. Le FBI estime qu'entre 2014 et 2017, des transactions totalisant 1 milliard US ont été effectuées sur le site.

Monnaie électronique

Seules les monnaies électroniques, comme les bitcoins, étaient acceptées en guise de paiement sur AlphaBay. Ces devises virtuelles ne dépendent pas d'une banque centrale, mais sont générées par ordinateur et s'échangent sur l'internet, leur valeur suivant l'offre et la demande. Plusieurs sites web et même des commerces physiques les acceptent comme mode de paiement. Leur avantage pour les marchés criminels est qu'il est possible de camoufler complètement la provenance et le cheminement de ces monnaies.

Transactions garanties

Les versements en monnaie électronique étaient «gelés» par AlphaBay jusqu'à ce qu'un acheteur reçoive sa commande, afin d'éviter toute fraude envers les acheteurs.

Programme de référence

Un usager qui attirait un nouveau membre sur AlphaBay recevait une commission, ce qui a contribué à l'expansion de la communauté des usagers.

Des notes d'appréciation

Les acheteurs pouvaient «noter» la qualité des produits d'un vendeur, sa fiabilité, son efficacité. Les gens qui magasinaient pouvaient connaître d'un coup d'oeil la réputation de la personne avec qui ils faisaient affaire.

Avec La Presse




À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer