«C'est un être immonde»

Sylvain Girard devra patienter jusqu'au 30 mai avant... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Sylvain Girard devra patienter jusqu'au 30 mai avant de connaître la sentence qui lui sera imposée. Il a toutefois déjà porté son jugement de culpabilité en appel.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Shawinigan) La famille et les proches d'Alexandre Bourque, ce jeune homme décédé dans un accident de speed boat conduit par Sylvain Girard, en avaient lourd sur le coeur, lundi, lorsqu'ils ont été appelés à témoigner sur les conséquences de cet accident.

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Les parents d'Alexandre Bourque ont donné au tribunal cette photo de leur fils, prise quelques mois avant l'accident tragique du 4 août 2012.

La mère de la victime, Céline Bourque, n'a d'ailleurs pas mâché ses mots, qualifiant Sylvain Girard d'«être immonde qui ne pense qu'à son plaisir et à la moralité douteuse». Pour elle, son comportement témoigne d'une insouciance et d'une négligence inexcusables et d'une insensibilité rare. «Il aurait tué un animal que cela aurait été la même chose pour lui. The show must go on», a-t-elle lancé en sanglotant. 

Elle déplore également le fait qu'il n'a jamais fait preuve de regrets ou tenu des excuses. Elle a donc réclamé du juge Jacques Trudel qu'il lui impose une sentence sévère.

«Il est temps qu'on le retire de la société afin qu'il réfléchisse même si je doute qu'il en soit capable. Je lui envie une seule chose: s'il est condamné, il pourra vivre avec l'espoir de retrouver sa famille à la fin de sa sentence. Pour nous, la perte d'Alexandre est une finalité», a-t-elle rappelé. 

Plusieurs membres de la famille et des amis avaient pris la peine de se déplacer, lundi, pour assister aux plaidoiries sur sentence dans cette affaire. Ils ont décrit la victime comme un jeune homme respectueux, joyeux, intelligent, attachant, sportif, apprécié de ses collègues de travail et désireux de fonder une famille avec son amie de coeur. 

L'oncle de la victime, André Jean Bordeleau a lui aussi été bouleversé par la mort du jeune homme. Il estime que Sylvain Girard a fait preuve d'un manque de jugement important. «Il doit avoir une sentence exemplaire qui va l'inciter à revoir ses erreurs», a-t-il déclaré. 

Pour sa part, Marc-Antoine Noël, un ami très proche de la victime, y est lui aussi allé d'un témoignage très émouvant, ayant de la difficulté à parler tant il pleurait. «J'étais avec lui sur le bateau. J'ai beaucoup de flashbacks: les têtes qui sortent de l'eau, les sons, les cris. J'ai encore de la difficulté à me baigner aujourd'hui», a-t-il déclaré. 

Il éprouve des remords de ne pas avoir été capable d'agripper son ami pour le sauver. Il a également souffert de détresse, a perdu ses capacités de concentration et a de la difficulté à dormir. «J'ai abandonné mes études et je me suis absenté du travail. J'ai passé des journées couché à regarder le plafond. Cela a pris un an et demi avant de pouvoir aller chercher de l'aide», a-t-il précisé. 

Rappelons que cet accident était survenu le 4 août 2012. Girard avait proposé à des jeunes de faire un tour sur la rivière Saint-Maurice à bord de son speed boat de 42 pieds. C'est au troisième tour, lors d'une manoeuvre de virage, que le bateau de l'accusé avait tangué et que ses passagers avaient tous été éjectés. Alexandre Bourque, 27 ans, y avait trouvé la mort. À la suite d'un procès, Sylvain Girard avait été déclaré coupable de conduite dangereuse et de négligence criminelle causant la mort. 

La Couronne a donc réclamé une peine de cinq ans de prison et une interdiction de conduire un bateau pendant sept ans. Elle a insisté sur la gravité des gestes posés par l'individu, ses nombreux antécédents judiciaires dont un en matière de conduite dangereuse, son dossier de conduite, sa témérité, son niveau de responsabilité élevé et le fait d'avoir mis la vie de plusieurs personnes en danger dans le seul but d'épater la galerie.

«Ce qu'on peut retenir de ce procès: ''Moi j'ai un gros bateau, il va vite et tassez-vous de mon chemin''», a imagé la procureure de la Couronne, Me Catherine Vincent. 

La défense s'est plutôt inspirée de la cause d'Emma Czornobaj, cette femme qui avait provoqué un accident mortel en juin 2010 en arrêtant sa voiture pour sauver des canards sur une autoroute. Me Louis R. Lupien et Me Michel Lebrun ont réclamé la même peine pour Girard, soit 90 jours de prison discontinue, 240 heures de travaux communautaires et une probation de trois ans. 

Me Lupien a rappelé que dans cette affaire, on avait justement reproché à la conductrice son absence de remords et le fait qu'elle avait nié sa responsabilité en reprochant à l'une des victimes d'avoir conduit trop vite. Dans le cas présent, il a rappelé que son client n'avait clairement pas l'intention de tuer quelqu'un et qu'il n'avait jamais jeté le blâme sur autrui. 

Selon lui, on a également insisté sur le comportement téméraire de Sylvain Girard alors qu'il avait pourtant accepté de donner de son temps cette journée-là pour aider du monde et faire des tours de bateau.

«Malgré des propos méprisants qui ont été tenus contre lui jusqu'à certains égards, on lui prête de mauvaises intentions. Il regrette sincèrement son geste mais il ne peut retourner en arrière», a-t-il déclaré. 

Le juge rendra la sentence le 30 mai.




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