90 jours de prison pour Denis Grenier

Denis Grenier a plaidé coupable à une accusation... (Stéphane Lessard)

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Denis Grenier a plaidé coupable à une accusation de négligence criminelle ayant causé la mort.

Stéphane Lessard

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La négligence de Denis Grenier à l'égard de l'état de son véhicule le conduit en prison pour 90 jours, une peine reçue avec amertume par la famille de Steve Boilard, ce camionneur de Saint-Rosaire qui a perdu la vie le 1er mars 2016 à Trois-Rivières à la suite d'un accident causé par l'homme de 59 ans.

Quelques jours avant le 1er mars, Denis Grenier apprend de son mécanicien que sa voiture présente une défectuosité majeure au niveau de la direction. Ce citoyen de Trois-Rivières n'a pas les moyens de payer la facture. Il emprunte donc 1500 $ à sa fille le 28 février et le 1er mars, il prend la direction de l'autoroute 40 à la hauteur du secteur de Cap-de-la-Madeleine afin de se rendre chez son mécanicien pour faire réparer son véhicule. Sauf qu'en négociant la courbe de la bretelle d'accès vers l'est, la direction lâche: sa voiture percute un poids lourd qui circule dans la même direction et se retrouve sous le tracteur du camion conduit par Steve Boilard.

Le camion transportant des madriers est déporté vers le muret central qui sépare les voies est et ouest, passe par-dessus le muret et se retrouve dans la voie ouest à contresens du trafic. Selon les explications fournies vendredi au palais de justice de Trois-Rivières par Me Julien Beauchamp-Laliberté, procureur de la Couronne, le camionneur se serait lancé hors de son véhicule pour éviter de se faire heurter par la charge ou aurait été éjecté. Steve Boilard a atterri sur la voie opposée et a été happé par un véhicule conduit par une dame qui circulait avec deux enfants. Le père de famille serait décédé sur le coup.

Denis Grenier a plaidé coupable à une accusation, soit celle de négligence criminelle ayant causé la mort. Selon Me Beauchamp-Laliberté, l'individu sans antécédent judiciaire savait que son véhicule avait un problème mécanique. Deux expertises ont d'ailleurs illustré le problème.

Le camion conduit par Steve Boilard s'est retrouvé... (Stéphane Lessard) - image 2.0

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Le camion conduit par Steve Boilard s'est retrouvé dans cette position à la suite de l'accident du 1er mars 2016.

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Steve Boilard

Témoignages touchants

Une dizaine de membres de l'entourage de Steve Boilard ont assisté au plaidoyer de culpabilité de Denis Grenier. Sa conjointe, sa fille, son frère et sa soeur ont tenu à exprimer leur douleur au juge Guy Lambert. Ces témoignages ont créé une charge émotive qui a ébranlé un peu tout le monde dans la salle d'audience, y compris le président du tribunal.

Josée Boilard, la soeur du défunt, s'est adressée directement à Denis Grenier en précisant qu'elle avait hâte de le rencontrer. Disant vivre de la colère, de la frustration et de la douleur, Mme Boilard a dit ceci à l'homme responsable de la mort de son frère.

«M. Grenier, vous devez vivre avec ça sur votre conscience», a déclaré Mme Boilard, alors que Denis Grenier acquiesçait d'un geste de la tête.

Caroline Aubert a été la conjointe de Steve Boilard durant 28 ans. Selon elle, aucune sentence ne réussira à l'apaiser.

«Vous avez brisé le lien d'une belle petite famille.»

Invité à prendre la parole, Denis Grenier a dit éprouver une grande peine à l'égard de la famille de Steve Boilard.

«Je regrette cette journée. J'ai l'impression qu'il y a eu deux décès et il y en a un qui parle devant vous», a-t-il raconté au juge.

La peine de 90 jours de prison à être purgée de façon discontinue est une suggestion des deux procureurs. Selon Me Mathieu Poliquin, l'avocat de Grenier, son client vit difficilement avec les conséquences funestes de cet accident. Il a subi de graves blessures après l'impact. Il a besoin d'un suivi psychologique, ayant eu des idées suicidaires.

Tout en soulignant qu'aucune peine ne sera jamais assez sévère pour la famille de la victime, Me Beauchamp-Laliberté a mentionné au tribunal que la ligne est mince entre la responsabilité civile et la responsabilité pénale. Le tribunal faisait face à une situation criminelle, mais tant sur les faits qu'en ce qui a trait à la responsabilisation, la cour était devant un cas rarement vu.

Le juge Lambert a entériné la proposition d'emprisonnement de 90 jours. Denis Grenier devra respecter une période de probation de trois ans et ne pourra conduire un véhicule durant quatre ans.

«Quand vous êtes parti de chez vous, vous n'aviez pas d'intention criminelle. Mais les gestes que vous avez posés ont eu des conséquences énormes», a exposé le juge Lambert.

La décision de la cour a vivement déplu à l'entourage de Steve Boilard. Son frère, Yvan, n'en revenait pas que la peine ne soit que de 90 jours à être purgée les fins de semaine.

«On trouve que c'est une sentence bonbon pour avoir causé la mort d'un membre de notre famille.»

Josée Boilard voulait voir le visage de Denis Grenier afin de savoir si ce dernier éprouvait de la douleur. La tristesse de l'individu ne l'a pas vraiment attendrie.

«Je n'ai eu aucune pitié pour lui», raconte Mme Boilard, qui rappelle l'importance de miser sur sa famille et ses amis pour traverser cette épreuve.

L'entourage aurait apprécié que Denis Grenier s'excuse pour ce qu'il a fait et aurait préféré que la peine de 90 jours soit purgée de façon continue.




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