Procès Vadeboncoeur: les policiers se sont protégés entre eux selon la Couronne

Les gestes posés par les policiers de Trois-Rivières... (Sylvain Mayer)

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Les gestes posés par les policiers de Trois-Rivières étaient non seulement désorganisés et désordonnés mais surtout injustifiables dans l'affaire Vadeboncoeur selon la Couronne.

Sylvain Mayer

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les gestes posés par les policiers de Trois-Rivières étaient non seulement désorganisés et désordonnés, mais surtout injustifiables, voire inacceptables dans les circonstances.

C'est du moins ce qu'a soutenu Me Aryanne Guérin, procureure de la Couronne, dans le cadre de ses plaidoiries au procès des quatre policiers accusés de voies de fait et de fabrication de faux rapports. «On n'exige pas la perfection de leur part, mais il ne doit pas y avoir des gestes gratuits comme de la vengeance», a-t-elle déploré. 

Elle comprend mal d'ailleurs le motif de donner des frappes de diversion dans un contexte où le suspect était en position de soumission. Elle a rappelé que dès le départ, l'agent Dominic Pronovost s'est précipité sur Vadeboncoeur, plaçant ses collègues dans une situation encore plus risquée. Sans prendre quelques secondes pour discuter avec ses collègues, l'agent Pronovost aurait asséné un premier coup de pied gratuit qui a donné le ton au reste de l'intervention pour ensuite frapper Vadeboncoeur à la tête avec son arme à la main. «On le frappe à plusieurs endroits sensibles sans cohésion au niveau des ordres et surtout sans s'adapter au comportement du suspect», a-t-elle ajouté.

Pronovost aurait notamment asséné deux coups de pied en ayant toujours l'arme à la main. Kaven Deslauriers aurait pour sa part donné une série de frappes après avoir seulement touché le bras de Vadeboncoeur. Barbara Provencher a procédé à une technique d'étranglement pendant que ses collègues frappaient de tous les côtés au point que le groupe s'est déplacé vers la gauche. Quant à Marc-André Saint-Amant, ses coups auraient été superflus.

Toujours selon les dires de la procureure, Vadeboncoeur a fait ce qu'il pouvait avec ce qu'il savait et comprenait pour montrer sa soumission. En bout de ligne, il aura souffert d'un traumatisme crânien, ce qui a d'ailleurs été confirmé plus tard par un médecin, de douleurs aux testicules et de lésions au visage. 

Me Guérin a également attaqué la crédibilité de l'expert de la défense Denis Rancourt. Elle soutient qu'il a pris les informations favorables aux accusés sans tenir compte de la version de Vadeboncoeur et des rapports médicaux. Il s'est plutôt fié aux informations transmises par les avocats de la défense. Elle a donc enjoint au juge de ne pas tenir compte des supposés problèmes d'images transmises par la caméra. «Il s'est permis d'émettre des hypothèses sur une perte potentielle d'images sur un système qu'il ne connaissait même pas», a-t-elle indiqué. Elle a d'ailleurs précisé que les policiers avaient eux-mêmes admis que la vidéo reflétait la réalité. 

En ce qui concerne les accusations liées à la fabrication de faux rapports et d'entrave, Me Guérin a exhorté le juge d'accorder une grande importance dans son évaluation aux propos de l'agent de sécurité du cégep. On se rappelle que Claude Gauthier avait affirmé qu'en voyant la vidéo de l'arrestation, les agents Deslauriers et Pronovost avaient dit: «On n'emmène pas ça en cour. Ça va se retourner contre nous.» Ils avaient ensuite quitté les lieux en disant qu'ils n'en auraient pas besoin.

Or, des policiers étaient finalement retournés chercher la fameuse vidéo le soir même à la demande de l'agente Provencher. Toutefois, dans la rédaction de leurs rapports le lendemain, les policiers auraient omis de parler de la vidéo et même de la transmettre au procureur de la Couronne en charge du crime commis par Vadeboncoeur. 

Toujours selon Me Guérin, les policiers ont, par contre, pris soin d'insérer dans leur rapport respectif des phrases-clés visant à justifier les frappes. Selon elle, les policiers se sont protégés entre eux, en ne souhaitant qu'une chose: que personne n'ait besoin de la vidéo par crainte des représailles contre eux.

Elle a donc réclamé des verdicts de culpabilité sur tous les chefs d'accusation portés contre eux. «Si chaque arrestation à haut risque se termine comme ça, je suis inquiète. Quand le drapeau blanc se soulève, les policiers doivent en tenir compte» a-t-elle déclaré. 

Enfin, elle a aussi parlé du malaise perceptible chez les autres policiers qui ont témoigné dans cette affaire. Elle a déploré leur manque de transparence et leurs contradictions. La défense n'a pas tardé à réagir en demandant un droit de réplique, accusant la Couronne d'alléguer que le service de police de Trois-Rivières au complet avait conspiré pour travestir la preuve. Non sans une évidente déception vu la durée de ce procès qui s'éternise, le juge Steve Magnan a reporté leur droit de réplique «limité» au 20 avril.




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