Accident d'avion au lac Geoffrion: «J'ai frappé quelque chose»

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L'accident d'avion au lac Geoffrion a eu lieu en 2011.

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(La Tuque) La septième journée du procès du pilote de l'hydravion qui s'est écrasé au lac Geoffrion en 2011 a été marquée par le début du témoignage de l'accusé. Yves Julien s'est amené à la barre pour sa défense. Il est accusé de négligence criminelle ayant causé la mort et de conduite dangereuse d'un aéronef ayant causé la mort.

Selon l'accusé, l'accident est dû à un impact entre son appareil et quelque chose, «un billot de bois probablement».

«J'ai frappé quelque chose, j'ai perdu le contrôle de l'avion. [...] Tout semblait beau jusqu'à ce que je frappe le billot de bois», a affirmé Yves Julien.

Il a tenté d'expliquer au tribunal toutes ses tentatives d'amerrissage sur le lac Geoffrion le soir de l'accident. Il y en a eu cinq au total selon l'accusé. Il s'est aussi efforcé de faire plusieurs liens entre ses connaissances de navigateur et d'aviateur.

Selon l'accusé, son appareil, qualifié de complexe par les deux experts entendus durant le procès, ne l'était pas. Il a d'ailleurs comparé la conduite à une automobile ou même une bicyclette avant de se reprendre pour faire le parallèle entre son engin et un Cessna.

«C'est deux manettes de plus. [...] On ne parle pas de piloter un Boeing», a fait valoir Yves Julien.

L'accusé a aussi procédé à l'analyse complète de son carnet d'entraînement. Il a corrigé «des coquilles» commises tantôt par son instructeur, qui a témoigné à titre d'expert, tantôt par l'accusé. Il a noté une erreur de date, un mauvais code d'aéroport «dû à sa dyslexie légère», même une erreur de destination...

Quant à la journée de l'accident, on a pu apprendre qu'une des tentatives d'amerrissage avait été manquée en raison du nombre important de vagues.

«Ça cognait dur», a-t-il dit.

Puis une autre tentative a avorté parce qu'il y avait le reflet du coucher de soleil dans l'eau.

«Ça m'aveuglait, je n'étais plus capable de déterminer où étaient les roches», a-t-il souligné.

«Je ne voyais rien, je ne voulais pas prendre de chance d'atterrir à l'aveuglette.»

En contre-interrogatoire, Yves Julien a avoué qu'il savait très bien qu'il ne pouvait pas avoir de passager. Il a fait valoir toutefois que le passager, décédé dans l'accident, faisait exception. 

«Je n'aurais invité personne d'autre. C'est lui qui m'a demandé d'y aller», a-t-il précisé.

Le procureur de la Couronne l'a aussi questionné sur sa mémoire. En début d'après-midi, Yves Julien a raconté dans le détail ses tentatives d'amerrissage alors que dans son interrogatoire antérieur avec un enquêteur de la Sûreté du Québec, il avait affirmé qu'il avait eu un blanc de 15 minutes sur les dernières tentatives d'amerrissage et que selon son médecin «ça ne reviendra jamais». 

L'accusé a été confronté à l'enregistrement de son interrogatoire.

«Ce n'est pas ce que j'ai dit ou ce n'est pas ce que je voulais dire. [...] Vous me prenez hors contexte», a-t-il dit en s'énervant.

Le procureur de la Couronne l'a par la suite questionné sur des vols qui auraient eu lieu avant l'obtention de son permis d'élève-pilote en juillet 2011. Yves Julien ne s'en souvient pas.

La journée avait d'abord débuté par le contre-interrogatoire de l'expert en instruction de vol, Denis Bernier. Il a été question, notamment, de météo, de compétences, de cours de pilotage.

L'instructeur s'est également révisé. La veille il avait affirmé que son élève était prêt à voler en solo, alors qu'il a plutôt mentionné qu'il était «presque prêt».

«Dans les faits, il fallait que je vole avec lui encore au moins une fois», a expliqué Denis Bernier.

Ce dernier a aussi noté que l'heure de départ le jour de l'accident était tardive et qu'elle ne «laissait pas une grande marge de manoeuvre avant la nuit officielle».

Le témoin a également été questionné à savoir s'il aurait laissé l'accusé faire une envolée jusqu'au lac Geoffrion. Le procureur de la Couronne lui a rafraîchi la mémoire avec le témoignage qu'il avait livré devant le tribunal d'appel des transports du Canada en 2013.

Le témoin a réitéré qu'il n'aurait pas laissé partir son élève en solo pour aller au lac Geoffrion, comme il l'avait indiqué à cette époque.

D'ailleurs, dans une décision du tribunal d'appel des transports du Canada datée d'août 2013, Yves Julien a été condamné à payer une amende de 5000 $ pour avoir contrevenu au Règlement de l'aviation canadien.

On peut lire dans l'analyse du tribunal qu'en «se fondant sur les preuves et les témoignages présentés à l'audience, M. Julien n'avait tout simplement pas la licence, le permis ou l'autorisation requis pour agir à titre de commandant de bord, ou de voler avec un passager; pas plus qu'il n'avait la qualification pour amerrir son aéronef».

Le tribunal poursuit, un peu plus loin dans sa décision, qu'il considère que M. Julien n'a pas exercé une diligence raisonnable afin de prévenir ce malheureux accident. 

On a confirmé au Nouvelliste que le dossier était toujours en suspens, qu'aucune audience n'avait été tenue et qu'aucune décision n'avait été rendue en appel de ce dossier. La demande d'appel a été déposée le 20 septembre 2013 auprès du tribunal d'appel des transports du Canada.




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