Trente mois de prison pour deux vies meurtries

Julie Lebrun et Marc Pellerin sont soulagés de... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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Julie Lebrun et Marc Pellerin sont soulagés de la fin des procédures judiciaires. Toutefois, la sentence imposée à Sébastien Deblois ne pourra suffire à mettre un terme aux douleurs physiques et morales avec lesquelles ils doivent vivre quotidiennement.

François Gervais, Le Nouvelliste

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Shawinigan) «Peu importe la sentence, elle ne pourra pas nous redonner tout ce que cet homme nous a enlevé.»

À sa sortie de la salle d'audience jeudi, Julie Lebrun avait peine à trouver les mots pour commenter la sentence de 30 mois qui venait d'être infligée à Sébastien Deblois pour conduite avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles.

«Je ne sais pas si je suis contente ou non, mais une chose est certaine, il a changé notre vie pour toujours. Heureusement, les procédures judiciaires sont terminées après cinq ans d'attente. Le livre ne sera jamais fermé, mais au moins, la page est tournée», a-t-elle ajouté les yeux remplis d'eau. 

Le 5 février 2012, elle et son conjoint Marc Pellerin revenaient d'un week-end au chalet familial. Ils avaient le coeur léger. Mme Lebrun venait d'apprendre qu'elle était enceinte d'un mois. Tous les espoirs étaient permis, surtout après une fausse couche dans le passé.

Or, dans le sentier de motoneige de Saint-Alexis-des-Monts, ils ont croisé le chemin de Sébastien Deblois, qui venait de sortir d'un bar. Compte tenu de son état d'ébriété avancé, celui-ci a soudainement bifurqué du sentier pour entrer en collision frontale avec le couple. 

Les blessures subies par Julie Lebrun sont excessivement graves. La dame a eu un traumatisme crânien léger, des fractures dont certaines ouvertes au tibia, péroné, fémur et à la mâchoire. L'artère tibiale a également été sectionnée. 

Le plus difficile pour elle a été de décider si elle interrompait sa grossesse. Elle a en effet été hospitalisée pendant 76 jours et a subi un total de 14 opérations, sans compter une forte médication qu'elle doit encore prendre aujourd'hui. Elle a finalement fait le choix de garder son enfant.

«J'ai pris la bonne décision. Notre fille a quatre ans et elle va bien, mais nous avons eu très peur des séquelles possibles. Le problème est que je ne peux pas m'occuper d'elle comme je l'ai rêvé à cause de mes douleurs. Je me sens souvent comme une mauvaise mère», a-t-elle précisé. 

Avec le temps, elle a pu reprendre son travail d'inhalothérapeute à l'hôpital, mais elle demeure sous haute surveillance compte tenu justement de ses limitations et de ses douleurs chroniques. 

Quant à M. Pellerin, sa cheville a été fracturée, l'obligeant à mettre un terme à son travail de ferblantier dans la construction, à s'orienter vers un autre domaine et surtout, à baisser considérablement de salaire, accroissant ainsi des problèmes d'anxiété. 

Le pire pour lui demeure par contre «l'inconscience» de Sébastien Deblois. «Je ne peux pas croire qu'il est aussi inconscient. Il a scrappé deux vies comme ça», a-t-il déploré.

Outre ces séquelles, le couple a dû composer avec des procédures judiciaires plus longues que prévu. En effet, un mois après avoir été déclaré coupable par le juge Guy Lambert en 2015, Sébastien Deblois a fui le pays pour aller rejoindre sa femme en République dominicaine.

À deux reprises, il ne s'est pas pointé devant le tribunal pour les plaidoiries sur la sentence, entraînant le dépôt d'une nouvelle accusation et d'un mandat. Ce n'est que 13 mois plus tard qu'il a finalement pris la décision de revenir au pays, soit le 27 décembre 2016, pour ensuite se livrer aux autorités le 9 janvier 2017.

Selon ce qu'il a expliqué au juge Guy Lambert, il aurait paniqué lors du verdict. «J'étais nouvellement marié avec une Dominicaine et je savais aussi que j'allais perdre la garde de ma fille au Québec si je retournais en prison. J'ai craqué», a-t-il expliqué. 

Il a également parlé des blessures qu'il a lui aussi eues lors de l'accident, de ses deux enfants, de ses problèmes conjugaux et professionnels et de son lointain passé criminel. Il a dit compatir avec Mme Lebrun, affirmant qu'il ne croyait pas qu'elle avait été aussi grièvement blessée, sans pour autant manifester de remords ce qui a nettement joué en sa défaveur.

Sur ce point, le juge a déclaré: «Il n'admet d'aucune façon sa responsabilité. Il a parlé de lui, de ses problèmes, de ses blessures et il a fui le pays dès qu'il a été déclaré coupable.»

Une absence de conscientisation également notée par Marc Pellerin. «Il n'a jamais eu de remords. Avec lui, c'est toujours je-me-moi», a-t-il déploré en entrevue. 

Il s'agit d'ailleurs de facteurs aggravants dont le juge a tenu compte autant que son état d'ébriété avancé. «Sachez que les peines pour l'alcool ne sont pas moindres pour les motoneigistes que pour les conducteurs de véhicules à moteur sur les chemins publics», a-t-il pris soin de rappeler. 

Certes, comme l'avait mentionné l'avocate de Deblois, Me Karine Bussière, qui demandait une peine de deux ans de prison, le juge a pris en considération son absence d'antécédents judiciaires en semblable matière et le fait qu'il était un actif pour la société. Par contre, la procureure de la Couronne Me Vicky Belleville demandait trois ans de prison à la lumière des séquelles importantes occasionnées par cet accident. 

Le juge a finalement opté pour 30 mois de prison, moins la détention provisoire de deux mois, pour un total de 28 mois. Deblois sera également soumis à une interdiction de conduire pendant 12 mois à sa sortie de prison.




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