«Je suis persuadé qu'ils savent qui c'est»

Le professeur de criminalistique à l'UQTR, Frank Crispino,... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Le professeur de criminalistique à l'UQTR, Frank Crispino, estime que la SQ sait qui a tué Cédrika Provencher.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Professeur de criminalistique à l'UQTR et ancien policier à la Gendarmerie nationale de France pendant 30 ans, Frank Crispino estime que les enquêteurs de la Sûreté du Québec savent pertinemment qui a tué la petite Cédrika Provencher.

Il leur reste à apporter des preuves suffisamment solides pour convaincre le tribunal. «Je suis absolument persuadé qu'ils savent qui c'est», dit-il. «Je ne me pose même pas de questions là-dessus», assure-t-il.

«Le souci n'est pas tant de savoir qui c'est. Ils le savent, à mon avis. C'est de savoir si la personne sera condamnée», analyse-t-il à la lumière des informations officielles qui ont circulé dans les médias jusqu'à présent dans cette affaire.

Frank Crispino ne cite évidemment aucun nom, mais prévient «que le temps qui passe, ce sont les traces qui s'effacent».

Selon ce qu'en sait le professeur Crispino, c'est grâce au dossier dentaire et à une série de déductions que les enquêteurs ont pu en venir à affirmer que les ossements trouvés par des chasseurs, en décembre 2015, étaient bel et bien ceux de la fillette.

Les ossements provenant du crâne de l'enfant ont aussi permis aux anthropologues judiciaires de déterminer qu'ils appartenaient à un enfant de sexe féminin. Et puis, «il n'y a quand même pas 50 enfants qui disparaissent chaque année à Trois-Rivières», fait aussi valoir le professeur Crispino.

Inutile, selon lui, de faire des tests d'ADN sur les quelques restes trouvés «parce qu'il n'y en a plus. Les conditions de stockage à l'extérieur font qu'au fur et à mesure, tout se détruit au niveau du matériel organique», explique-t-il.

Malgré une battue exécutée par quelque 200 policiers, du 13 au 22 décembre 2015, aucune autre preuve matérielle n'aurait été trouvée.

C'est du moins ce que les policiers ont laissé filtrer jusqu'à présent. Cela ne veut pas nécessairement dire que c'est bien le cas, fait valoir le professeur Crispino.

«La communication fait aussi partie de la stratégie d'enquête», explique l'ex-policier. Certains éléments ont peut-être fait l'objet d'un accord de non-divulgation», explique-t-il, «pour faire avancer l'enquête ou pour servir d'élément motivant», explique-t-il.

La première question que le professeur Crispino s'est posée, à la lumière de son expérience passée d'enquêteur, c'est de savoir si les restes de Cédrika provenaient ou non du site d'inhumation primaire.

Il est fort possible, rappelle-t-il, que les restes de la petite aient été déplacés par des animaux, des oiseaux de proie par exemple, sur d'importantes distances. Dans ce cas, ça peut être tellement loin qu'aucune battue n'arrivera à les retrouver.

Ce dernier s'intéresse aussi à la manière dont «les preuves matérielles peuvent participer à la stratégie d'enquête».

Ces preuves, dans ce cas-ci les ossements, ont sûrement été analysées par la taphonomie, c'est-à-dire la science qui s'occupe de la détérioration des os après le décès. Cela inclut les «phénomènes environnementaux de perturbations, par exemple la poussée des plantes, les racines qui peuvent se mettre autour d'un os et qui vont l'abîmer un petit peu, donc ça donne une idée du délai depuis le décès», explique-t-il. 

Le professeur Crispino est certain que les enquêteurs ont eu recours à des spécialistes de la faune pour voir s'ils peuvent identifier des traces sur les ossements. «On peut penser naturellement à des ours, on peut penser à des aigles. Ça va laisser des traces de serres ou de bec sur l'os», dit-il. Cela permettrait de savoir avec plus de certitude si les ossements ont été transportés.

Quant à savoir quelle sera la longévité des autres ossements qui pourraient se trouver encore quelque part, dans la nature, leur état dépend «de l'acidité du milieu et de la nature des sols», explique le chercheur.

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