Décès de Christiane Vadnais: pas d'accusations contre le propriétaire du pitbull

Un pitbull a tué Christiane Vadnais le 8 juin dernier, à... (PHOTO SARAH MONGEAU-BIRKETT, ARCHIVES LA PRESSE)

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Un pitbull a tué Christiane Vadnais le 8 juin dernier, à Pointe-aux-Trembles.

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(Montréal) Aucune accusation criminelle ne sera portée contre le propriétaire du pitbull qui a tué Christiane Vadnais l'été dernier à Pointe-aux-Trembles, ont récemment annoncé la Couronne et la police à la famille de la victime, à son grand désarroi.

Franklin Junior Frontal, un homme au lourd passé criminel, a laissé son chien Lucifer au domicile de ses parents, en leur absence, le 8 juin dernier. L'animal a réussi à atteindre la cour arrière de la maison voisine, où il a mortellement mordu Mme Vadnais, 55 ans, dans sa propre cour.

«Pour moi, il va toujours rester le responsable du décès de ma mère par son manque de vigilance et par sa négligence. Je souhaite juste que ça ne reproduise plus, a laissé tomber en entrevue la fille unique de la victime, Émilie Routhier, toujours affectée par la tragédie. Pour moi, il va toujours rester responsable, malgré ses remords.»

En même temps, «il n'y a rien qui va me ramener ma mère», a-t-elle ajouté. «Ça ne m'aurait pas aidée à passer à travers plus facilement. [...] Mais c'est sûr que ça aurait donné un sens à l'injustice. Pour l'instant, c'est injustice par-dessus injustice.»

Mme Routhier a ajouté : «On ne peut même pas parler d'être à la mauvaise place au mauvais moment. Si on ne peut plus être dans notre cour quand on le désire, ça n'a pas de sens.»

Le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) a confirmé à La Presse qu'aucune accusation ne serait déposée dans ce dossier.

Au début du mois de novembre, une tout autre décision a été prise lorsque le propriétaire d'un pitbull qui avait défiguré une fillette de 8 ans dans un parc de Brossard a été accusé de négligence criminelle. Sa mère, qui avait sorti la bête, devra aussi répondre de la même accusation.

«Vraiment déçues»

Une policière et une procureure la Couronne ont rencontré Mme Routhier et sa tante il y a deux semaines afin de leur faire part de la décision.

«On était vraiment déçues», a relaté la jeune femme. «Ça déçoit énormément la famille», a ajouté Lise Vadnais, soeur de la défunte. Les deux ont dit avoir argumenté, sans résultats. «Ce sont des accusations qui sont quand même difficiles à porter parce qu'il faut monter un dossier béton, a ajouté Émilie Routhier. On me l'avait expliqué, on ne m'avait pas fait de promesse.»

La famille dit maintenant réfléchir à la possibilité de poursuivre Franklin Junior Frontal au civil.

Émilie Routhier affirme qu'elle fait difficilement son deuil. «C'est encore très difficile et ça va le rester pour un bon bout, dans toutes les sphères de ma vie», a-t-elle confié.

Une telle décision du DPCP n'est jamais irrévocable : elle peut évoluer si de nouvelles preuves ou de nouveaux témoignages sont recueillis.

Difficile à prouver

Au coeur du problème, selon les informations données oralement à Mmes Vadnais et Routhier : «c'est comme si personne ne s'était plaint de façon formelle» du chien avant qu'il ne tue sa victime. Cette situation aurait sérieusement compliqué la tâche du procureur, qui aurait eu à prouver que M. Frontal s'était rendu coupable de négligence criminelle parce qu'il devait se méfier de la dangerosité de l'animal.

Audrey Amzallag, avocate de Franklin Junior Frontal, a affirmé que cette décision ne la surprenait pas, étant donné le niveau de preuve nécessaire pour accuser un individu de négligence criminelle.

«Mon client est satisfait. Je ne pense pas que la Couronne avait la preuve pour aller contre mon client dans ce dossier. C'était évident depuis le départ. [...] Je me doutais que ça n'allait pas aller très, très loin, cette histoire», affirme Mme Amzallag.

Selon elle, le 8 juin, M. Frontal a «fait comme il faisait tous les jours : il est sorti pour aller à l'école et laissait le chien au domicile», a expliqué Mme Amzallag. L'avocate affirme toujours qu'elle ignore comment l'animal a pu sortir de la maison pour se rendre sur le terrain de Mme Vadnais et la tuer.

«C'est certain qu'il a des regrets par rapport à cette situation, par rapport à la famille. Mais encore une fois, c'était hors de son contrôle, a ajouté Me Amzallag. Il n'a rien planifié, il n'a pas laissé la porte ouverte, il n'a pas été négligent cette journée-là comparativement à d'autres. Il a fait sa routine comme il le fait toujours.»

Bel et bien un pitbull, selon la famille

Une controverse avait éclaté dans les mois qui ont suivi la mort de Mme Vadnais concernant la race du chien impliqué : la bête avait été enregistrée comme un boxer auprès des services municipaux.

La famille de Christiane Vadnais assure que les autorités lui ont certifié qu'il s'agissait bel et bien d'un pitbull.

«On m'a reconfirmé lors de notre dernière rencontre, il y a deux semaines, que c'était bien un chien de type pitbull, un mâle de 7 ans», a affirmé Émilie Routhier en entrevue, précisant que cette information était issue des «tests faits à Saint-Hyacinthe», où se trouve la faculté de médecine vétérinaire de l'Université de Montréal.

Le chien avait déjà mordu des humains à au moins deux reprises, avait indiqué Me Amzallag juste après l'attaque mortelle : le pitbull s'est jeté sur le bras d'un passant devant un dépanneur et a aussi mordu le cousin de M. Frontal.

Lucifer a été abattu par les policiers qui sont intervenus le jour du drame.

«C'est une situation abominable pour lui [M. Frontal] aussi. Il a perdu aussi son compagnon», a dit Me Amzallag hier, avant de reconnaître du même souffle que «c'est certain que ce n'est pas la même chose» que pour les proches de Christiane Vadnais. «On comprend tous que le chien, ça fait aussi partie de la famille. C'est certain que ce n'était pas quelque chose de facile non plus, il a vu son chien mort.»

Gaston Vadnais, de Louiseville, déplore qu'il ait fallu... (Stéphane Lessard) - image 2.0

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Gaston Vadnais, de Louiseville, déplore qu'il ait fallu le décès de sa soeur, Christiane Vadnais, pour que la question des pitbulls revienne sur la place publique.

Stéphane Lessard

Gaston Vandais frustré et déçu

Se disant «frustré et déçu» qu'aucune accusation criminelle ne soit portée contre le propriétaire du chien qui a tué sa soeur l'été dernier, Gaston Vadnais souhaite toujours que le gouvernement québécois arrive avec un règlement interdisant les pitbulls sur le territoire de la province.

Joint par Le Nouvelliste en milieu d'après-midi, mardi, le Louisevillois ignorait que le propriétaire du chien qui a attaqué sa soeur Christiane ne serait pas amené devant les tribunaux. Après vérifications avec une de ses soeurs, il a eu la confirmation qu'aucune accusation ne sera déposée.

«Selon l'enquête policière, le dossier n'était pas assez pesant pour aller au criminel. Je suis excessivement déçu. Je suis même frustré que la loi de la Ville de Montréal n'a pas encore passé. C'est encore en cour. Mais je ne sais pas ce qu'il leur manque pour agir. Le pitbull est le plus meurtrier des chiens. Quand ils perdent le contrôle, ils sont très dangereux.»

 M. Vadnais reconnaît qu'il espérait le dépôt d'accusations contre le propriétaire de ce chien. Il sait malgré tout qu'un séjour éventuel en prison du propriétaire ne ramènera jamais sa soeur à la vie.

 Depuis quelques mois, M. Vadnais mène une croisade afin de convaincre les élus d'interdire les pitbulls au Québec dans le but d'éviter d'autres drames du même genre. Il va continuer de travailler en ce sens, assure-t-il.

«J'ai rencontré Marc H. Plante (le député provincial de Maskinongé). Je veux que le provincial fasse quelque chose. Je ne lâcherai pas le dossier. Ça prend l'appui du provincial. Que la société ne fasse rien pour régler ce problème-là, ça me dépasse.»

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