Procès de Sylvain Girard: conduite dangereuse ou accident?

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Le juge Jacques Trudel rendra sa décision le 1er mars concernant l'accident de bateau survenu le 4 août 2012 sur la rivière Saint-Maurice.

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Sylvain Girard a-t-il conduit de manière dangereuse ou a- t-il été surpris par un comportement imprévisible de son speed boat le 4 août 2012? C'est la question que doit maintenant analyser le juge Jacques Trudel avant de rendre une décision.

Le procès de Girard a pris fin vendredi au palais de justice de Shawinigan avec l'étape des plaidoiries. Selon la défense, la preuve soumise par la Couronne durant les procédures ne démontre pas que l'homme de 59 ans doit être reconnu coupable de négligence criminelle et de conduite dangereuse ayant causé la mort d'Alexandre Bourque.

Me Louis R. Lupien a rappelé au juge Trudel la teneur de certains témoignages concernant une accélération soudaine et un virage vers la gauche. Me Lupien est d'avis que ces paroles concordent avec les explications des deux témoins experts de la défense. Selon Tres Martin et Olivier Bellavigna-Ladoux, les facteurs étaient réunis pour provoquer une perte de contrôle due à la conception de la coque du bateau.

Me Lupien estime que son client s'est comporté comme une personne raisonnable. Il a été surpris par la réaction de son bateau. L'accident n'est pas attribuable aux conditions de navigation, ni à l'erreur humaine ou à une défectuosité mécanique. C'est une défectuosité dans la confection du bateau, plaide l'avocat.

«À notre avis, il n'y a pas de conduite dangereuse. Tant le témoignage de M. Girard que des experts nous amènent à écarter la thèse du coup de volant», a plaidé Me Lupien, en se basant aussi sur d'autres témoignages. 

Selon Me Lupien, des témoignages confirment que Sylvain Girard avait l'espace suffisant pour naviguer, que la rivière n'était pas bondée de bateaux et que la vitesse a été modérée. Il a rappelé que le système de gestion par ordinateur des moteurs indiquait que ceux-ci avaient fonctionné à haute vitesse durant sept minutes sur plusieurs milliers de minutes d'utilisation.

«À part nos experts, personne ne savait quelle était la cause.»

Me Lupien a dit que personne n'avait avisé son client que ce modèle de coque pouvait entraîner ce type de perte de contrôle dans des conditions précises. D'autre part, la preuve n'a pas révélé que des passagers des tours précédents de bateau ont avisé leurs amis de ne pas monter à bord.

«M. Girard circule dans les règles de l'art, affirme l'avocat. Il ne s'est pas levé en se disant qu'il avait quelque chose à prouver. Il l'a fait pour faire plaisir à des amis d'une connaissance.»

Rappelant qu'il existe plusieurs degrés de négligence, Me Lupien estime que dans le cas présent, il s'agit d'un événement imprévu.

«On soutient que c'est un défaut de conception. Vous devriez conclure que ce qui est arrivé est un accident», a plaidé l'avocat au juge Trudel.

Me Catherine Vincent tient un autre discours. La procureure de la Couronne croit que Sylvain Girard a fait preuve de conduite dangereuse. La thèse qu'elle défend est que l'accusé a voulu impressionner les jeunes adultes aux commandes de son puissant bateau.

Cette dernière a mis en relief certains passages de témoins appelés à la cour: Girard a circulé à haute vitesse, il a montré ses voitures de sport à plusieurs jeunes adultes, a fait faire un tour de Viper à un jeune homme en faisant déraper la voiture. Un témoin a appelé le 911 avant l'accident, car la dame se disait apeurée par le comportement de Girard sur l'eau. Des témoins ayant monté dans le bateau ont tous parlé de la vitesse ressentie.

«Des yeux qui claquent comme si on était en parachute, un haut de bikini qui tombe, une chaîne qui se détache. Il y a des zigzags entre les bateaux, des boucles à grande vitesse. Deux témoins ont vu le show de boucane (dans le garage de Sylvain Girard). Pourquoi M. Girard amène les jeunes là? C'est pour les impressionner», énumère Me Vincent.

Me Vincent a rappelé d'autres témoignages faisant état d'un virage serré négocié à haute vitesse précédant l'accident. «Il dit conduire à vitesse modérée, il nie avoir eu du plaisir, il s'enlève toute responsabilité. Est-ce que c'est plausible? Ça lui a pris trois ans avant de trouver les raisons de l'accident? Ça lui a peut-être pris trois ans pour se trouver une défense.»

Me Vincent a tenté de discréditer les témoignages des deux experts de la défense. Elle s'est attardée à souligner que l'instructeur et ex-pilote Tres Martin n'a pas appuyé sa théorie sur des calculs de vitesses ou d'angles. Il a parlé d'accidents impliquant des bateaux à coque étagée sans fournir de données ou d'études comparatives avec les bateaux à coque traditionnelle. 

Même chose pour l'ingénieur Olivier Bellavigna-Ladoux, selon Me Vincent. Elle raconte que ce dernier confirme la théorie de Tres Martin sans se baser sur différentes variables comme la vitesse, l'angle du virage, le poids.

Selon Me Vincent, l'accusé a fait preuve d'insouciance à l'égard de la vie d'autrui en faisant monter une douzaine de personnes à bord sans que personne ne porte de gilet de sauvetage. Ce n'est pas parce qu'un bateau a la possibilité d'être manié de façon sportive que cela ne peut pas être des manoeuvres dangereuses.

Le juge Trudel rendra son verdict le 1er mars.

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