Procès de Sylvain Girard: un bateau à risque

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C'est ce bateau que conduisait Sylvain Girard au moment de l'accident survenu sur la rivière Saint-Maurice le 4 août 2012.

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Shawinigan) L'accident de bateau ayant entraîné Alexandre Bourque dans la mort, le 4 août 2012, pourrait s'expliquer par la conception même de l'embarcation conduite par Sylvain Girard qui présente un risque de perte de contrôle, selon Tres Martin.

Cet ex-pilote de courses et instructeur dans le domaine de l'industrie marine a déjà conduit le même type de bateau que celui impliqué dans cet accident survenu il y a quatre ans sur la rivière Saint-Maurice.

Par le biais d'une interprète, cet Américain a expliqué mardi, au procès de Girard pour conduite dangereuse causant la mort et de négligence criminelle causant la mort, que ce bateau de type speed boat comporte une coque étagée. 

Contrairement aux bateaux conventionnels, qui sont caractérisés par une surface de contact en continu avec l'eau, les bateaux à coque étagée ont trois zones distinctes de contact avec l'eau, question d'améliorer la performance. Mais le risque d'avoir un accident lors d'un virage est bien réel avec ce type de coque, soutient-il.

«La plupart des opérateurs ne savent pas qu'il y a une possibilité de perte de contrôle. On n'a jamais eu de problème avec des bateaux conventionnels», a dit ce témoin de la défense au juge Jacques Trudel. 

Selon M. Martin, la plupart des manufacturiers ont modifié la conception des coques au début des années 2000. Selon lui, de trois à quatre accidents de bateaux speed boat surviennent chaque année aux États-Unis et au Canada.

Lorsqu'un tel bateau effectue un virage, le mouvement d'inclinaison est 30 % plus prononcé qu'un bateau conventionnel. 

«Quand il y a moins de contact, il y a moins de frictions. L'arrière du bateau bouge davantage.»

M. Martin a aussi abordé la question de la basse pression et de la haute pression observées sous un bateau lors d'un virage. La basse pression prend un nouvel angle lors d'une telle manoeuvre. Un vide de basse pression va nuire au mécanisme de poussée et cela entraîne une pression vers l'avant du bateau. La partie avant de l'embarcation aura de la difficulté à avancer et aura tendance à plonger.

Toujours selon Tres Martin, ce déplacement de masse influence la glisse du bateau et crée une inclinaison brusque de celui-ci dans le sens opposé au virage. C'est ce qui entraîne l'éjection des passagers. 

Tres Martin a produit une vidéo montrant un accident de bateau capté par un passant. Le bateau ressemble à celui de Sylvain Girard et a chaviré à la suite d'un virage. L'incident se déroule dans un contexte comparable à celui survenu sur la rivière Saint-Maurice.

Me Michel Lebrun, un des deux avocats de Girard, a demandé si la hauteur des pieds de moteurs avait une influence sur ce type d'accident. Me Lebrun faisait le lien avec une déclaration de Sylvain Girard affirmant à la Sûreté du Québec que les pieds de moteurs n'étaient pas assez descendus. Selon M. Martin, plus les pieds sont levés, moins il y a de risque d'avoir ce type d'accident.

Me Benoit Larouche a questionné le témoin à propos de l'incidence du déplacement d'une masse sur l'accident. L'avocat de la Couronne a suggéré au témoin que la présence de 12 personnes à bord d'un bateau ayant cinq places assises doit créer une masse non négligeable.

Selon M. Martin, le fait que deux ou 12 personnes soient à bord ne change rien à la conduite du bateau. Me Larouche a demandé à ce formateur s'il avait déjà piloté un bateau avec à son bord deux fois plus de personnes que le nombre de sièges. Le témoin a répondu par la négative.

Tres Martin a aussi convenu que les trois à quatre accidents de bateau à coque étagée surviennent chaque année sur une centaine de milliers de bateaux de ce type en Amérique du Nord. Il n'a jamais lu le guide du fabricant du modèle de bateau conduit par Sylvain Girard et ignore si les manufacturiers précisent dans ce document que le bateau est équipé d'une coque étagée.

La grande partie du témoignage de Tres Martin s'est déroulée sous réserve. Le juge Trudel a refusé que ce témoin soit reconnu comme expert dans la conception et la fabrication de coques étagées. 

Me Lebrun a bien tenté de faire reconnaître par la cour l'expérience de son témoin en la matière. Comme l'a souligné Me Larouche, Tres Martin ne possède aucun diplôme en physique, ni en hydrodynamique, des principes qui entrent dans la conception d'une coque étagée. L'expertise de Tres Martin se limite donc à la conduite et au maniement de bateaux.

La présentation de la preuve devrait être complétée mercredi.

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