Vol de sirop d'érable: Étienne Saint-Pierre se défend

Étienne Saint-Pierre aurait entre autres fraudé la Fédération... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

Agrandir

Étienne Saint-Pierre aurait entre autres fraudé la Fédération des producteurs acéricoles entre 2011 et 2012.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Même s'il n'est pas un acheteur autorisé par la Fédération des producteurs acéricoles, Étienne Saint-Pierre estime avoir le droit de transiger du sirop au Québec en vertu des permis émis par Ottawa.

Appelé à témoigner pour sa défense dans le cadre de son procès en lien avec le vol de sirop d'érable, ce «broker» du Nouveau-Brunswick, propriétaire de l'entreprise S.K. Export à Kedgwick, soutient en effet détenir les autorisations gouvernementales qui lui permettent de transiger du sirop sur l'ensemble du territoire canadien.

Rappelons d'emblée que l'accusé aurait entre autres fraudé la Fédération des producteurs acéricoles entre 2011 et 2012. Il aurait acheté de Richard Vallières, un autre accusé dans cette affaire, des grandes quantités du sirop qui avait été volées au sein de l'entrepôt de la Fédération à Saint-Louis-de-Blandford pour ensuite les revendre à l'extérieur du pays. 

Lors des perquisitions faites dans son entrepôt de Kedgwick, les policiers y avaient d'ailleurs trouvé des milliers de livres de sirop en provenance du Québec principalement celui du suspect, Richard Vallières, qui se trouvaient dans des «Tote». Selon ses propres estimations, les policiers avaient saisi du sirop pour une valeur de 1 639 534 $. De ce montant, 1 051 832 $ de sirop avait été acheté de Richard Vallières. 

Or, dans le cadre de l'interrogatoire mené par son avocat, Me Jean H Philippe, il a avoué avoir souvent acheté du sirop des producteurs du Québec depuis un reportage de La Semaine verte sur son entreprise en 2005-2006. Selon lui, ce sont les producteurs eux-mêmes qui l'appelaient pour écouler leur sirop sans passer par la Fédération. 

Il a certes eu plusieurs démêlés avec la Régie des marchés agricoles et la Fédération au fil des dernières années mais pour lui, il n'y a pas eu de fraude. À ce sujet, il importe toutefois de préciser que la loi prévoit qu'il doit respecter la réglementation provinciale du Québec en dépit des permis émis par le Canada et d'autres provinces. Du moins, c'est ce qui explique le dépôt d'accusations contre lui. 

Toutefois, Étienne Saint-Pierre a pris soin d'ajouter qu'il n'avait jamais pu éclaircir sa situation en regard des lois et règlements du Québec.

Lors du contre-interrogatoire, sa crédibilité a cependant été attaquée solidement par Me Julien Beauchamp-Laliberté, procureur de la Couronne. 

Ainsi, s'il avait soutenu dans un premier temps n'avoir jamais sollicité de producteurs québécois, des documents déposés en preuve l'ont forcé à réviser sa position. En 2008 et 2009, son entreprise avait envoyé des lettres aux producteurs du Québec pour leur proposer l'achat de sirop tout en garantissant leur confidentialité. 

Il a finalement rétorqué qu'il n'était pas l'auteur de ces lettres même si elles avaient été écrites à partir de l'ordinateur de son entreprise et qu'elles donnaient son numéro de téléphone. Il a jeté le blâme sur ses employés pour ensuite dire qu'au Canada, il n'y a pas de loi qui interdit de parler au monde. 

Dans l'une d'elles, il est même écrit que la Fédération n'a aucun pouvoir à l'extérieur du Québec, et ce, afin d'inciter les producteurs québécois à faire affaire avec S.K. Export. Encore là, il précisera que ces lettres ont été envoyées à son insu. 

Il a également été confronté à une autre lettre adressée à la Fédération dans laquelle il mentionnait qu'il allait continuer à acheter du sirop du Québec pour longtemps. Il est même écrit en grosses lettres, et ce, textuellement: «Gang de trou cu» et «Gang de mafia». Il a nié en être l'auteur. 

Me Beauchamp l'a aussi interrogé sur des rapports comptables de la compagnie datant de 2012 dans lesquels les noms des producteurs québécois n'apparaissaient plus comparativement à 2011 et surtout l'absence de certains chiffres en lien avec les achats faits à Richard Vallières.

Encore là, il estime qu'il s'agit d'erreurs de ses employés ou d'un changement de logiciel. Sa frustration était palpable, surtout quand il a ajouté plus tard: «Au Nouveau-Brunswick, on est écoeuré par personne».

Outre certaines contradictions entre ses propos et les documents déposés en preuve, son témoignage a aussi été parsemé d'oublis. À plusieurs reprises, il a dit ne pas savoir, ne pas s'en rappeler et se fier uniquement aux papiers de son entreprise.

Enfin, alors qu'il était contre-interrogé sur les raisons qui pouvaient expliquer que le sirop en provenance du Québec (notamment celui volé à la Fédération) devenait soudainement un produit du Nouveau-Brunswick sur ses factures et documents, il a répondu qu'il ne voyait pas de lignes et de frontières entre le Québec et le Nouveau-Brunswick allant même jusqu'à ajouter: «On ne peut pas dire de quel érable il provient».

Dans le cadre de sa défense, Raymond Vallières, un autre coaccusé, a pour sa part choisi de ne pas témoigner.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer