Sirop d'érable: «Voler des voleurs, c'est pas voler»

Richard Vallières... (Sylvain Mayer, Le Nouvelliste)

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Richard Vallières

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Voler des voleurs, c'est pas voler.» C'est du moins ce que Richard Vallières, l'une des présumées têtes dirigeantes du vol de sirop d'érable, aurait déclaré à Sébastien Jutras en pointant du doigt la Fédération des producteurs acéricoles du Québec.

Au cours de la période du vol entre 2011 et 2012, Sébastien Jutras, un camionneur de Bécancour, soutient avoir appris de Richard Vallières la réglementation de la Fédération. Parmi les sujets abordés entre eux, il y avait les quotas, le monopole de la Fédération et le fait que les producteurs étaient payés uniquement lorsque le sirop était vendu. 

La preuve dans cette affaire tend d'ailleurs à démontrer que Vallières ignorait les règles de la Fédération et vendait lui-même du sirop acheté auprès des producteurs. 

Ces révélations de Sébastien Jutras ont eu lieu dans le cadre de son témoignage au procès de Richard Vallières, Raymond Vallières, Jean Lord et Étienne Saint-Pierre en lien avec le spectaculaire vol de sirop.

Jutras a lui-même travaillé pour Vallières et l'autre présumée tête dirigeante, dont on doit taire l'identité mais qui fera l'objet d'un procès en janvier prochain. En novembre 2015, Jutras a d'ailleurs plaidé coupable à des chefs de vol, complot et trafic. Il importe toutefois de préciser que contrairement à ce qui a été écrit dans un article publié dans notre édition de mardi, il n'a pas écopé d'une peine de huit mois mais bien de 42 mois pour ses crimes. 

Jutras a reconnu avoir transporté des barils et des «Tote» de sirop d'érable volés à l'entrepôt de la Fédération à Saint-Louis-de-Blandford avec la complicité de d'autres individus et d'avoir participé au transvidage de ceux-ci. Les barils étaient transportés dans d'autres lieux où ils étaient vidés du précieux liquide, pour ensuite être remplis d'eau avant d'être retournés dans l'entrepôt de Saint-Louis-de-Blandford. 

Selon M. Jutras, il a même fallu trouver 104 vieux barils vides, les peinturer aux couleurs de la Fédération, les remplir d'eau et les retourner dans l'entrepôt afin de ne pas éveiller les soupçons. 

Si au départ, Sébastien Jutras disait ignorer qu'il trempait dans une affaire de sirop volé, il a soupçonné quelque chose de louche lorsque, selon ses dires, un complice s'est retiré du stratagème. «J'en ai parlé à (n.d.l.r. l'autre présumée tête dirigeante qu'on ne peut nommer.) Il m'a dit : ''Ne t'en fais pas. J'ai des connections à la Fédération''», a-t-il déclaré. 

Des énormes quantités de sirop leur passaient entre les mains au point où les protagonistes du vol ont dû augmenter les effectifs, les équipements, les lieux d'entreposage et les véhicules.

Il a répété que Richard Vallières était le patron. «C'est un boss. Il chiale», a-t-il avoué candidement. Il évalue que ce dernier a pu lui donner en contrepartie 500 000 $, ce qui inclut cependant les transports à l'extérieur. 

Enfin, lorsqu'il a appris que le vol avait été découvert, il en a informé Richard Vallières qui aurait alors déclaré: «Le party est fini!» Il a même parlé d'une certaine panique, surtout de la part de l'autre présumée tête dirigeante. Selon lui, on aurait alors tenté de camoufler des preuves.

Lors du contre-interrogatoire de Me René Duval, l'avocat de Richard Vallières, il a notamment admis n'avoir pas dit la vérité lorsqu'il a été rencontré par les policiers à la suite du vol en affirmant n'avoir jamais transporté de sirop de la Fédération.

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