Vol de sirop d'érable: «Il m'a refilé 1000 $ pour que je ferme ma gueule»

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La photo A, prise en février 2012 à l'entrepôt situé à Saint-Louis-de-Blandford, et la photo B, prise à la fin août 2012, montrent des différences à propos de l'alignement des barils et la visibilité de leurs étiquettes.

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «On m'a demandé si je voulais embarquer pour crosser la Fédération en sortant du sirop.»

Pascal Patry a ainsi expliqué la façon avec laquelle il a participé au vol de sirop d'érable commis entre août 2011 et juillet 2012 à l'entrepôt de la Fédération des producteurs acéricoles du Québec à Saint-Louis-de-Blandford. 

Témoin de la Couronne au procès de Richard Vallières, Raymond Vallières, Étienne St-Pierre et Jean Lord, ce soudeur avait été embauché en juin 2011 comme chauffeur de chariot élévateur à l'entrepôt. Un matin d'octobre 2011, il entre au travail en remarquant quelque chose de particulier. La veille, il avait laissé des barils à un endroit précis. Le lendemain, des barils se trouvent à la même place, mais sont couverts de condensation.

«J'ai vu (NDLR: le témoin a nommé un coaccusé dans cette affaire dont l'identité est frappée d'un interdit de publication) pour savoir ce qui se passait. Il m'a dit d'essuyer l'eau et de piler les barils pour ne pas que ça paraisse. Il m'a refilé 1000 $, en billets de 100 $, pour que je me ferme la gueule», a dit M. Patry, lorsqu'interrogé vendredi par Me Jean-Philippe Garneau au procès de ces quatre individus tenu au palais de justice de Trois-Rivières.

C'est après cet épisode que Pascal Patry se fait offrir de sortir du sirop de façon illégale. Il joint l'équipe de «soir». Alors que les lumières de l'entrepôt sont éteintes et que les fenêtres sont masquées par du papier journal, Pascal Patry charge des semi-remorques pendant que d'autres personnes nettoient des barils et surveillent les alentours. Il reçoit 1000 $ par soirée de travail. Son salaire grimpe à 2000 $ par soir vers la fin de son implication. Il estime avoir travaillé sept ou huit soirs. Il a été arrêté en décembre 2012. Il a purgé une peine de 12 mois de prison dans la collectivité.

Denis Roberge est un autre individu qui a été impliqué dans ce réseau de vol de sirop d'érable. Il a profité d'une semaine de vacances en juillet 2012 pour effectuer à titre de camionneur entre cinq et sept transports entre l'entrepôt de Saint-Louis-de-Blandford et les municipalités de Lévis et de Beauceville.

«J'ai eu une offre de faire du travail au noir, a confié cet autre témoin de la Couronne. Je me rends à l'entrepôt (de Saint-Louis-de-Blandford), je recule au quai de chargement, je reste dans le camion et je ne sais pas ce qui se passe. J'attends les directives.»

M. Roberge ne cherche pas trop à savoir ce qu'il transporte. Il procède à des échanges de remorques. Il ne rencontre personne sur les lieux d'échange. Il perçoit tout de même une odeur de sirop d'érable au moment de refermer les portes de son camion de 53 pieds. 

Cet homme, qui a affirmé ne pas connaître les quatre accusés du présent procès, purge actuellement une peine de 12 mois de prison dans la collectivité.

Luc Briand a aussi abordé le sujet du transport du sirop durant son témoignage. L'enquêteur à la division des crimes majeurs de la Sûreté du Québec a décrit une carte géographique déposée en cour démontrant les différents itinéraires pris par le réseau pour faire voyager le sirop d'érable à Kedgwick (au Nouveau-Brunswick), à Sainte-Anne-de-la-Rochelle (en Estrie) et à Lévis («le point central d'où le sirop est transporté», selon le policier Briand). Selon la position de la Couronne, du sirop a été vendu à deux endroits au Vermont et à un endroit au New Hampshire.

Durant l'enquête policière qui a duré deux semaines, Luc Briand a constaté des différences entre les barils retrouvés vides ou remplis d'eau et ceux de la Fédération.

«On voit le cerceau des barils qui est rouillé. Du sirop d'érable ne suinte pas, mais un baril d'eau va suinter», indique M. Briand, en ajoutant que l'équipement utilisé pour manutentionner des barils de sirop ne laissent pas de traces sur les contenants, alors que plusieurs barils vides ou remplis d'eau ont des marques sur les côtés. De plus, 104 barils retrouvés dans l'entrepôt de la Fédération sont différents de ceux utilisés par l'organisation.

Lise Lessard était coordonnatrice à la classification du sirop d'érable pour la Fédération des producteurs acéricoles du Québec lorsque le vol de sirop d'érable est survenu. Elle rappelle avoir été surprise d'apprendre de la Fédération que des barils vides avaient été repérés. Elle a été à même de le constater le 24 août en visitant les lieux avec la direction et le comptable de la Fédération.

«Il y avait des barils vides, des barils sales, bossés. Je n'étais pas allée là depuis l'automne 2011 et il ne devait rien se passer avec ces barils, car ce sont du surplus (de sirop). Le comptable a vérifié en disant qu'il y avait de l'eau et du sirop sur les barils. Il ne peut y avoir ça. C'était propre et sec quand on a mis ça dans l'entrepôt.»

Le comptable de la Fédération, Michel Gauvreault, a confirmé que plus de 9000 barils avaient été trouvés vides ou remplis d'eau lors d'une vérification faite à l'été 2012. Selon lui, 1171 barils saisis durant les perquisitions policières ont été retournés dans un autre entrepôt de la Fédération, mais ces barils étaient différents de ceux utilisés par la Fédération.

Le procès reprend lundi.

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