Affaire Vadeboncoeur: Kaven Deslauriers a «eu peur de mourir»

Kaven Deslauriers (à droite) est venu témoigner vendredi.... (Sylvain Mayer)

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Kaven Deslauriers (à droite) est venu témoigner vendredi. Derrière lui, sur la photo, on peut voir Marc-André Saint-Amant qui a été entendu plus tôt cette semaine.

Sylvain Mayer

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) À un certain moment durant l'intervention contre Alexis Vadeboncoeur le 2 février 2013, l'agent Kaven Deslauriers s'est dit convaincu qu'il y aurait un échange de coups de feu.

«Je me préparais à entendre les détonations pour ne pas être surpris. J'ai eu peur de mourir», a-t-il indiqué au juge Steve Magnan dans le cadre de son procès pour voies de fait, faux rapports et entrave à la justice.  

Ce moment précis auquel il faisait référence est celui de son arrivée dans la cour du Pavillon des sciences. Lui et son partenaire, l'agent Dominic Pronovost (également un coaccusé), venaient de prendre l'appel pour le vol qualifié à la pharmacie Jean Coutu. En se dirigeant sur place, ils ont entendu l'agente Barbara Provencher (coaccusée) dire sur les ondes radio que des barricades seraient utiles, car le suspect ne lâchait pas son arme. Kaven Deslauriers aurait alors perçu dans sa voix la peur et le stress, elle qui était si calme d'habitude selon lui.  

C'est pourquoi son adrénaline était déjà au maximum en arrivant au Cégep, d'autant plus qu'il n'avait jamais eu à faire feu de sa vie. Sur place, il a vu le suspect qui était accroupi et semblait songeur avec son arme à la main.

«Il bougeait la tête et balançait son arme comme s'il se préparait à faire une acquisition de cible», a-t-il précisé. 

Or, compte tenu de la façon dont son partenaire avait immobilisé le véhicule patrouille, c'est lui qui se trouvait dans la ligne de tir du suspect. Il s'est dit qu'il ne pouvait pas sortir du véhicule, car il n'aurait aucune protection. Il se serait donc glissé vers le bas de son siège pour réduire son exposition, tout en ayant la peur de sa vie. 

Et lorsqu'il a vu l'agent Pronovost s'avancer vers le suspect, il s'est empressé de le suivre. «Je suis allé le rejoindre. Il y avait urgence d'agir. Des coéquipiers, c'est comme une paire de fesses, ça ne se sépare pas», a-t-il précisé. 

Sur la vidéo de l'arrestation, l'agent Deslauriers est le deuxième policier qui prend contact avec le suspect. Il est aussi celui qui lui assène sept coups.

Vendredi, il a expliqué qu'après avoir rengainé son arme, il ne voyait soudainement plus le bras droit de Vadeboncoeur qui était replié sous lui. Il lui aurait donc pris le coude pour le tirer sauf que le suspect s'est raidit. Il aurait donc appliqué des «techniques puissantes à mains nues» avec la paume de sa main. 

Dans une première séquence, il aurait ainsi frappé le suspect sur le bras à deux reprises avec une force moyenne pour créer une douleur afin de le menotter.  

Toujours selon lui, il aurait essayé une seconde fois de saisir son bras droit mais sans succès. Il aurait donc asséné deux autres coups, toujours avec la paume de sa main pour ensuite tirer sur son bras une nouvelle fois mais en vain. 

Lorsqu'il a donné les trois derniers coups, le groupe a été déporté parce que l'agent Marc-André Saint-Amant (le quatrième coaccusé) tirait semble-t-il sur l'autre bras avec force pour le dégager lui aussi.

«Le dernier coup ne l'a d'ailleurs pas atteint», a-t-il ajouté.

Il a ainsi présenté une version de l'événement quasi identique à celles de ses collègues Saint-Amant et Pronovost, en insistant sur l'urgence d'agir, la proximité du suspect avec son arme, la possibilité d'une arme cachée, le niveau de résistance, la peur et le stress. 

En ce qui concerne la vidéo, il a indiqué avoir été informé de l'existence de celle-ci par l'agent de sécurité du Cégep immédiatement après que Vadeboncoeur euit été menotté.

Lui et Dominic Pronovost l'ont conduit au poste mais sont revenus rapidement au Cégep. Il a soutenu avoir voulu offrir son aide puisqu'il s'agissait de nouvelles policières. Du coup, il en aurait profité pour voir la vidéo. 

Ce serait ensuite l'agent Pronovost qui aurait demandé au gardien si elle s'effaçait et combien de temps elle restait en mémoire dans le système tout en précisant qu'il n'en avait pas besoin pour l'instant. 

De retour au poste, il a justement été question de la vidéo et l'agente Provencher a suggéré qu'elle serait utile pour l'accusation d'entrave contre Vadeboncoeur. C'est l'agent Deslauriers qui aurait donc demandé aux deux policières de retourner au Cégep pour aller la chercher. 

Quant à son rapport, il l'a rédigé en même temps que l'agent Pronovost le lendemain 3 février au poste du Cap durant son heure de souper tout en regardant le Superbowl.

En contre-interrogatoire, la procureure de la Couronne, Me Aryanne Guérin, l'a confronté sur certains détails notamment le niveau d'expérience des «nouvelles» policières qu'il disait vouloir aider au Cégep.

Or, la preuve a révélé qu'elles avaient sensiblement la même expérience que lui. Il a été engagé comme policier en 2007 tout comme l'une d'entre elles. L'autre cumulait à ce moment seulement 13 mois d'expérience de moins que lui. 

Elle a aussi voulu savoir s'il lui était déjà arrivé au cours de sa carrière de ne pas avoir accès à des vidéos parce qu'elles s'étaient effacées.

Devant une réponse négative de sa part, elle lui a alors demandé pourquoi il était supposément d'usage de vérifier si elles pouvaient s'effacer comme il l'avait prétendu. Il a alors rétorqué qu'il se basait notamment sur l'expérience de son partenaire. Plus tard, il a finalement ajouté que certaines vidéos de surveillance se conservaient seulement 24 heures ou trois jours. 

Le procès va reprendre le 28 novembre.

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