Affaire Vadeboncoeur: la preuve de la Couronne est close

Quatre policiers de Trois-Rivières sont accusés d'avoir passé... (Sylvain Mayer)

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Quatre policiers de Trois-Rivières sont accusés d'avoir passé à tabac Alexis Vadeboncoeur le 2 février 2013.

Sylvain Mayer

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au jour 10 du procès des quatre policiers accusés d'avoir tabassé Alexis Vadeboncoeur, la Couronne a déclaré sa preuve close.

Le procès est cependant loin d'être terminé puisque les quatre avocats de la défense commenceront à présenter leur preuve à compter du 17 octobre, et ce, pour toute la semaine. Ils ont par ailleurs annoncé au juge Steve Magnan qu'il faudra finalement une semaine supplémentaire d'audiences pour conclure ce procès. Il s'agira donc de la quatrième.

La journée de vendredi a été marquée par le contre-interrogatoire de l'expert-conseil en utilisation de la force de l'École nationale de police du Québec, Bruno Poulin. 

À une question de Me Pierre Dupras, l'avocat de Dominic Pronovost, il a reconnu qu'en situation de peur intense, le cerveau conscient est court-circuité et induit des réactions qui poussent la personne à fuir, figer ou foncer. 

Dans le cas présent, il a cependant précisé que les deux agents les plus affectés par le stress et la peur étaient Barbara Provencher et Marc-André Saint-Amant. Ces derniers pourchassaient le suspect à pied, lui demandaient de se rendre mais sans succès et ils n'avaient aucune barricade pour se protéger.

Il a aussi reconnu que les policiers devaient assurément intervenir auprès d'Alexis Vadeboncoeur pour éviter qu'il n'entre au Cégep où se trouvaient plusieurs étudiants. La situation aurait pu alors devenir ingérable. 

Pour sa part, Me Stéphane Angers, l'avocat de Kaven Deslauriers, a insisté auprès de l'expert de la cour sur les conditions extérieures qui prévalaient ce soir-là, soit un froid intense et la glace qui recouvrait le sol. M. Poulin a admis que tout cela compliquait le travail des agents. 

Il a aussi reconnu que le fait que le suspect soit intoxiqué ou en manque, qu'il venait de commettre un vol dans une pharmacie, qu'il était en fuite et qu'il avait assurément planifié son crime étaient des éléments qui augmentaient le niveau de stress. 

ll a également admis que l'éclairage extérieur du Cégep ait pu éblouir les policiers de sorte qu'ils ne distinguaient qu'une silhouette, ce qui augmentait encore une fois le niveau de risque. 

En fait, les avocats de la défense ont tous essayé de démontrer par leurs questions que l'expert n'avait peut-être pas pris en considération tous les éléments pour produire son rapport et émettre les conclusions voulant que les coups étaient inutiles et que certaines manoeuvres étaient dangereuses. 

Me Angers a notamment fait mention des ordres lancés par les policiers à Vadeboncoeur qui l'enjoignait de se rendre, en levant les mains en l'air et en reculant vers eux. Son client aurait notamment utilisé un porte-voix pour lui parler mais en vain puisque Vadeboncoeur n'a pas obtempéré. Il s'est plutôt couché au sol, les bras en croix. Son client a par ailleurs assené plusieurs coups de grande amplitude tous jugés inutiles par l'expert mais ce dernier ne peut dire si ceux-ci ont été portés à la tête ou dans le haut du corps.

Me Angers a aussi suggéré s'il était possible que Vadeboncoeur se soit couché au sol pour feindre une soumission dans le seul but de planifier un assaut, ce que M. Poulin croit peu probable dans les circonstances. 

Lorsqu'il a été contre-interrogé par Me Roxanne Hamelin, l'avocate de Barbara Provencher, il a mentionné que cette dernière était toujours restée près de la tête d'Alexis Vadeboncoeur. Rappelons que ce dernier avait affirmé qu'elle lui avait serré les testicules. Il a aussi précisé qu'il était impossible, selon lui, qu'elle ait pu lui faire une prise de l'encolure comme elle l'a écrit dans son rapport compte tenu de la position du suspect et celle des autres policiers. Si elle ne l'a pas étranglé d'une autre façon, elle a agi conformément aux enseignements de l'ENPQ, croit l'expert. Il ne peut donc lui adresser aucun reproche.

Me Normand Bibeau, l'avocat de Marc-André Saint-Amant, a lui aussi beaucoup insisté sur le niveau d'urgence et le risque élevé de la situation même quand Vadeboncoeur était couché au sol. Il a notamment émis l'hypothèse qu'il pouvait avoir une seconde arme sur lui, d'autant plus qu'il aurait mis ses bras sous son corps, ce qui compliquait la tâche des policiers. 

Sans lui donner raison, M. Poulin a finalement déclaré que pris isolement, Marc-André Saint-Amant avait agi conformément aux enseignements de l'ÉNPQ.

Enfin, à la suite d'une question posée par le juge, M. Poulin a reconnu que le fait que Barbara Provencher ait été très exposée à un éventuel coup de feu (elle se trouvait derrière un petit poteau) ait pu augmenter le sentiment d'urgence de ses confrères.

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