Arrestation de Vadeboncoeur: des coups inutiles selon un expert

Les quatre policiers accusés d'avoir malmené Alexis Vadeboncoeur... (François Gervais)

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Les quatre policiers accusés d'avoir malmené Alexis Vadeboncoeur n'auraient pas respecté les enseignements et les normes de pratiques de l'ÉNPQ.

François Gervais

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Les coups qui ont été portés à Alexis Vadeboncoeur par les quatre policiers de Trois-Rivières étaient inutiles car ils ne visaient pas à le maîtriser.

C'est du moins l'opinion formulée par Bruno Poulin, un expert-conseil en utilisation de la force de l'École nationale de police du Québec (ENPQ). Dans le cadre du procès des quatre policiers accusés d'avoir tabassé Alexis Vadeboncoeur, il a été mandaté par la procureure de la Couronne, Me Aryanne Guérin pour évaluer à titre d'expert l'intervention des policiers lors de la fameuse arrestation du 2 février 2013, et ce, à la lumière des enseignements et des normes de pratique de l'ENPQ.

Or, il soutient que les différents coups portés étaient injustifiés dans les circonstances. «L'intervention ne respecte pas les enseignements de l'ENPQ au niveau de l'approche, du contact initial et de l'intervention physique. Les différents coups étaient inutiles. D'autres méthodes de contrôle adéquats et moins violents étaient facilement applicables», a-t-il déclaré au juge Steve Magnan.

Selon lui, un policier a le droit de frapper, et ce, même si le délinquant est au sol et que d'autres policiers l'accompagnent dans l'intervention. Toutefois, les coups doivent être orientés dans le but de le maîtriser, ce qui n'était pas le cas avec Alexis Vadeboncoeur qui, toujours selon l'expert, offrait peu de résistance. 

M. Poulin y voit également dans cette intervention un manque de cohésion entre les policiers. «C'est du chacun pour soi. Il y avait une précipitation pour frapper le suspect», a-t-il ajouté. 

Certes, il a reconnu qu'il s'agissait d'une situation à haut risque et dangereuse, et ce, tant que le suspect n'avait pas été maîtrisé. D'une part, Vadeboncoeur était armé et les policiers n'avaient pas de barricade hormis les portières de la voiture patrouille.

Bruno Poulin, l'expert-conseil en emploi de la force... (Sylvain Mayer) - image 2.0

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Bruno Poulin, l'expert-conseil en emploi de la force de l'École nationale de police du Québec.

Sylvain Mayer

Il n'avait pas laissé tomber tout de suite son arme mais s'était plutôt accroupi. Selon M. Poulin, cette position plus stable qui rendait la cible plus petite pouvait laisser croire aux policiers qu'un échange de coups de feu était possible.

Il avait refusé d'obéir aux ordres des policiers qui lui demandaient de lâcher son arme, de mettre ses bras sur la tête et d'avancer vers eux. 

Vadeboncoeur avait ensuite laissé tomber son arme avant de se coucher sur le ventre en positon de soumission, les bras en croix. Son arme se trouvait alors à environ 30 à 60 centimètres de sa main gauche. Dès lors, l'expert croit qu'il pouvait s'agir d'un signe de collaboration et que les policiers auraient eu le temps de réagir s'il avait voulu la reprendre. 

Le premier agent qui s'était approché est Dominic Pronovost. Il avait agi seul, sans attendre ses collègues, ce qui ne serait pas compatible avec les enseignements de l'ENPQ. Tout en ayant son arme à la main, il lui avait infligé un premier coup de pied. Il l'avait ensuite frappé à la tête ou au haut du corps à quelques reprises avec son arme. 

Toujours selon l'expert, ces gestes auraient pu causer des coups de feu involontaires. «Il faut vraiment être mal pris pour faire ça. C'est un danger pour lui et les autres», a-t-il précisé. 

Kaven Deslauriers est celui qui a été vu dans la vidéo asséner plusieurs coups de grande amplitude à Vadeboncoeur. Il avait rengainé son arme mais l'expert ne l'a jamais vu tenter de maîtriser le suspect en lui prenant le bras. 

En ce qui concerne Marc-André Saint-Amant, celui qui avait éloigné l'arme, il avait pour sa part respecté la logique des enseignements en donnant des coups de pied pour créer une diversion et ensuite tenté de saisir son bras.

Or, l'expert a rappelé que Vadeboncoeur recevait déjà plusieurs coups. «Il n'a peut-être pas vu l'ensemble de la scène mais ses coups devenaient inutiles», a-t-il déclaré, précisant que dans pareille situation, la règle veut qu'un agent frappe pendant que les autres tentent de le maîtriser. 

Finalement, l'intervention de Barbara Provencher est peu visible dans la mêlée. Il a cependant précisé qu'elle avait écrit dans son rapport avoir fait une technique d'encolure au suspect. «Je ne vois pas comment elle aurait pu faire ça. Si elle a utilisé d'autres moyens, si elle l'a étranglé, ce n'est pas non plus compatible avec nos enseignements dans les circonstances», a-t-il mentionné. 

Dans le cadre du contre-interrogatoire mené par l'avocat de Pronovost, Me Pierre Dupras, l'expert a cependant admis que les policiers n'avaient pas reçu les plus récents enseignements du nouveau modèle d'utilisation de la force datant de 2012. Qui plus est, une certaine rétention de leurs connaissances et de leur formation serait plausible au fil des années.

De même, interrogé sur les impacts physiques du stress et de la peur en situation de danger, M. Poulin admet qu'ils provoquent une perte de motricité fine, un jugement altéré, des maux de coeur, des tremblements, une perte d'audition et une vision tunnel. 

Le contre-interrogatoire va se poursuivre aujourd'hui.

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