Affaire Vadeboncoeur: deux policiers voulaient effacer la vidéo

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Sur cette photo tirée de la vidéo captée par le système de surveillance du pavillon des sciences du Cégep de Trois-Rivières, on voit Alexis Vadeboncoeur couché au sol, les bras en croix, attendant l'arrivée des policiers.

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Martin Lafrenière
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Si la diffusion de la vidéo montrant l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur était un moment attendu au procès des quatre policiers trifluviens accusés de l'avoir tabassé, le témoignage de l'agent de sécurité du Cégep de Trois-Rivières permet d'apprendre qu'au moins un policier s'est informé de la possibilité de l'effacer.

Le jour 5 du procès, tenu vendredi au palais de justice de Trois-Rivières, a permis à la Couronne de faire témoigner Claude Gauthier après avoir montré au juge Steve Magnan le document vidéo d'une durée d'un peu plus de 11 minutes. 

M. Gauthier était de service lors du samedi 2 février 2013 et a vu une bonne partie des événements qui ont été grandement médiatisés avec la diffusion de cette vidéo montrant l'arrestation musclée de Vadeboncoeur qui conduit Dominic Pronovost, Marc-André St-Amant, Kaven Deslauriers et Barbara Provencher devant la justice.

Cette vidéo a intéressé des policiers lorsque M. Gauthier était dans son bureau, après les événements, pour remplir une déclaration en présence de deux agentes.

«J'ai fait partir le playback du vidéo. La noire (une policière aux cheveux noirs) a sorti aussitôt et a communiqué. Je ne comprends pas ce qui se dit. La blonde (une policière aux cheveux blonds) finit de remplir son rapport. Une autopatrouille arrive avec deux policiers, un coco (un homme au crâne dégarni) et un aux cheveux noirs. Je ne connais pas leur nom. Ils entrent. J'ai fait partir la vidéo. Le coco a regardé pendant 10 secondes et a dit: "On n'amène pas ça en cour, ça va se revirer contre nous." L'autre est derrière moi et demande si ça s'efface. Je lui dis que non, c'est en mémoire. Le coco demande combien de temps ça reste en mémoire. Je lui dis que ça reste 30 jours. Ils se sont pogné la tête et sont sortis.»

Environ 20 minutes plus tard, M. Gauthier reçoit un appel d'une policière qui réclame une copie de la vidéo. Il l'informe qu'il n'y aucun problème et que la police n'a qu'à se présenter au Cégep le lundi suivant. La policière refuse, en disant qu'elle a besoin de ce document immédiatement. M. Gauthier a dû contacter la direction du Cégep pour obtenir l'autorisation de faire une copie à partir du système de surveillance et la remettre à la policière en question dans les minutes suivantes. Selon M. Gauthier, la police confie habituellement ce genre de mission à ses techniciens.

Claude Gauthier est l'agent de sécurité du Cégep... (Olivier Croteau) - image 4.0

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Claude Gauthier est l'agent de sécurité du Cégep de Trois-Rivières qui était en fonction le soir du 2 février 2013.

Olivier Croteau

Me Aryanne Guérin avait au préalable demandé à Claude Gauthier de décrire ce qu'il a vu, en direct, lorsqu'il s'est retrouvé à verrouiller la porte numéro 5 alors qu'Alexis Vadeboncoeur se trouvait à quelques dizaines de pieds. Selon M. Gauthier, Vadeboncoeur a cessé à ce moment de courir. Il s'est tourné vers les policiers, a sorti son arme avec sa main droite, en balançant son bras de l'avant vers l'arrière, sans jamais la pointer.

«Les policiers ont pointé le gars. Il s'est mis à genoux, a jeté son arme, il s'est couché, les bras en croix. Je vois le jeune à terre. Des policiers arrivent, un s'accotte dessus et il a fessé trois, quatre coups. J'ai dit: ''Oups, ça brasse à l'extérieur''», raconte M. Gauthier, en soulignant la qualité de l'éclairage dans le stationnement du pavillon des sciences.

M. Gauthier a assisté au reste de l'intervention à partir de son bureau, au moyen du système de surveillance qui retransmettait le tout. Il dit être revenu à la porte numéro 5 quelques instants plus tard pour constater que l'intervention était terminée et qu'un des policiers se tenait le poignet droit, alors qu'un autre était essoufflé. Il a alors informé un policier que tout était enregistré, une offre qu'il a qualifiée de bêtise de sa part.

Me Guérin a voulu savoir si M. Gauthier avait déjà signé sa déposition lorsque les deux policiers se sont présentés dans son bureau pour constater que toute la scène avait été filmée. Il a répondu oui, en précisant n'avoir rien ajouté. Pour lui, ce qui venait de se produire à l'extérieur se résumait à du brassage et que ça ne regardait pas le Cégep.

Claude Gauthier reviendra lundi pour la suite de son interrogatoire. Le procès durera toute la semaine prochaine et doit se poursuivre durant la semaine du 17 octobre.

Tabassé au Mexique

La défense a finalement pu mettre la main sur l'ensemble des documents médicaux d'Alexis Vadeboncoeur. Avec ces documents en main, les avocats de la défense ont pu contre-interroger Vadeboncoeur. Selon ce qui a été raconté en cour, Vadeboncoeur a été victime de brutalité policière au Mexique en 2011 à la suite d'une arrestation pour une histoire de bagarre qui n'a pas abouti à des accusations.

Alexis Vadeboncoeur a subi un polytraumatisme sérieux et en a parlé lors d'une rencontre avec un médecin en novembre 2013. Selon le rapport de ce médecin, les convulsions de Vadeboncoeur sont reliées au sevrage d'un médicament servant à contrôler l'anxiété.

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