Procès de Patrick Chabot: un climat pourri selon un prof

Le procès de Patrick Chabot se déroule au... (Olivier Croteau, Le Nouvelliste)

Agrandir

Le procès de Patrick Chabot se déroule au palais de justice de Shawinigan.

Olivier Croteau, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Le procès de Patrick Chabot, l'éducateur spécialisé accusé de voies de fait sur des élèves déficients entre 2010 et 2012, s'est poursuivi, jeudi, au palais de justice de Shawinigan, avec le témoignage d'un enseignant qui a décrit le climat de travail comme étant pourri.

Selon Éric Julien, le personnel qui oeuvrait à l'époque au sein du secteur Soleil à l'école Val-Mauricie était laissé à lui-même. Il a notamment déploré le manque de formation pour le personnel, les coupures de services et d'installations.

Il y a deux ans par contre, une nouvelle direction a été mise en place, ce qui a entraîné une prise de conscience sur les difficultés d'intervention avec la clientèle de même que des changements importants dans les communications et les modes de fonctionnement, surtout lors des situations de crises des élèves.

Éric Julien, qui avait été appelé à la barre par l'avocate de la défense Me Pénélope Provencher, a précisé que la force physique était toujours le dernier recours possible. Le dialogue et l'humour étaient selon lui privilégiés. Même s'il a décrit tous les élèves comme étant très attachants, il a rappelé qu'ils sont capables d'une grande violence lorsqu'ils se désorganisent. Dans certains cas, leurs crises sont prévisibles, mais chez d'autres, non. «Moi, j'ai des marques de morsures sur le corps. Oui j'aime mon travail mais si je peux éviter une intervention physique avec eux et courir le risque d'être blessé, je vais le faire»,a-t-il ajouté.

D'un autre côté, la crédibilité de son témoignage a été affectée lors du contre-interrogatoire de Me Vicky Belleville parce qu'il a changé sa version des faits sur des informations qui lui ont été communiquées la veille de son passage en cour en lien avec la présence d'une clique dans l'école dont il faisait, semble-t-il, partie. Dans le passé, il aurait également tenté de préserver sa réputation en s'opposant à ce que la Commission scolaire de l'Énergie envoie une lettre aux parents pour les prévenir de certains comportements douteux de la part du personnel.

Par ailleurs, le contre-interrogatoire de Patrick Chabot s'est terminé au cours de la matinée. Me Belleville s'est attaquée à sa crédibilité en relevant des contradictions et invraisemblances dans son témoignage. Certaines d'ailleurs ont fait réagir le juge Rosaire Larouche. Ainsi lorsque Patrick Chabot a dit ne pas avoir fait entrer de force un élève dans une classe, le juge lui a fait remarquer qu'il l'avait tout de même tiré par les aisselles de sorte que ses pieds traînaient au sol. Le prévenu a alors rétorqué que le jeune ne se débattait pas.

Il a aussi avoué qu'il prenait la nourriture des élèves et même des collations pour éviter le gaspillage, qu'il accédait à Facebook durant ses heures de travail et qu'il imitait des élèves déficients pour faire rigoler ses collègues de travail.

On a aussi pu apprendre qu'il avait été rencontré et averti par la direction à l'effet que son comportement était de nature à causer des crises chez les élèves. Choqué, il aurait alors essayé de savoir qui l'avait dénoncé.

À cette époque, vu les allégations dont lui et d'autres personnes faisaient l'objet, une enquête interne avait été faite. Patrick Chabot avait finalement été suspendu avec solde en juin 2012 puis privé de solde à partir de décembre 2013. Au moins un autre collègue de travail a aussi été suspendu à la même époque.

Le procès va se poursuivre le 26 août avec les plaidoiries.

Un procès difficile pour les parents

Le père de l'une des présumées victimes de Patrick Chabot, que l'on ne peut identifier en vertu d'une ordonnance de non-publication, déplore que la direction de l'école et la Commission scolaire aient mis autant de temps avant de réagir dans cette affaire.

«L'état de mon enfant s'est grandement détérioré depuis ces événements. Les séquelles sont dramatiques pour nous tous. Mon enfant est arrivé à cette école en marchant. Il en est ressorti en roulant. Et je sais que d'autres parents vivent la même chose», a-t-il confié.

Au départ, il soutient que son enfant revenait à la maison non seulement affamé mais aussi avec des blessures physiques. «Des coupures au menton, une lèvre fendue, des ecchymoses, des yeux bouchés, une dent cassée, une entorse. Nous pensions que c'était un accident à chaque fois. Pendant des mois, nous avons fait des recherches auprès des médecins et des spécialistes pour savoir ce qui se passait, croyant que sa condition se dégradait. Jamais nous n'aurions pu imaginer que des gens de l'école pouvaient lui faire ça», a-t-il ajouté.

Tant pour lui que les autres parents, ce procès est visiblement très difficile sur un plan émotif. «Nous apprenons pour la première fois ce qui s'est réellement passé. Personnellement, c'est bien pire que ce je pensais. J'ose à peine imaginer ce qui a pu arriver à l'abri des regards. Ce n'est pas juste un problème de quantité de personnel mais surtout de qualité», a-t-il conclu.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer