Quelle sentence pour l'ancien chef de police de Wemotaci?

Jean-Paul Néashish était accusé, entre autres, d'agressions sexuelles,... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste)

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Jean-Paul Néashish était accusé, entre autres, d'agressions sexuelles, d'atteinte à la pudeur, de grossière indécence, et de viol. Les infractions de nature sexuelle sur cinq victimes se seraient produites entre 1966 et 2006.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

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(La Tuque) Jean-Paul Néashish, un ancien chef du service de police de la communauté atikamekw de Wemotaci reconnu coupable de plusieurs chefs d'accusation de nature sexuelle, était de retour au palais de justice de La Tuque, lundi. Les avocats se sont prononcés dans le cadre des représentations sur la peine.

La Couronne réclame sept ans de pénitencier alors que la défense suggère au juge Jacques Lacoursière d'imposer une peine provinciale, soit un maximum de deux ans moins un jour.

Jean-Paul Néashish était accusé, entre autres, d'agressions sexuelles, d'atteinte à la pudeur, de grossière indécence et de viol.

Les infractions de nature sexuelle sur cinq victimes se seraient produites entre 1966 et 2006. Le procureur de la Couronne a demandé sept ans de pénitencier. Une demande qu'il a longuement justifiée, notamment par les facteurs aggravants dans chacun des dossiers. 

Il a insisté sur le fait que l'accusé avait un lien d'autorité avec ses victimes. Dans deux dossiers, entre autres, il était en uniforme et il a utilisé le véhicule de police pour commettre les infractions.

«Le fait qu'il était en uniforme est très aggravant. [...] L'impact que ç'a eu dans la communauté et la perte de confiance que les gens ont dû avoir envers les institutions, objectivement, c'est énorme», a plaidé Me Thériault.

Il s'est aussi attardé aux conséquences des crimes sur chacune des victimes. Il a parlé de lourdeurs intérieures, pensées suicidaires, habitudes sexuelles inappropriées, cauchemars, peur des hommes...

Le procureur a poursuivi avec la nature et la gravité des infractions, la fréquence des gestes et le nombre de victimes qu'il considère comme des facteurs aggravants. «C'est une vie d'agression», a lancé Me Thériault.

Ce dernier pense d'ailleurs qu'il y a un risque de récidive bien qu'il soit difficile à quantifier. «Le risque n'est pas nul, il continue de nier», a-t-il commenté.

Dans ses plaidoiries, le procureur a aussi souligné qu'il ne croyait pas que l'arrêt Gladue, qui stipule que le juge doit tenir compte des antécédents autochtones des délinquants lors de la détermination de la peine, s'applique dans le présent dossier. «C'est du cas par cas. Ce monsieur-là avait toute sa tête», a fait remarquer Me Thériault.

Ce dernier a mentionné que l'accusé s'en était bien sorti malgré son passage dans les pensionnats en faisant référence à ses fonctions de policier, de négociateur pour la nation atikamekw et de conseiller.

«Ce n'est pas parce que monsieur n'en parle pas qu'il n'y en a pas. Ce n'est pas parce que monsieur a bien réussi sa vie professionnelle qu'il n'a pas de traumatisme», a répliqué l'avocat de l'accusé, Me David Monaghan.

Ce dernier s'est fait bref dans ses représentations. Il s'est adressé au juge pendant quelques minutes à peine. Il a insisté sur l'état de santé de son client, notamment sa mobilité réduite, et sur les recommandations du rapport Gladue, un rapport prédécisionnel qui explique le contexte socio-économique de la communauté autochtone de l'accusé.

«Pour créer un rapport comme celui-là, j'imagine qu'ils en ont vu d'autres. [...] À la fin du rapport, on recommande dans son cas une courte peine. Ce sont deux personnes bien au fait de ce qui se passe dans les communautés, deux personnes d'expérience, vous devez en tenir compte», a souligné Me David Monaghan.

Sans être très précis, l'avocat de la défense a donc demandé au juge d'imposer une peine provinciale. Le juge de la Cour du Québec rendra sa décision au mois d'octobre.

Rappelons que même s'il avait tout nié, le juge avait reconnu Jean-Paul Néashish coupable en décembre 2015. Le juge Lacoursière avait soulevé une douzaine d'incohérences et d'invraisemblances dans le témoignage de l'accusé qui «ont raison de sa crédibilité». 

«L'accusé fait la démonstration complète que son témoignage est cousu de fil blanc, incohérent, invraisemblable, non fiable et non crédible. Il a aussi déployé sans succès beaucoup d'énergie à tenter de diminuer la valeur probante des aveux faits aux enquêteurs. Au bout du compte, son témoignage permet au tribunal d'accorder une plus grande fiabilité et une plus grande crédibilité aux versions des plaignantes», mentionnait le juge dans son jugement.

Le complice de l'accusé, Marcel Boivin, un ancien chef de la communauté de Wemotaci, lui aussi accusé d'agression sexuelle, reviendra pour sa part devant le tribunal en novembre prochain.

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