«Les souvenirs vont me poursuivre toute ma vie»

Yves Brousseau... (Sylvain Mayer)

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Yves Brousseau

Sylvain Mayer

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Près de sept ans après avoir été agressée sexuellement par Yves Brousseau, cet ex-préposé aux bénéficiaires du CSSS de l'Énergie, l'une de ses victimes raconte être encore incapable aujourd'hui de tourner la page sur ce chapitre de sa vie.

«Ce sont des actes inacceptables! Les souvenirs vont me poursuivre toute ma vie. C'est pour moi encore très pénible d'en parler ici aujourd'hui», a-t-elle d'ailleurs mentionné dans le cadre des plaidoiries sur sentence qui ont eu lieu au palais de justice de Shawinigan.

Cette femme, qui est âgée de 46 ans et dont l'identité ne peut être dévoilée en vertu d'une ordonnance de non-publication, a subi des attouchements sexuels de la part d'Yves Brousseau lorsqu'elle était hospitalisée au département de psychiatrie de l'hôpital. À une reprise, il lui avait fait des massages et des caresses sur le cou, la cuisse et le galbe des seins. Elle a relaté qu'il était déjà difficile pour elle d'être hospitalisée dans ce département sans en plus devoir subir pareilles choses. «Il m'a enlevé toute ma dignité. Ce qui m'écoeure le plus est qu'il devait penser que j'aimais ça», a-t-elle ajouté.

Cette agression, qui a été commise en août 2009, lui a fait perdre la confiance envers les gens. Elle soutient que même sa famille et ses proches ont eu honte de savoir qu'elle avait été agressée en psychiatrie. Elle a aussi perdu sa propre estime de soi, a eu des troubles de sommeil et d'alimentation et a fini par perdre son emploi tant ses émotions étaient à fleur de peau.

Le frère de l'autre victime, qui est aujourd'hui décédée, a lui aussi tenu à témoigner sur les conséquences des agressions sexuelles. Il déplore que sa soeur ait été victime de pareils gestes dans un moment de grande vulnérabilité. Il a ainsi raconté que longtemps, elle avait refusé une hospitalisation en psychiatrie par peur d'être étiquetée comme folle. C'est sa famille qui avait réussi à la convaincre d'y aller.

«Aujourd'hui, on doit se pardonner de l'avoir incitée à se jeter dans la gueule du loup. Il ne devrait pas y avoir de loup dans un hôpital. C'est un endroit où elle devait être protégée et soignée», a-t-il indiqué.

Yves Brousseau en a profité pour se livrer à des attouchements sur les seins et les parties génitales de la dame à plusieurs reprises lors de ses hospitalisations en février et octobre 2008. Il l'a également incitée à lui faire une fellation. «Le week-end avant son décès, ma soeur a fait une crise suicidaire. Elle a par contre refusé de retourner à l'hôpital à cause justement des agressions qu'elle avait subies. Sinon, elle serait peut-être ici aujourd'hui avec nous», a-t-il ajouté.

Rappelons qu'au terme d'un long procès, Yves Brousseau avait été déclaré coupable d'avoir agressé sexuellement deux patientes dans l'exercice de ses fonctions. La procureure de la Couronne, Me Vicky Belleville, a donc demandé au juge Jacques Trudel qu'il lui impose une peine de 24 mois de prison. Dans sa plaidoirie, elle a insisté sur le fait que l'ex-préposé aux bénéficiaires avait commis un abus de confiance envers les victimes qui étaient en position de grande vulnérabilité mais également envers son employeur. Les conséquences ont été telles que l'une des victimes a par la suite refusé des soins alors que l'autre a fait semblant d'aller mieux pour quitter à l'hôpital.

Selon elle, rien n'excuse son comportement, outre le fait d'assouvir ses pulsions sexuelles. Brousseau n'aurait même jamais tenté de régler sa problématique, de suivre une thérapie ou de faire une remise en question.

Me Simon Ricard, l'avocat de la défense, a pour sa part suggéré une peine de huit mois prison. Il a tout d'abord déposé en preuves des lettres écrites par sa conjointe, sa famille, ses proches et ses amis. Ils le décrivent comme un homme généreux et disponible, toujours prêt à aider les autres. Il a rappelé que ce dernier a traité des milliers de patients au cours de sa carrière entre 1986 et 2010 sans pour autant les agresser. Aucune autre plainte ayant conduit au dépôt d'accusations n'a d'ailleurs été retenue contre lui.

Me Ricard aussi mentionné que sur le plan de la gravité des délits sexuels, ceux de son client se situaient au bas de l'échelle puisqu'il n'y avait jamais eu pénétration ou de violence physique.

Selon lui, il s'agirait de gestes isolés qui ne risquent pas de se reproduire. Yves Brousseau a d'ailleurs perdu son emploi et subi plusieurs contrecoups du processus judiciaire au cours des quatre dernières années.

Le juge Trudel a pris la cause en délibéré. Il fera connaître la sentence le 10 août.

Notons que la décision de culpabilité fait l'objet d'un appel par Me Ricard.

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