Un couple condamné à payer un million $ pour avoir floué un nonagénaire

Alain Satgé et Liliane Devries, ces fraudeurs qui ont écopé en mars dernier de... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste)

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Alain Satgé et Liliane Devries, ces fraudeurs qui ont écopé en mars dernier de peines de pénitencier pour avoir floué un nonagénaire d'une somme de 1 M$, ne sont pas au bout de leurs peines.

Cette fois-ci, c'est le Tribunal des droits de la personne qui a sévi contre le couple de Français en les condamnant à payer plus d'un million $ en dommages pour avoir exploité financièrement Albany Duhaime pendant plus de cinq ans. Ce dernier était atteint de la maladie d'Alzheimer. Il est décédé en 2013 à l'âge de 97 ans.

Dans un jugement de 47 pages, le Tribunal a en effet donné raison à la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse qui avait intenté une poursuite contre le couple pour exploitation d'une personne âgée et atteinte au droit à la sauvegarde de sa dignité, en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne.

Il s'agit d'ailleurs du montant le plus élevé jamais obtenu par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse dans une cause d'exploitation.

En plus du montant de 1 052 198 $, le couple et sa compagnie Scoobyraid inc. devront aussi payer des dommages moraux de 70 000 $ et des dommages punitifs de 2000 $ à la succession de M. Duhaime.

Par ailleurs, la compagnie a été condamnée à payer des dommages punitifs de 35 000 $.

Rappelons qu'au niveau criminel, à la suite d'un long procès, Liliane Devries, 71 ans, et son mari Alain Satgé, 79 ans avaient tous les deux été reconnus coupables de fraude contre Albany Duhaime. La femme avait été condamnée à purger une peine de quatre ans de pénitencier et son mari à trois ans de prison. Depuis, le jugement et la sentence ont été portés en appel par leur avocat, Me Pierre Gagnon.

Les fraudes avaient été commises à Trois-Rivières et au Lac-Saint-Jean entre 2004 et 2010. Alain Satgé et Liliane Devries étaient de très bons amis de M. Duhaime et de sa femme. Or, à la suite de la mort de celle-ci en France, le pauvre homme s'était retrouvé seul et en situation de vulnérabilité puisque c'est elle qui gérait leurs avoirs.

Le Tribunal des droits de la personne note qu'Albany Duhaime était un homme brisé lors de son retour au Québec.

«Le couple Satgé est bien au fait de la grande vulnérabilité de M. Duhaime et même de sa soudaine dépendance envers eux. Ils savent qu'il est non seulement abattu, mais également dépassé par les questions financières, dont celles qui découlent du décès de son épouse. Mais surtout, ils sont conscients qu'il leur fait une confiance aveugle parce qu'il les perçoit comme ses véritables amis.»

Le couple en a profité pour veiller sur M. Duhaime et ses avoirs. Liliane Devries a ouvert de nouveaux comptes bancaires et elle a réussi à obtenir une carte bancaire et une procuration qui lui donnait carte blanche pour accéder directement à toutes ses affaires et ainsi exercer une emprise totale sur le pauvre homme.

Selon le tribunal, elle a notamment alimenté sa colère et sa crainte envers sa famille et le fils de son épouse qu'il a d'ailleurs déshérités au profit du couple.

C'est ainsi que M. Duhaime a cédé sa maison de Trois-Rivières à la seule condition de pouvoir continuer de l'habiter. Il a par contre payé les coûts d'entretien.

Les Satgé ont aussi mis la main sur sa voiture, ont fait de nombreuses transactions bancaires et des retraits de ses comptes, notamment pour acheter un camion de 25 000 $ à leur fils, faire des voyages et payer des dépenses reliées à leur nouvelle entreprise, le relais Scoobyraid à Lamarche acheté en 2007.

En tout, ils ont ainsi dilapidé plus de 600 000 $ provenant de la succession de sa femme décédée et ils se sont emparés d'une somme dépassant les 270 000 $ appartenant à M. Duhaime.

Dans cette affaire, la défense prétendait que le couple avait agi en respectant les consignes de M. Duhaime, tout en s'occupant de son bien-être et que par le fait même, il n'y avait eu aucun geste malhonnête.

Les Satgé-Devries avaient même des lettres en leur possession disant que M. Duhaime leur cédait tous ses avoirs de son plein gré. Il a cependant commencé à se plaindre à la fin de sa vie. Il déplorait le fait qu'il n'avait même plus accès à sa voiture et sa tondeuse.

La Commission des droits de la personne et de la jeunesse et la Sécurité publique de Trois-Rivières avaient donc ouvert des enquêtes en 2010.

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