«Les policiers ne sont pas des superhéros»

La psychologue Josée Bergeron de l'École nationale de... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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La psychologue Josée Bergeron de l'École nationale de police de Nicolet a donné cette semaine une formation sur la prévention des impacts psychologiques à la suite d'événements traumatiques à un groupe de policiers de Trois-Rivières.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Aussi courageux et dévoués peuvent-ils être, les policiers sont aux premières lignes des événements les plus difficiles.

Ils sont confrontés à des situations potentiellement traumatiques qui peuvent avoir des conséquences majeures sur leur santé mentale.

Les assassinats des trois jeunes victimes du triple meurtre de 2014 à Trois-Rivières ont ébranlé toute la communauté, mais peut-être encore plus les policiers et les ambulanciers qui ont dû intervenir. Ces femmes et ces hommes ont été confrontés à des visions d'horreur lors de cette froide journée de février qui ne peuvent laisser personne indifférent.

Psychologue à l'École nationale de police de Nicolet, Josée Bergeron affirme qu'un policier sera confronté en seulement trois ans de service à davantage d'événements potentiellement traumatiques qu'un citoyen ordinaire durant toute sa vie.

C'est dans cette optique et alors que les mentalités évoluent au sein des services de police que la psychologue a développé une formation pour les intervenants en situation d'urgence. Celle qui a déjà formé plus de 400 policiers et ambulanciers à travers la province était à Trois-Rivières cette semaine pour offrir cette formation à des policiers trifluviens.

«Pour un citoyen normal, qui a une espérance de vie élevée, la mort représente le salon funéraire. Les policiers font face à la mort au quotidien», affirme d'emblée Josée Bergeron.

«Il y a au Québec trois suicides par jour. Chaque suicide veut dire qu'il y a au moins deux paramédicaux et des policiers qui interviennent. Il y a aussi beaucoup d'accidents de la route. Cela représente donc beaucoup plus d'expositions à des événements potentiellement traumatiques pour eux que pour les citoyens ordinaires.»

Afin d'imager cette réalité, la psychologue donne l'exemple d'un iceberg. Les citoyens ordinaires voient le sommet de la glace, avec le soleil et le beau ciel bleu. De leur côté, les policiers voient l'immense glace submergée et tout ce qui s'y cache, incluant les aspects sinistres d'une situation.

«Ils sont au courant de tout ce qui se passe. Ils voient beaucoup plus de choses que les citoyens», précise Mme Bergeron.

Lors d'interventions, les policiers doivent penser à leur sécurité, à celle de leur partenaire ainsi qu'à celle de la population. Ces responsabilités leur imposent d'être très efficaces et alertes sur le terrain. Même s'ils sont formés pour agir avec sang-froid lors d'événements difficiles, les policiers - ainsi que les ambulanciers et les pompiers - demeurent des êtres humains.

«Ils ne peuvent pas avoir des émotions à temps partiel. Je n'ai jamais trouvé quelqu'un qui arrivait à le faire», lance la psychologue.

«Ils sont bien formés à faire face à des événements de toutes sortes. Et ils ont aussi de la résilience, ils s'habituent aux situations difficiles. Mais ça n'empêche pas que lorsque l'intervention est terminée, il y a des questionnements. Parfois, les nerfs relâchent et il y a un retour d'émotions après l'intervention. Et il peut y avoir de l'usure de voir des choses difficiles. [...] Les policiers ne sont pas des superhéros.»

Consciente que les événements potentiellement traumatisants font partie du quotidien des policiers, l'École nationale de police de Nicolet a introduit dans la dernière année davantage d'expérimentations en réalités complexes pour que les aspirants policiers soient le plus possible préparés.

«L'être humain est fait comme ça, je ne dis pas que c'est le cas des aspirants policiers, mais tant qu'une situation potentiellement traumatique n'arrive pas, on comprend, on reçoit l'information, mais on ne sait toutefois pas comment on va réagir», note la psychologue.

Offertes aux policiers et ambulanciers, les formations de Josée Bergeron suscitent normalement plusieurs discussions avec les participants. Ceux-ci parlent souvent ouvertement d'événements traumatiques qu'ils ont vécus durant leur carrière, ce qui bonifie l'exercice.

Portant l'uniforme de policier depuis quelques décennies, Michel Letarte avoue que les mentalités évoluent au sein des corps policiers, dont celui de Trois-Rivières. Il y a une quinzaine d'années à peine, le syndrome de stress post-traumatique était un sujet tabou chez les forces de l'ordre, comme chez les forces armées. L'agent aux relations publiques de la police trifluvienne affirme que les policiers participent maintenant à des rencontres tenues à la suite d'événements difficiles et acceptent d'en parler.

Lorsque le triple meurtre est survenu, les policiers se sont donc rencontrés afin de parler de cette tragédie. L'agent Michel Letarte indique que les policiers ont pu apprendre comment leurs collègues ont vécu ces événements et comment ils se sentaient. Ces rencontres, dit-il, ont été très bénéfiques. «Il y a par la suite plus de soutien de la part des policiers», se souvient Michel Letarte.

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