Triple meurtre: prison à vie pour Cédric Bouchard

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Le juge Raymond W. Pronovost a noté que les deux accusés n'avaient jamais paniqué ni tenté de s'enfuir après avoir tué les deux jeunes soeurs et le copain de l'une d'elles. Ils ont été arrêtés quelques minutes plus tard alors qu'ils quittaient tranquillement la maison.

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Nancy Massicotte
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(Trois-Rivières) Au même titre que son complice Kaven Sirois, Cédric Bouchard devra purger une peine de prison à vie sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans pour le triple meurtre de la rue Sicard à Trois-Rivières.

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Sur cette photo, on voit Cédric Bouchard au poste de police alors qu'il était interrogé dans les instants suivant le drame. 

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Cédric Bouchard 

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Dans une décision étoffée comptant une quarantaine de pages, le juge Raymond W. Pronovost a en effet conclu que le jeune homme, qui avait 17 ans lors de la tuerie du 11 février 2014, devait être assujetti à une peine pour adultes. Tout en regardant le jeune homme, debout dans le box des accusés, il a déclaré: «Comment un individu peut-il développer autant de violence à l'égard de personnes qu'il ne connaît même pas? Son complice avait peut-être un mobile, la jalousie, mais l'accusé n'en avait aucun. Il s'agit d'une violence extrême et gratuite.»

Il a ainsi tenu compte de deux facteurs essentiels en droit pour l'assujettir dont, en premier lieu, sa culpabilité morale. Sur ce point, il conclut que les procureurs de la Couronne Me Hippolite Brin et Me Alexis Marcotte-Bélanger ont réussi à réfuter la présomption de culpabilité moindre qui s'applique aux adolescents.

Il a notamment relevé le fait que Cédric Bouchard avait longuement prémédité ces meurtres avec Kaven Sirois, qu'il avait appris à manier une arme, qu'il avait envisagé de torturer la mère des deux soeurs assassinées et qu'il avait apporté des outils à cette fin. Par le biais de la complicité, il avait aussi prévu de tuer des policiers, envisagé de filmer les événements pour ensuite les diffuser sur les réseaux sociaux mais qu'à la place, il avait laissé l'une des victimes raconter au 911 comment se déroulaient les événements.

De même, il a eu l'occasion de changer d'idée à plusieurs reprises, mais il n'a jamais dévié du plan initial. Il était alors conscient et pas intoxiqué. C'est lui qui a frappé à la porte de la maison pour faire entrer son complice avec les armes, c'est lui qui est allé chercher deux des trois victimes qui se cachaient à l'étage pour les faire descendre dans le salon à la pointe du fusil. C'est lui aussi qui a tiré en premier sur l'une des deux soeurs.

Pour toutes ces raisons, il ne fait aucun doute dans l'esprit du juge qu'il avait alors la capacité morale d'un adulte. «Tout a été minutieusement préparé comme un adulte l'aurait fait. Il n'a pas participé à ces crimes sur un coup de tête de façon instantanée mais en les planifiant de longue haleine», a-t-il précisé. 

Le deuxième facteur qu'il a considéré est la suffisance d'une peine spécifique pour adolescents. Celle-ci est de six ans de garde fermée et de quatre ans de suivi externe avant d'obtenir une libération complète. Il soutient que cette période n'est pas assez longue pour assurer sa réadaptation et sa réinsertion sociale tout en protégeant la société.

Dans cette affaire, on sait que Cédric Bouchard a participé au meurtre de trois personnes qu'il n'avait jamais vues et qu'il ne connaissait pas. Il a aidé Kaven Sirois à assouvir sa colère et son désir de vengeance dans le seul but que celui-ci le tue après les événements.

Or, les trois experts de la Cour, la criminologue Julie Moreau, la psychologue Tiziana Costi et le psychiatre Martin Gignac ont tous conclu qu'il aura besoin d'une prise en charge de longue durée en lien avec son trouble de personnalité, ses traits narcissiques et antisociaux. Ils ont surtout constaté qu'il se déresponsabilisait, qu'il était un grand manipulateur, qu'il avait tendance à jeter le blâme sur les autres et qu'il manquait d'empathie.

Même dans le cadre de sa détention, deux ans après le drame, ils ont constaté qu'il continue à se déresponsabiliser et à minimiser ses gestes. Il fait preuve de conformisme pour préserver son image sans jamais réellement s'impliquer émotivement pour régler ses problèmes. Les pronostics quant à sa réadaptation sont donc réservés.

Seul le psychiatre de la défense, le Dr Louis Morissette, estime que l'accusé a grandement changé et qu'il s'est responsabilisé depuis le drame. Il soutient même qu'il n'est pas violent.

Encore là, le juge Pronovost s'est demandé comment des experts qui travaillent dans le même établissement (Pinel) et qui soignent les mêmes patients peuvent en arriver à des conclusions aussi différentes. «Ici, il ne s'agit pas de nuances mais d'une opinion totalement différente.»

Dans son esprit, les prétentions de trois experts de la cour sont plus réalistes que celles du psychiatre Morissette. Selon lui, la prépondérance de preuves démontre que l'accusé continue bel et bien de se déresponsabiliser et à jeter le blâme sur Kaven Sirois.

«Il est plus centré sur son avenir et les conséquences que sur les impacts de ses gestes. Il serait surprenant qu'en suivant des formations et une thérapie avec un psychologue une fois par semaine que tout soit suffisant comme le prétend le Dr Morissette pour lui permettre une réhabilitation», a indiqué le juge Pronovost. 

Cédric Bouchard devra donc demeurer détenu dans un centre jeunesse jusqu'au 30 juin 2016, et ce, afin de compléter ses examens scolaires. Il sera ensuite envoyé dans un pénitencier pour y purger sa peine.

Encore une fois, il n'a manifesté aucune émotion lorsque la décision du juge est tombée contrairement à sa mère qui pleurait à chaudes larmes. À ce sujet, son avocat Me René Duval a expliqué: «On lui reproche souvent d'être impassible. Il a lui-même témoigné sur ses difficultés à manifester ses émotions. On peut penser que c'est un peu la contenance qu'il a réussi à se donner dans les circonstances.»

L'avocat a aussi annoncé qu'il allait évaluer très sérieusement la possibilité de déposer une requête pour permission d'en appeler compte tenu de la lourdeur de la peine. 

De son côté, la Couronne s'est dite très satisfaite de ce jugement bien qu'elle soit prête à faire face à la musique dans les éventuelles procédures d'appel, tout comme elle le fait pour Kaven Sirois.

Me Brin a souligné que les familles étaient somme toute soulagées par la décision du juge Pronovost tout en faisant preuve d'une grande résilience dans les circonstances.

Le fil des événements

11 février 2014

Peu avant 8 h, un appel de détresse est logé à la centrale du 9-1-1. Les policiers se rendent sur la rue Sicard et arrivent face à face avec deux adolescents. Les jeunes de 16 ans, Kaven Sirois, et de 17 ans, Cédric Bouchard sont arrêtés avant que ne soient découverts les corps des trois victimes à l'intérieur de la maison. Dans la journée, on découvre les nombreuses publications morbides sur les pages Facebook des deux accusés.

12 février 2014

Les deux jeunes arrêtés sont formellement accusés de meurtres au premier degré et de complot pour meurtre. La mère des deux soeurs assassinées et des policiers ont aussi été visés par le complot.

15 février 2014

Des centaines de personnes se rassemblent au Collège Marie-de-l'Incarnation (CMI) à l'occasion d'une cérémonie en l'honneur des trois victimes.

17 février 2014

Près de 450 personnes se sont réunies à l'Université du Québec à Trois-Rivières lors d'une liturgie de la parole célébrée à la mémoire des victimes.

20 février 2014

Les funérailles des trois jeunes victimes du triple meurtre sont célébrées en la cathédrale de Trois-Rivières, devant 1500 personnes.

23 juin 2014

Kaven Sirois plaide coupable d'avoir assassiné les trois jeunes victimes de la rue Sicard, d'avoir comploté leur meurtre, ceux de la mère des deux soeurs et ceux des policiers.

26 juin 2015

Cédric Bouchard, âgé de 17 ans au moment des meurtres, plaide lui aussi coupable aux six accusations portées contre lui, avant la tenue de son procès.

30 octobre 2015

Kaven Sirois écope d'une peine pour adultes. Il a été condamné à une sentence de prison à vie, sans possibilité de libération avant 10 ans.

18 février 2016

Le lieu de garde de Kaven Sirois est déterminé par le tribunal: il restera à l'institut Philippe Pinel jusqu'en 2020 pour ensuite être transféré dans un pénitencier jusqu'à la fin de sa sentence.

6 mai 2016

Kaven Sirois porte officiellement sa cause en appel. La requête pour permission d'en appeler est finalement déférée à un banc de trois juges de la Cour d'appel. Elle sera débattue le 28 octobre prochain.

13 mai 2016

Le juge Raymond W. Pronovost condamne Cédric Bouchard à une peine pour adultes. Il devra purger une sentence à perpétuité sans possibilité de libération conditionnelle avant dix ans.

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