Martin Gélinas complètement blanchi

L'ancien vice-recteur Martin Gélinas (au centre) à la... (François Gervais)

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L'ancien vice-recteur Martin Gélinas (au centre) à la sortie du palais de justice, est entouré ici de ses avocats Me Jean-François Bertrand et Me Marie-Michèle Fouint.

François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'ancien vice-recteur aux ressources humaines de l'Université du Québec à Trois-Rivières, Martin Gélinas, a été blanchi, jeudi matin, des accusations de harcèlement criminel contre l'ancienne directrice des communications de l'établissement, Guylaine Beaudoin.

Le juge Guy Lambert a ordonné l'arrêt des procédures et l'a déclaré non coupable.

En revanche, M. Gélinas a reconnu devant le juge que les dizaines de textos qu'il avait envoyés à Mme Beaudoin à la suite d'une idylle, en 2013, alors qu'il vivait une profonde dépression, avaient été de nature à faire peur à cette dernière.

M. Gélinas s'est donc engagé à ne communiquer avec Mme Beaudoin par aucun moyen pour les 12 prochains mois et à ne pas se rendre à son domicile ou à son lieu de travail.

Rappelons que le jugement qui l'avait d'abord reconnu coupable de ces accusations, en juillet 2014, avait été cassé par le tribunal d'appel le 19 février 2016.

Les juges qui avaient entendu l'appel estimaient que la juge de première instance n'avait pas analysé toute la preuve. Elle n'avait pas non plus analysé les versions contradictoires des témoins.

Les juges avaient donc ordonné la tenue d'un nouveau procès.

Une entente est toutefois intervenue à 17 h, mercredi, entre l'avocat de M. Gélinas et la direction des poursuites criminelles et pénales du palais de justice de Trois-Rivières, afin de demander l'arrêt des procédures, ce que le juge Lambert a accepté jeudi matin. «Je suis très heureux. Il n'y a pas de mots pour dire le soulagement que j'ai», a déclaré M. Gélinas aux médias à la sortie de l'audience en remerciant son avocat, Me Jean-François Bertrand.

Guylaine Beaudoin n'était pas présente au palais de justice pour l'occasion, mais son conjoint, Guillaume Morrissette, y était. Mme Beaudoin a fait savoir par courriel qu'elle ne commenterait pas cette décision. «Le dossier est maintenant clos», a-t-elle écrit au Nouvelliste.

Martin Gélinas, qui était accompagné de ses parents et d'anciens collègues de l'UQTR et de la Kruger, où il a déjà travaillé, a déclaré à sa sortie de la salle: «Mes premières pensées ont été pour mes deux filles et mon ex-conjointe et pour mes deux parents qui ont été là à chacune des étapes des procédures. Des parents solides», a-t-il précisé, la gorge nouée par l'émotion.

Ces procédures, ainsi que les plaintes qu'il a déposées contre certains anciens hauts dirigeants de l'UQTR pour harcèlement psychologique à son endroit, lui auront en effet coûté dans les 500 000 $. Il a épuisé toutes ses économies, utilisé ses RÉER et vendu sa maison et tous ses biens pour se défendre.

«De voir son honneur attaqué comme ça, injustement, on le sait aujourd'hui, il n'y a pas de prix pour se défendre, pour retrouver notre crédibilité et notre honneur comme être humain», dit-il.

Malheureusement, dit-il, de telles procédures laissent aussi des traces plus profondes. «Les juges de la cour d'appel l'ont reconnu, il y a une stigmatisation», dit-il. «Une absolution est une fiction juridique. Ça a l'air bien dans un palais de justice de dire que tu as une absolution, mais dans la vraie vie, ce que les gens remarquent, c'est coupable», dit-il, d'autant plus que cette affaire a été largement médiatisée.

Martin Gélinas indique qu'il veut malgré tout «tourner la page. J'ai 46 ans», dit-il. «Si je me mets à continuer à essayer de déterrer ce qui s'est passé et de faire des règlements de comptes, je vais passer ma vie à essayer de me venger et je vais perdre de belles années qui sont devant moi», fait-il valoir.

Sa décision est basée sur une longue réflexion. «J'ai passé six jours sur 7 à aller me promener dans les jardins du Sanctuaire, trois-quarts d'heure, une heure, au cours des trois dernières années et j'ai transcendé les sentiments de haine, de vengeance, etc. Je ne suis pas parfait, mais je suis à une autre étape d'essayer de regarder vers l'avant et mettre mes énergies sur des choses constructives», fait-il valoir.

M. Gélinas estime «que les 47 textos qu'il avait envoyés sur une période de trois mois (à Guylaine Beaudoin) dans le contexte que vous connaissez de la crise à l'UQTR étaient inappropriés, mais j'ai toujours considéré qu'ils n'étaient pas d'ordre criminel», dit-il, ce qu'a confirmé la décision du juge Lambert, jeudi.

Après avoir passé 12 ans à la direction des ressources humaines chez Kruger et 7 ans vice-recteur à l'UQTR, M. Gélinas souhaite réintégrer le marché du travail. «Il faut que je rebâtisse toute ma vie personnelle et professionnelle. J'ai les outils aujourd'hui. Justice a été rendue», se réjouit-il.

Il ne reste qu'un litige en suspens dans la vie de cet homme, soit les plaintes qu'il a logées envers l'UQTR pour harcèlement psychologique et congédiement abusif. Les prochaines audiences sont prévues les 7 et 8 juillet.

Chronologie de l'affaire Gélinas

25 avril 2008: Martin Gélinas quitte le service des ressources humaines de Kruger pour devenir vice-recteur aux ressources humaines à l'UQTR.

20 janvier 2012: Nadia Ghazzali devient rectrice de l'UQTR.

Novembre 2012: Guylaine Beaudoin, alors directrice des communications de l'UQTR, porte plainte contre Martin Gélinas pour harcèlement psychologique. La situation aurait commencé en mai 2011 à la suite d'une idylle.

1er février 2013: Signature d'une entente de confidentialité entre M. Gélinas et l'UQTR, alors qu'il se dit toujours en dépression, concernant tous les événements survenus avant le 1er février 2013. M. Gélinas sera éventuellement accusé par l'UQTR, devant la Commission des relations du travail, de ne pas avoir respecté cette entente.

1er février au 9 avril 2013: Martin Gélinas est suspendu de ses fonctions. Il dit traverser une période de profonde dépression qui nécessitera éventuellement une hospitalisation. Au cours de cette période, il envoie 84 textos à des cadres et employés de l'UQTR, dont la majorité à Guylaine Beaudoin. Certains sont des appels de détresse, d'autres sont haineux et tentent de monter certaines personnes les unes contre les autres.

4 février 2013: Guylaine Beaudoin est relevée de ses fonctions temporairement. Martin Gélinas dépose une plainte de harcèlement psychologique contre elle.

17 mars 2013: Rien ne va plus au sein de la nouvelle administration de l'UQTR. Les démissions et les congédiements se multiplient et il ne reste plus qu'un seul vice-recteur permanent sur quatre.

12 avril 2013: Le Syndicat du personnel professionnel exprime un vote de non-confiance envers la rectrice.

28 avril 2013: Quelques jours après le dépôt d'un diagnostic portant sur la situation organisationnelle à l'UQTR, la rectrice, Nadia Ghazzali, est sévèrement blâmée par son conseil d'administration.

1er décembre 2013: L'UQTR met fin à son lien d'emploi avec Guylaine Beaudoin.

11 avril 2014: La cause de Martin Gélinas pour harcèlement criminel envers Guylaine Beaudoin est entendue. Ce dernier plaide qu'il avait besoin d'aide et non d'accusations criminelles et que l'UQTR aurait dû tempérer la situation. De son côté, Guylaine Beaudoin a aussi l'impression que son employeur, l'UQTR, ne lui vient pas en aide face à cette situation.

27 juin 2014: Martin Gélinas contacte le Vérificateur général du Québec afin de dénoncer certaines irrégularités au sein de l'administration de l'UQTR. D'autres employés s'inquiètent aussi de la situation qui règne à l'Université et contactent l'Unité permanente anticorruption (UPAC).

8 juillet 2014: M. Gélinas est reconnu coupable de harcèlement criminel envers Guylaine Beaudoin. La sentence est assortie d'une absolution conditionnelle au terme d'une année. La juge Guylaine Tremblay indique que le conflit qui règne au sein de l'organisation, à l'UQTR, constitue la toile de fond de ce dossier.

14 juillet 2014: L'UQTR suspend Martin Gélinas avec solde. Sa condamnation est évoquée dans la lettre.

7 novembre 2014: Martin Gélinas s'en va en appel de sa condamnation au criminel. Il tient à faire annuler son verdict de culpabilité. Son avocat, Me René Duval, estime d'ailleurs que cette affaire «s'inscrit dans un contexte et on découvre, à mesure qu'on fouille ça, des jeux de coulisses.»

25 novembre 2014: Un candidat à la présidence du Syndicat des professeur(e)s de l'UQTR. Éric Chartier, porte lui aussi plainte au ministre de l'Enseignement supérieur au sujet du climat qui règne à l'UQTR. Les députés de la région et le ministre se disent publiquement préoccupés.

6 février 2015: L'avocat de Martin Gélinas, Me René Duval, estime avoir découvert des documents susceptibles de convaincre un juge de porter des accusations de parjure et / ou faux témoignage et d'entrave à la justice dans la plainte au criminel déposée contre son client.

9 février 2015: L'UQTR décide de mettre définitivement fin à son lien d'emploi avec Martin Gélinas. Ce dernier se dit persuadé qu'il y a un lien avec les plaintes qu'il a portées contre l'administration Ghazzali.

25 février 2015: L'UQTR demande le huis clos à la CRT dans cette cause, mais ne l'obtient pas.

10 mars 2015: Martin Gélinas dépose quatre nouvelles plaintes à la CRT contre l'UQTR. Son procureur dit avoir des motifs raisonnables de croire que ce dernier a été victime d'un complot qui a mené à son congédiement.

27 mai 2015: Après le dépôt d'un rapport dévastateur sur la gestion de l'UQTR par la Vérificatrice générale du Québec, la rectrice, Nadia Ghazzali, donne sa démission. Elle sera embauchée quelques semaines plus tard comme professeure à l'UQTR.

5 juin 2015: L'audition de la cause de Martin Gélinas contre l'UQTR est amorcée depuis quelques jours devant la Commission des relations du travail. La juge administrative, Lyne Thériault, rend un jugement de non-divulgation du contenu de l'entente survenue le 1er février 2013 entre M. Gélinas et l'UQTR. Tout un pan de cette saga demeurera ainsi cachée.

19 février 2016: La cour d'appel du Québec annule le verdict de culpabilité de M. Gélinas dans la cause criminelle et ordonne la tenue d'un nouveau procès. La juge de première instance n'avait en effet pas analysé toute la preuve. Quelques jours plus tard, le Directeur des poursuites criminelles et pénales (DPCP) annonce qu'il recommencera le procès.

12 mai 2016: Le DPCP et l'avocat de Martin Gélinas, Me Jean-François Bertrand, s'entendent pour arrêter les procédures. M. Gélinas est complètement blanchi des accusations qui pesaient contre lui par le juge Guy Lambert. Guylaine Beaudoin n'a pas voulu commenter cette décision. Notons que la cause devant la CRT reprendra le 7 juillet.

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