La Haute-Mauricie se souvient des feux de forêt de 2010

Laurianne Petiquay et Jocelyne Basile ont été évacuées... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste)

Agrandir

Laurianne Petiquay et Jocelyne Basile ont été évacuées de Wemotaci en mai 2010.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

(La Tuque) «C'est comme si c'était hier.» Les images percutantes du feu de Fort McMurray font revivre des souvenirs à Laurianne Petiquay et Jocelyne Basile.

Symboliquement, la croix blanche de Wemotaci avait résisté... (Archives, Sylvain Mayer, Le Nouvelliste) - image 3.0

Agrandir

Symboliquement, la croix blanche de Wemotaci avait résisté au brasier de 2010. 

Archives, Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Patrick Moisan a servi des milliers de repas... (Audrey Tremblay, Le Nouvelliste) - image 3.1

Agrandir

Patrick Moisan a servi des milliers de repas durant les événements.

Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

Elles ont vu les flammes de près en 2010 lors des feux en Haute-Mauricie et le drame est encore bien présent dans leur mémoire.

Avant même de parler de leur expérience, c'est une pensée pour les dizaines de milliers de personnes évacuées que les deux femmes voulaient partager.

«On pense à eux là-bas. Ce n'est pas juste de la forêt, ce sont des villes complètes. On pense aux enfants, aux familles, à leurs maisons, leur communauté, ça va être toute une épreuve», lance Laurianne Petiquay.

«Ça nous touche beaucoup de voir les gens se sauver, comme on avait dû le faire...», ajoute Jocelyne Basile.

Ces images effrayantes de feu et de noirceur, elles les ont vues à Wemotaci alors qu'elles résidaient dans cette communauté autochtone menacée par les flammes il y a six ans. 

«Ça nous rappelle ce qu'on a vécu, on les comprend dans un sens. J'ai été dans la communauté jusqu'à l'évacuation complète», se souvient Mme Petiquay.

Elle n'hésite pas à comparer les souvenirs à un film d'horreur. Elle a vu la panique s'emparer de la communauté. «Il y a des gens qui disaient que c'était la fin du monde en voyant les flammes derrière les maisons.»

L'Atikamekw, âgée de 25 ans en 2010, a vu des membres de la communauté qui ont tout donné pour protéger le village. «Les gens prenaient ce qu'ils pouvaient pour essayer de sauver les maisons.»

La population a commencé à vouloir quitter les lieux, mais un autre problème avait fait surface, la pénurie d'essence. «Il y avait une file de voitures qui attendaient pour avoir du gaz pour quitter la communauté. Ils mettaient un peu de gaz dans chaque auto», raconte Mme Petiquay.

«J'avais un bébé de quelques mois. Il fallait l'amener à l'urgence, il avait de la misère à respirer. On attendait le gaz pour partir, on voyait le feu s'en venir. Dans l'auto, on bouchait les trappes d'air parce que ça sentait fort», témoigne Mme Basile.

Retour à la réalité difficile

Le feu et la fumée ont quitté la communauté, mais ils ont laissé des traces. Des traces qui encore aujourd'hui font en sorte qu'on ne peut oublier les événements.

«Quand on est revenu, c'était très triste. C'était noir, très noir. Quand on arrive, il y a des grosses montagnes riches et vertes qui sont devenues noires et mortes. Après six ans, on voit encore les traces», affirme Laurianne Petiquay.

Aujourd'hui, ce que l'on souhaite se rappeler davantage, c'est l'entraide et les liens qui se sont créés entre Wemotaci et La Tuque. «On a été en mesure de voir que l'humain est humain.»

Des milliers de repas par jour

Patrick Moisan se souvient lui aussi. C'est lui et son équipe qui se sont occupés de nourrir les centaines de personnes évacuées. Un défi qu'il n'oubliera pas.

«À un moment, on frôlait les 6000 repas par jour. [...] Il fallait se retrousser les manches en se disant que c'était pour des gens qui étaient plus dans la misère que nous. Le restaurant était fermé et la salle à manger était devenue une salle de production», explique le propriétaire du restaurant Le Boké.

«C'est une fierté d'avoir accompli ça. Mon équipe s'est surpassée pour accomplir cette tâche colossale. C'est un moment très marquant de ma carrière», assure-t-il.

Il s'est également rendu là-bas en hélicoptère quelques jours pour assurer le service alimentaire pour la réintégration. D'ailleurs, il n'est pas près d'oublier ce qu'il a vu. «C'était la catastrophe du haut des airs. Je me souviens que la seule chose qui n'avait pas brûlé, c'était Wemotaci avec sa croix blanche. Le reste était noir. C'est presque impossible que ça n'ait pas brûlé», témoigne-t-il.

Quartier général occupé

La caserne de La Tuque est devenue, pendant la crise, un centre de coordination des mesures d'urgence. Le directeur du service incendie y était. Toute la solidarité et l'humanité des intervenants resteront gravées dans sa mémoire. 

«Les Atikamekws vivaient une détresse psychologique, ils pensaient tout perdre. Quand le feu a été passé, on avait présenté des images pour les rassurer, pour leur montrer que le village n'était pas brûlé. Ça les avait apaisés», se souvient Serge Buisson.

Ce dernier est catégorique, le service serait en mesure de faire face à une autre crise et même que la Ville de La Tuque est encore mieux équipée qu'à cette époque.

Après les événements, des équipements supplémentaires avaient été achetés par les autorités de Wemotaci. Des pompiers de La Tuque s'étaient déplacés pour offrir de la formation aux Atikamekws. «On voulait qu'ils soient capables de se protéger un peu plus», soutient le directeur.

Le service incendie de La Tuque est par ailleurs très à l'affût à ce temps-ci de l'année. M. Buisson appelle à la prudence.

Partager

À lire aussi

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer