La retraite pour Francis Gobeil

Après 40 ans comme policier, dont 17 ans... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste)

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Après 40 ans comme policier, dont 17 ans à la tête de la Sécurité publique de Trois-Rivières, Francis Gobeil part à la retraite.

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

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(Trois-Rivières) Une importante page d'histoire se tournera le 29 avril prochain à la Sécurité publique de Trois-Rivières. Après 17 ans à la tête du service de police trifluvien, le directeur de police Francis Gobeil partira à la retraite, mettant du même coup un terme à une carrière policière de 40 ans, dont 32 ans à Trois-Rivières.

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Lors de son assermentation comme policier, le jeune Francis Gobeil était accompagné de ses parents, Romuald et Carmen ainsi que de son frère Alain.

Une carrière qui a été marquée par de nombreux changements organisationnels et technologiques, le principal intéressé le reconnaît bien. Mais une carrière qui aura d'abord été guidée un peu au hasard, à la surprise de nombreux accidents de parcours qui l'auront mené jusqu'à la tête du plus gros corps policier municipal entre Montréal et Québec.

C'est d'abord à Haute-Rive, sur la Côte-Nord, que Francis Gobeil a été assermenté comme policier en juin 1976, après une formation au Cégep de Rimouski. Deux ans plus tard, il sera transféré à la municipalité de la Baie-James, où il patrouillera les six années suivantes.

«J'avais postulé pour la GRC et j'ai démissionné de la Baie-James en décembre 1983 pour faire partie du contingent 84, mais il y a eu un report. Je suis donc déménagé à Trois-Rivières, parce que j'étais en couple avec une Trifluvienne. J'ai postulé à Trois-Rivières comme policier. Le jour où la GRC m'a rappelé pour le contingent, j'étais marié et j'avais deux enfants», raconte Francis Gobeil, qui confie que sa volonté de joindre la GRC n'était plus aussi présente avec une petite famille.

C'est en 1986, qu'il a eu son premier grade de sergent, sous la direction du chef Gérald Cholette. «Des postes étaient ouverts, mais je ne pouvais pas appliquer, car je n'avais pas l'ancienneté. Sauf que personne n'a appliqué. Le directeur Cholette m'avait fait venir dans son bureau pour connaître mon intérêt, et s'était arrangé avec le syndicat pour que l'affichage permette que les plus nouveaux puissent accéder au poste. C'était un hasard, un accident de parcours encore. Le fait d'être au bon endroit au bon moment», résume celui qui se fraiera ensuite un chemin comme lieutenant et capitaine avant d'être nommé directeur du service en mai 1999.

Un métier qui évolue

En 17 ans de direction, Francis Gobeil aura vu évoluer le métier de policier probablement plus rapidement que l'ensemble de ses prédécesseurs.

L'évolution du droit a évidemment transformé, et parfois même compliqué le travail des policiers, qui doivent maintenant passer trois à quatre fois plus de temps sur certains dossiers pour s'assurer des bonnes procédures et de la communication de la preuve afin de mener à bien les procédures judiciaires suivant les enquêtes.

Mais l'arrivée des médias sociaux et des téléphones intelligents a complètement chamboulé le travail, reconnaît Francis Gobeil.

«Le multimédia a amené la police sur la sellette à la seconde. À l'époque, plusieurs événements passaient inaperçus. Aujourd'hui, les citoyens sont devenus des journalistes temporaires sur la route et avec leur téléphone en main, peuvent tout filmer. Ça influence le travail policier», confie Francis Gobeil, précisant du même coup qu'il ne s'agit pas là d'une mauvaise chose. «Ça oblige à faire de la police comme la police doit être faite», résume-t-il.

Il suffit d'ailleurs d'un seul événement comme celui de l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur pour venir entacher des mois et des années de travail à gagner la confiance du public.

«Au cours des dernières années, nous avons réalisé des sondages de satisfaction pour lesquels nous frôlions le 96 %, ce qui n'est pas négligeable. Mais on aurait posé la même question en mars 2013, après l'arrestation d'Alexis Vadeboncoeur, et je ne suis pas certain qu'on aurait eu ce résultat. Ça a fait mal à l'image corporative, mais aussi à l'ensemble des organisations policières au Québec», confie-t-il, se félicitant tout de même d'avoir pris ses responsabilités.

«On n'a pas essayé d'excuser ni de camoufler ça. Je ne pouvais pas me mettre la tête dans le sable. Ils ont tous été cités en comité de discipline. Deux ont été congédiés, deux autres suspendus sans solde, et l'issue du procès criminel nous dictera la suite des choses», convient Francis Gobeil qui, encore à ce jour, parle de ce dossier comme du plus complexe qu'il a eu à gérer en matière de ressources humaines.

Policiers-pompiers

De grands dossiers auront aussi marqué sa carrière, dont la fusion des corps policiers lors de la fusion municipale, mais également la scission du corps policier de celui de pompier à partir de l'application du schéma de couverture de risques, en 2007.

«J'étais un ardent défenseur du système policier-pompier. Économiquement, c'était la meilleure solution pour la ville. Mais avec les changements d'objectifs du ministère, on se butait toujours a des problèmes récurrents, comme la formation et la prévention. Il a fallu me convaincre, mais aujourd'hui, avec les résultats que l'on connaît, c'était la seule chose à faire», raconte-t-il, en rappelant que le nombre de décès en raison des incendies a diminué de plus de 66 % au cours des cinq premières années d'application du schéma. «La prévention, c'est le nerf de la guerre», rappelle-t-il.

Il devra désormais suivre de loin le dénouement de certains dossiers encore non résolus, comme le meurtre de Cédrika Provencher.

«On souhaite tout le temps avoir une résolution de tous nos dossiers. Un meurtre non résolu, ça nous achale. On aimerait que le suspect soit derrière les barreaux, que l'assassin de Cédrika soit attrapé et identifié. Parce que la personne est toujours au large, et on ne connaît pas le risque de récidive», reconnaît Francis Gobeil.

Il se félicite toutefois que la Sécurité publique de Trois-Rivières ait un taux de résolution des crimes d'un peu plus de un sur deux. «C'est excellent, et ça contribue au sentiment de satisfaction», convient-il.

C'est toutefois le défi de la clientèle en santé mentale que devra relever son successeur. «L'an dernier, on avait 700 heures d'intervention en trouble de santé mentale. Un policier n'est ni travailleur de rue, ni psychologue, ni psychiatre, ni médecin. Il doit surtout avoir beaucoup de jugement et être en mesure d'agir avec ces comportements-là», croit Francis Gobeil.

Pour sa part, c'est auprès de sa famille et surtout de ses six petits-enfants que le grand-papa de 59 ans entend consacrer ses énergies désormais.

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