Fillette brulée par une cigarette: «C'est pire qu'un film d'horreur»

Alain Bellemare... (Audrey Tremblay)

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Alain Bellemare

Audrey Tremblay

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(La Tuque) Ses larmes ont coulé avant même de pouvoir prononcer un mot. Des larmes de tristesse résultant d'un souvenir douloureux. Le Nouvelliste a rencontré la dame à qui s'est confiée la jeune fillette de 5 ans qui a été brûlée à plus de 25 reprises par une cigarette.

«C'est la chose la plus dégueulasse que j'ai entendue», lance avec émotion Marjorie [nom fictif pour préserver son anonymat].

La sentence de 15 mois de prison infligée à l'agresseur, Alain Bellemare, est tombée vendredi dernier. Elle a mis fin aux procédures judiciaires, mais elle a laissé un goût amer dans le coeur de cette Latuquoise qui a pris soin de la jeune fille pendant plusieurs mois. Une sentence bonbon, selon elle, pour un drame qui a laissé des traces à jamais sur le corps de la victime.

«Ce qui me choque, c'est qu'il ait eu seulement 15 mois. Je trouve que c'est épouvantable. Elle va souffrir probablement de ça toute sa vie».

«Ils parlent de 25 brûlures, mais c'est beaucoup plus. Médicalement, ils pouvaient seulement prouver les brûlures de cigarettes. [...] Je voyais sur son corps qu'il y avait différentes formes. Elle m'a montré avec des signes que c'était un lighter. Il y avait aussi de très petites brûlures. J'étais sous le choc. Avec ses petits doigts, elle m'a montré que c'était des allumettes», raconte-t-elle.

Celle qui préfère garder l'anonymat est métisse. Elle comprend bien la réalité autochtone, mais n'endosse pas la décision du Tribunal d'imposer «une peine moins sévère tenant compte des séquelles vécues par la communauté à cause des pensionnats et de la réalité autochtone».

«C'est un être humain au même niveau que tout le monde. Ç'aurait pris quelques années au moins, qu'il ait le temps de réfléchir un peu», affirme-t-elle.

L'histoire a choqué, les réactions ont été nombreuses, plusieurs citoyens ont mentionné être outrés par la décision du Tribunal, mais toute cette histoire a fait aussi des dommages collatéraux.

Marjorie a été très affectée par les confidences de la jeune fille et par la situation. Elle a fait des cauchemars, elle a dû avoir recours à de l'aide psychologique et elle a même craint pour sa sécurité à certains moments.

«J'ai souffert de stress post-traumatique. Je me suis crue dans un film à un certain moment donné, un film d'horreur», précise-t-elle.

La fillette a dû être confiée à une autre personne, un dur coup à encaisser.

«Je n'allais pas bien, alors on me l'a enlevée. Ça m'a fait beaucoup de peine. J'avais compris toute sa souffrance et je voulais lui donner une belle vie», raconte-t-elle en larmes.

Marjorie a dû témoigner devant le Tribunal. Un autre épisode éprouvant. D'ailleurs, elle se questionne sur la longueur des procédures judiciaires. L'accusé a reçu sa sentence le 1er avril 2016 alors que les événements se sont produits en 2011.

De plus, elle a été pointée du doigt. Parfois même accusée à tort par des citoyens, mais au final, si justice a été rendue, c'est en partie en raison de son signalement.

«Malgré tout, j'ai le sentiment du devoir accompli. J'ai fait ce que j'avais à faire. J'ai protégé une enfant».

La suite des événements

Dans son jugement rendu le 1er avril dernier, le juge Guy Lambert mentionne qu'en octobre 2011, la victime et sa soeur ont été placées en famille d'accueil chez Marjorie. Les enfants étaient très craintifs. Il a fallu de longues semaines avant que Marjorie obtienne la confiance des deux jeunes filles.

«Elle (la victime) avait toujours peur. Je la respectais», raconte la Latuquoise.

En janvier 2012, après une journée de ski, la fillette de 5 ans prend une douche. Marjorie remarque sa peau sèche. Elle lui demande la permission pour lui appliquer de la crème hydratante.

«Elle a accepté, elle était contente.. La première chose que j'ai remarquée, c'est ses bras et après, j'ai vu les autres (brûlures). Puis là, j'ai vu qu'elle en avait partout sur le corps», raconte-t-elle.

À ce moment-là, la soeur de la victime est entrée dans la pièce. Elle a fondu en larmes et lui a avoué qu'il s'agissait de brûlures de cigarettes faites par Alain Bellemare.

«C'était tellement un secret profond», affirme Marjorie, qui se souvient encore très bien la date de cette journée.

À un certain moment, la jeune fille a même expliqué de quelle façon Bellemare s'y prenait pour le faire.

«C'est pire qu'un film d'horreur. Tu ne peux pas faire ça à un enfant, ça ne se fait pas», dit-elle en imitant les gestes qui donnent froid dans le dos.

Maintenant, Marjorie souhaite tourner la page, elle souhaite que la jeune fille soit heureuse. «J'y souhaite tout le bonheur du monde à cette petite cocotte», a conclu Marjorie.

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