Fillette brulée par une cigarette: 15 mois de prison pour Bellemare

Alain Bellemare... (Audrey Tremblay)

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Alain Bellemare

Audrey Tremblay

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(La Tuque) Alain Bellemare a pris le chemin de la prison, vendredi, après que le juge Guy Lambert lui eut imposé une peine de 15 mois d'emprisonnement pour avoir brûlé une fillette de 5 ans à plusieurs reprises avec une cigarette. L'Atikamekw de 26 ans avait été reconnu coupable de voies de fait graves en juin dernier.

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La pédiatre Judith Trudel avait affirmé durant le procès qu'elle avait répertorié 25 brûlures faites par une cigarette et deux causées par un briquet.

Dans le prononcé de sa sentence, qui a duré près de deux heures, le juge a mentionné que la peine imposée était moins sévère «tenant compte des séquelles vécues par la communauté à cause des pensionnats ainsi que de la réalité autochtone».

Le juge Lambert s'est d'ailleurs attardé longuement à la réalité autochtone de l'accusé et son environnement familial qui ont été décrits dans le rapport Gladue.

Il s'agit d'un rapport prédécisionnel qui explique le contexte socio-économique de la communauté autochtone de l'accusé. Il a été question, entre autres, de l'historique de consommation, des pensionnats et du contexte de violence.

Il est aussi revenu sur les facteurs aggravants et atténuants du dossier qui avaient été soulevés par les avocats au moment des représentations sur la peine, notamment la gravité des blessures, la nature permanente des cicatrices, l'âge de la victime, l'absence d'antécédents judiciaires et le suivi psychologique de l'accusé. Le juge n'a pas manqué non plus de soulever le caractère odieux du crime.

«La violence faite à l'enfant dans ce dossier est importante, révoltante et doit être dénoncée afin de protéger d'autres enfants qui sont victimes de violence. Le Tribunal sait pertinemment que les Atikamekws n'acceptent pas ce genre de comportement», a affirmé le juge.

Le Tribunal a aussi noté que l'accusé n'avait pas témoigné pour expliquer son suivi psychologique, qu'il n'avait pas saisi l'opportunité de s'adresser au juge en laissant l'interprète répondre à sa place et qu'il continuait de nier son implication dans le dossier.

«Je suis convaincu que l'accusé, malgré l'évidence, ne veut pas passer pour une personne qui a maltraité un enfant. Il essaie tant bien que mal de nier l'évidence», soutient le juge Lambert.

En plus des 15 mois d'emprisonnement, Bellemare devra se soumettre à une probation de deux ans à sa sortie de prison et respecter plusieurs conditions. Il lui sera notamment interdit de communiquer avec la victime et sa soeur. Il ne pourra posséder des armes à feu et devra fournir un échantillon d'ADN.

Bellemare, qui était demeuré presque sans émotion tout au long des procédures judiciaires, a éclaté en sanglots lorsque les constables spéciaux lui ont mis les menottes.

Lors de la dernière audience, les deux parties avaient fait des recommandations aux antipodes. L'avocat de la défense demandait un sursis de sentence avec une longue probation tandis que l'avocat de la Couronne demandait une peine d'emprisonnement de 4 ans. Ce dernier s'est dit déçu à la sortie de la salle d'audience. «C'est certain que quand on plaide 48 mois de détention et que le juge en donne 15, on est un peu déçu. Par contre, c'est une longue décision écrite. On va la relire et en prendre acte au complet», a fait savoir Me Éric Thériault.

Ce dernier n'a pas caché que la décision était clémente selon lui. Il a souligné que la sentence se situait «dans le bas de la fourchette» comparativement aux peines infligées pour des infractions semblables.

Me Thériault a souligné qu'il était trop tôt pour dire s'il allait aller en appel de la décision. «C'est une possibilité, mais elle n'est pas encore envisagée», a-t-il lancé.

Rappelons que le juge Lambert avait déclaré Alain Bellemare coupable aux termes d'un long procès traduit en Atikamekw. Il en était venu à la conclusion que Bellemare avait perdu patience et brûlé l'enfant avec une cigarette.

La pédiatre Judith Trudel avait affirmé durant le procès qu'elle avait répertorié 25 brûlures faites par une cigarette et deux causées par un briquet. Elle avait également affirmé que ces brûlures étaient au troisième degré et que les cicatrices seraient permanentes. Les brûlures s'étendent au visage, aux bras, au haut du corps, aux cuisses et à la vulve de la fillette.

Statistiques étonnantes

Le juge Guy Lambert a fait état de données étonnantes dans son jugement concernant les autochtones, plus précisément les Atimakews, en matière de justice.

«Traitant des dossiers autochtones depuis plusieurs années dans la municipalité de La Tuque, le Tribunal a été en mesure de constater que les dossiers provenant de la communauté de Wemotaci occupent près de 25 % du rôle criminel, alors que les Atikamekws représentent environ 5 % de la population», écrit-il dans son jugement.

Il a aussi souligné qu'il y avait beaucoup de délits liés à la surconsommation d'alcool et de drogue.

«Le Tribunal constate aussi que les témoins font souvent défaut lorsque le procès doit avoir lieu. Notre système de justice a besoin de s'adapter à la réalité autochtone», a-t-il ajouté.

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