Triple meurtre: «Je ne pourrai jamais me pardonner», affirme le coaccusé

Même s'il s'est adressé aux parents des victimes...

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Même s'il s'est adressé aux parents des victimes pour présenter ses excuses, le coaccusé du meurtre de la rue Sicard est perçu par les psychiatres comme un individu qui manque d'empathie.

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) «Je ne pourrai jamais me pardonner, donc je ne m'attends pas non plus à ce que les familles me pardonnent.»

Pour la première fois depuis son arrestation, le coaccusé dans le triple meurtre de la rue Sicard à Trois-Rivières s'est adressé aux familles des trois victimes jeudi après-midi.

En effet, dans le cadre des procédures judiciaires dans lesquelles la Couronne tente de l'assujettir à une peine pour adulte, il a pris la parole dans le box des accusés. Les parents des victimes ont pour leur part refusé de l'entendre et ont quitté la salle d'audience.

Sur un ton monocorde, les menottes aux poings, le jeune homme de 19 ans a répondu aux questions de son avocat, Me René Duval, pour parler de son quotidien au centre de réadaptation, de son cheminement scolaire et thérapeutique, de ses rencontres avec un psychologue.

Il a aussi parlé longuement de sa problématique de dépendance aux stupéfiants qui était de toute évidence majeure: cannabis, LSD, champignons magiques, speeds, morphine, cristal meth, crack et cocaïne. Aujourd'hui, il dit avoir cessé toute consommation depuis son arrestation.

Invité à parler de la journée fatidique du 11 février 2014, il admet avoir participé activement aux crimes et à leur planification.

«J'ai fait ce que Kaven m'a dit de faire. Je les ai emmenées au salon (les victimes), j'ai donné des ordres et j'ai participé à leur exécution», a-t-il raconté.

Il a aussi avoué avoir de la difficulté à identifier ses émotions et à les faire sortir. «J'ai trouvé ça difficile d'entendre les familles des victimes. Même si ça ne paraît pas car je n'ai pas ou peu d'affect. Les émotions restent à l'intérieur de moi mais j'ai une grande tristesse par rapport à ce que j'ai commis et fait endurer aux proches. J'ai beaucoup de remords et de culpabilité. J'aurais dû faire autrement. J'ai un inconfort à cause de ma honte», a-t-il ajouté.

Il a par la suite lu une lettre qu'il a écrite pour les familles.

«Je tiens à m'excuser pour l'horrible geste que j'ai commis. Je regrette d'avoir causé leur mort, tout ce que j'ai dit et j'ai fait dans la planification des crimes, les messages sur Facebook. Je suis profondément désolé. À chaque jour, chaque nuit, j'ai des remords qui me rongent à l'intérieur», a-t-il déclaré.

Même s'il éprouve de la honte à penser au futur, il souhaite un jour se reprendre en main, mener une vie tranquille et honnête.

Par ailleurs, ces remords ne correspondent pas avec les observations du psychiatre Martin Gignac, expert de la cour, qui l'a rencontré en septembre et octobre 2015. Plus tôt dans la matinée, il l'a décrit comme une personne qui a des traits de personnalité antisociaux et narcissiques. Selon lui, il n'a pas de profil psychopathique pour l'instant mais il n'est pas exclus qu'il le développe un jour.

Le psychiatre l'a perçu comme un adolescent qui met l'accent sur ses propres pertes, qui se déresponsabilise, qui manque d'empathie, qui était impassible lors de ses rencontres, et ce, même avec ses parents qui eux, sont davantage perturbés.

Il retient le fait qu'il a commis un meurtre non spécifique en tuant des gens qu'il ne connaissait pas et que ce délit était planifié. Selon lui, le risque de récidive apparaît donc plus élevé que dans le cas d'un meurtre spécifique qui s'apparente au drame passionnel.

Son pronostic est donc réservé. «Tout va dépendre de son engagement et de son implication véritable et sincère dans une thérapie et de sa persévérance», a-t-il ajouté.

Il conclut qu'il faudra une thérapie de longue durée mais refuse de s'avancer sur d'éventuels résultats positifs, se disant encore très préoccupé par sa déresponsabilisation.

D'autre part, le psychiatre de la défense Louis Morissette, a commencé à témoigner en fin de journée.

Rappelons que le juge Raymond W. Pronovost, voyant son absence dans la salle d'audiences jeudi matin, l'avait convoqué d'urgence pour 14 h 15 sous peine d'outrage au tribunal. Il semble qu'il y ait eu un imbroglio sur les dates de sa convocation.

Le Dr Morissette estime plutôt que le risque de récidive est modéré et que le pronostic de réhabilitation est bon puisqu'il n'a aucun antécédent criminel, qu'il a un bon comportement au pavillon, qu'il s'implique dans une thérapie et qu'il se responsabilise sans chercher d'excuses.

«Il faut dépasser l'horreur et la gravité du crime si on veut parler du potentiel de réadaptation. Il faut regarder ce qu'est le jeune et ce qu'il fait», a-t-il précisé.

Selon lui, il n'a d'ailleurs pas de maladie mentale grave et il n'est pas psychopathe même s'il a de la difficulté à montrer ses émotions.

Il n'a pas non plus de traits narcissiques mais plutôt une carapace narcissique en réaction à une grande fragilité intérieure, rappelant du même coup que son motif était de mourir.

«Oui il sait que c'est grave mais on ne peut pas s'attendre aujourd'hui à ce qu'il puisse ressentir tout le chaos qu'il causé. Il a plaidé coupable, il accepte sa responsabilité», a-t-il conclu.

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