Nonagénaire floué: le pénitencier pour un couple de fraudeurs

Même s'ils sont âgés et qu'ils souffrent de problèmes de santé, Liliane Devries... (François Gervais, Le Nouvelliste)

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François Gervais, Le Nouvelliste

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Même s'ils sont âgés et qu'ils souffrent de problèmes de santé, Liliane Devries et Alain Satgé devront respectivement purger des peines de quatre ans et trois ans de prison pour avoir floué un nonagénaire d'une somme de 1 million $.

La juge Guylaine Tremblay a en effet conclu que le crime qu'ils ont commis pendant plus de cinq ans contre une personne âgée en situation de grande vulnérabilité doit faire l'objet d'une dénonciation et d'une dissuasion collective, et ce, compte tenu du nombre grandissant d'aînés dans la société.

Elle a d'ailleurs qualifié d'odieux leur comportement. Non seulement le couple de Français a-t-il fraudé Albany Duhaime pour plus d'un million de dollars sur une période de cinq ans mais ils ont abusé de sa confiance et porté atteinte à sa dignité.

En dépit de ses troubles cognitifs et de sa maladie d'Alzheimer, ils l'ont pratiquement abandonné à lui-même après l'avoir dépouillé de son argent.

Ils l'ont ensuite déraciné en l'emmenant vivre avec eux au Lac-Saint-Jean afin de l'utiliser pour camoufler leurs délits.

Qui plus est, la preuve a révélé qu'ils ont agi par appât du gain uniquement. La fortune de M. Duhaime a en effet été utilisée à des fins personnelles pour l'achat d'une maison, de voyages, d'un centre de plein air à Lamarche et les dépenses courantes.

Il s'agit de plusieurs facteurs aggravants qui ont pesé lourd dans la balance. Les seuls facteurs atténuants demeurent leur absence d'antécédents judiciaires, le risque de récidive considéré comme faible et le fait qu'ils ont toujours respecté leurs conditions de remise en liberté depuis leur arrestation.

Quant à leurs problèmes de santé et leur âge, (Mme Devries a 71 ans alors que M. Satgé en a 79), la juge Tremblay estime que ces facteurs ne peuvent être considérés pour alléger la peine sauf en cas de situation exceptionnelle comme un cancer incurable, ce qui n'est pas le cas ici.

Rappelons que les faits sont survenus à Trois-Rivières et au Lac-Saint-Jean entre 2004 et 2010. Alain Satgé et Liliane Devries étaient de très bons amis de M. Duhaime et de sa femme.

Or, à la suite de la mort de celle-ci en France, le pauvre homme s'est retrouvé seul et en situation de vulnérabilité, car c'est elle notamment qui gérait tous leurs avoirs.

Le couple a alors décidé de veiller sur M. Duhaime lors de leur retour au Québec. Ce dernier leur a confié la gestion de la succession en donnant des procurations et un mandat général à Mme Devries. C'est d'ailleurs elle qui est considérée comme le cerveau de cette fraude bien que son mari ne pouvait ignorer leur situation financière.

Les suspects, qui n'avaient pas beaucoup d'argent, ont alors fait des virements bancaires, endossé des chèques et retiré plusieurs milliers de dollars en argent liquide à leur profit. Ils ont ainsi dilapidé plus de 600 000 $ provenant de la succession de sa femme décédée et ils se sont emparés d'une somme dépassant les 270 000 $ appartenant à M. Duhaime. À cela, on peut ajouter une maison valant plus de 90 000 $ et des véhicules que M. Duhaime leur a donnés.

Dans cette affaire, la défense prétendait que le couple avait agi en respectant les consignes de M. Duhaime, tout en s'occupant de son bien-être et que par le fait même, il n'y avait eu aucun geste malhonnête.

Les Satgé-Devries avaient même des lettres en leur possession disant que M. Duhaime leur cédait tous ses avoirs de son plein gré. Il a cependant commencé à se plaindre à la fin de sa vie.

Il déplorait le fait qu'il n'avait même plus accès à sa voiture et sa tondeuse. Il n'a jamais pu témoigner puisqu'il est décédé en décembre 2013 à l'âge de 97 ans.

Même une fois le verdict rendu, le couple a continué à clamer son innocence. Le jugement a d'ailleurs été porté en appel par leur avocat Me Pierre Gagnon. Quant à la sentence qui leur a été imposée mardi matin, il est fort possible qu'elle fasse aussi l'objet d'un appel.

«C'est une peine sévère et déraisonnable», a indiqué Me Gagnon. Selon lui, elle s'écarte des peines qui sont habituellement rendues pour ce type de crimes, faisant une comparaison avec le récent dossier de l'ex-lieutenant gouverneur du Québec Lise Thibault.

Pour sa part, Me Maxime Chevalier, le procureur de la Couronne, était satisfait de la décision rendue, lui qui avait réclamé six ans de prison.

«La juge a fait une analyse minutieuse. Il y a deux messages importants à retenir. D'une part, ce type de fraudes constitue une atteinte à la dignité des personnes âgées davantage qu'une question monétaire et d'autre part, ce n'est pas parce qu'on est héritier légitime ou non qu'on peut se comporter comme ça», a-t-il mentionné.

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