Policier tué en Abitibi: l'École nationale de police en deuil

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Le directeur des affaires institutionnelles et des communications de l'ENPQ, Pierre Saint-Antoine.

Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Nicolet) Le drame a beau avoir eu lieu dans le secteur de Val-d'Or, l'impact de la mort du policier Thierry Leroux, abattu samedi dans une résidence de la réserve algonquine de Lac-Simon, s'est fait sentir jusqu'à l'École nationale de police de Nicolet.

«C'est avec tristesse que l'École a appris ce week-end le décès du policier Thierry Leroux, mort dans une situation tragique, dans le cadre d'une intervention de routine. Notre institution est en deuil et sous le choc d'un événement comme celui-là et nous avons pris des actions à l'interne pour faire part de ce deuil-là», a commenté, lundi, le directeur des affaires institutionnelles et des communications, Pierre Saint-Antoine.

En effet, non seulement les membres du personnel et les étudiants arborent-ils déjà le ruban noir, mais l'institution n'a pas tardé à mettre son drapeau en berne en plus de mettre à la disposition des gens un livre de condoléances destiné à transmettre des messages de sympathie aux proches de la victime de 26 ans. Et la remise de diplômes prévue ce vendredi sera marquée, entre autres, d'une minute de silence à sa mémoire.

Originaire d'Amos, Thierry Leroux était lui-même diplômé de la 143e promotion de l'ENPQ en novembre 2013. Il était même en nomination pour le prix d'excellence du mérite sportif, ce qui démontrait ses excellentes qualités physiques et techniques ainsi que son appropriation des valeurs de l'École. Il a été tué samedi dernier en répondant à un appel relatif à une dispute. 

Selon M. Saint-Antoine, toute actualité policière fait partie des discussions parmi les aspirants policiers et leurs instructeurs se servent des événements au quotidien pour ramener certains éléments dans le cadre de la formation. 

«La mort tragique d'un collègue, ça amène ces éléments-là, les aspirants policiers en discutent, on rappelle des éléments de sécurité, des normes. Comme on le sait, ce sont des événements qui peuvent arriver, qui font partie de la profession de policier. On ne doit jamais rien tenir pour acquis. On a beau être le mieux préparé, le mieux formé possible, la réalité policière nous rattrape parfois. On les prépare avec une excellente vivacité d'esprit dans le cadre de l'ensemble de leurs interventions, mais ce sont effectivement des événements malheureux qui peuvent arriver, que ce soit lors d'une intervention de routine ou tactique. On sait que tout événement peut être à risque, dans les situations les plus routinières du travail policier», souligne-t-il.

À son avis, même si le policier Leroux ne faisait pas partie de la formation autochtone offerte par l'ENPQ, qui contient des volets spécifiques à la réalité des femmes, le cours régulier, qui touche la gestion du stress et les situations de crise, lui aura permis d'être bien préparé pour ce genre d'intervention policière, «disposant de l'ensemble des éléments nécessaires». «C'est lors de son intégration dans un corps de police québécois qu'il a à adapter sa formation et ses interventions en fonction du lieu. Il y a une diminution d'embauche dans les corps de police réguliers du Québec. C'est une option pour les aspirants policiers que d'aller appliquer dans les corps policiers autochtones», précise M. Saint-Antoine.

Par ailleurs, celui-ci a indiqué qu'aucun policier n'était mort en service au cours des deux dernières années. Il fallait remonter à 2013 alors que l'agent Steve Déry, âgé de 27 ans, et membre du Service de police régional Kativik, était tombé sous les balles d'un tireur lors d'une intervention pour violence conjugale dans une résidence.

En mai prochain, lors de la Semaine de la police et de la Journée de reconnaissance policière, l'ENPQ va commémorer la mort de Thierry Leroux, qui est le premier policier à perdre la vie cette année sur le territoire québécois.

À défaut de disposer d'un monument pour les communautés autochtones, l'École va évaluer l'endroit où inscrire son nom, un 187e depuis le milieu des années 1800 alors que le cénotaphe regroupe tous ces policiers morts en service dans la province, que ce soit les municipaux, la Sûreté du Québec, la GRC ou les corps de police autochtones.

À la suite à la tragédie qui a eu lieu dans la communauté Anishinabe, le chef de l'Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador, Ghislain Picard, a tenu à exprimer ses plus sincères condoléances aux familles des deux victimes.

«Cette tragédie nous rappelle encore une fois à quel point la détresse peut mener à des actes irréparables. Nous sommes de tout coeur avec les familles, les policiers et les communautés éprouvés. La Cheffe Salomée McKenzie et le Conseil peuvent compter sur notre soutien en ces moments douloureux», a-t-il déclaré.

Michel Oligny... (Stéphane Lessard, Le Nouvelliste) - image 4.0

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Michel Oligny

Stéphane Lessard, Le Nouvelliste

«Le gars l'a tiré dans le dos»

Spécialisé dans la gestion du stress et l'intervention post-traumatique, un ancien policier de la Sûreté du Québec, Michel Oligny, a eu l'occasion de rencontrer Thierry Leroux, en novembre dernier, lors d'une visite régulière au poste de police de Lac-Simon pour y faire du debriefing.

«C'est pathétique. Mais c'est le risque du métier. Il venait d'arriver. Les jeunes sont de passage, ils font leur devoir avant de joindre un gros corps de police», raconte celui qui y retourne d'ailleurs ce mercredi pour échanger, entre autres, avec «l'autre policier en choc».

Selon lui, le triste dénouement n'a aucun rapport avec l'expérience. «Le gars l'a tiré dans le dos», fait-il remarquer. Et celui-ci ne croit pas qu'une formation autochtone aurait fait la différence. 

«Les policiers reçoivent une bonne formation de base à l'École nationale de police. Il faut ensuite qu'ils s'ajustent à leur milieu. Mais quand on traite un appel, on ne sait jamais», laisse-t-il entendre.

Ce dernier tient à mentionner que la région de Lac-Simon est l'un des endroits où les drames sociaux sont les plus nombreux au Québec.

Et, dit-il, contrairement aux équipes d'intervention tactique, dont l'approche est calculée, le patrouilleur ne sait jamais si la personne sera armée ou s'il se fera tirer à bout portant quand il vérifie une voiture ou qu'il intervient dans un cas de violence conjugale ou de chicane.

«Il faut que tu penses vite. Malheureusement, là, ils n'ont même pas eu le temps de penser. Le gars lui a tiré dans le dos», a-t-il conclu.

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