«Comment a-t-il pu se permettre de toucher ma fille?»

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Le nom de Mathieu Roy sera inscrit à vie au Registre des délinquants sexuels.

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Le Nouvelliste

Lettre de la mère d'une des victimes de Mathieu Roy

Je suis la maman d'une grande fille et d'un grand garçon. Depuis mai dernier, je suis aussi la maman d'une deuxième petite fille. Cette petite fille je l'aime, je l'adore, je ne l'échangerais pour rien au monde, mais cette situation, je ne l'ai pas choisie.

Je le considérais comme un ami, il n'était pas supposé faire du mal à ma fille. Comment a-t-il pu se permettre de toucher ma fille? On était là pour lui, pour l'aider. Comment a-t-il pu penser qu'il pouvait faire ça? On ne vit pas sur la même planète! Il a trahi 8 ans d'amitié, la confiance qu'on avait en lui. Il était comme un membre de la famille, je m'occupais de son fils comme si c'était le mien.

Il savait comment les histoires d'agressions sexuelles me fâchaient quand on en voyait à la télé. Comment pouvait-il faire cela à ma fille au même moment? Comment a-t-il pu faire cela durant tout ce temps et rester aussi naturel? Comment a-t-il pu cacher autant son jeu? Pourquoi notre famille? Pourquoi ma fille? Ces questions-là resteront pour toujours.

Mon conjoint se bat contre un cancer, mon fils et moi avons des problèmes de santé aussi. Il connaissait notre vulnérabilité, il n'a pas de coeur. Je le vois regarder le plancher à la cour. Je ne ressens aucun regret. Pas d'apparence de larme ou de sentiment de culpabilité. Il disait même qu'il ne méritait pas d'être en prison. Je n'ai jamais autant regretté d'avoir aidé quelqu'un et d'avoir fait confiance. Aujourd'hui, de la confiance je n'en ai plus. Je doute toujours. Aider les gens c'est terminé. Un ami a eu besoin d'aide pour être hébergé une nuit. J'ai dit non. Mon beau-père reviendra d'Afrique sous peu et aura besoin d'un toit pour quelque temps. Je ne sais pas si je serai capable de l'inviter chez moi.

Ma famille et moi avons dû raconter des mensonges pour cacher la grossesse de ma fille et pour faire croire à la mienne. J'ai dû être hébergée une semaine avec ma fille chez une amie. Mon conjoint et mon père se sont retrouvés avec une interdiction de contacter ma fille en attendant les résultats ADN. C'est tellement blessant de savoir qu'il a pu créer un doute dans ma tête, je m'en veux pour ça. J'ai dû traverser une grande partie de cette épreuve toute seule à la maison. J'ai été isolée de mon conjoint et mon père au moment où j'avais le plus besoin de leur support. Je n'ai pas eu le choix. Je me sentais seule. Tout ça, juste à cause de lui.

Financièrement, on a dû se retourner sur un dix cents. Il y avait un tas d'achats à faire pour le bébé. Depuis ce temps, il nous faut aussi revoir la planification financière de la famille. Heureusement nous avons eu de l'aide. Mon conjoint et moi avions prévu un montant d'argent pour un voyage afin de célébrer nos 10 ans de vie commune. On en avait besoin, mais ce voyage n'a pas eu lieu et l'argent a servi à payer les équipements nécessaires à recevoir un enfant.

Je vis du stress, de la fatigue, de l'épuisement. Mon asthme, contrôlé depuis longtemps, a repris. J'ai maintenant une machine d'inhalothérapie à la maison et je prends des pompes tous les jours. Il me fait vivre de la culpabilité, de la rage, de la peur, de la colère, de la peine, de la honte, de l'impuissance. Et ça ne partira pas avec sa sentence. Je devrai retravailler sur ma confiance en la vie. Je doute sans cesse de mes décisions. Durant mes conversations, je doute avec qui je suis. Je suis hypervigilante, j'ai peur des conséquences, des représailles qui pourraient encore amener de la peine.

Ce sont des évènements qui changent une routine de vie. Mes enfants étaient grands, plus autonomes. On pouvait partir sans trop de préparation, mais plus maintenant. Il y a un bébé à coordonner dans tout ce qu'on fait. On recommence à zéro. Ça a chamboulé mon fils aussi. Il ne voyait plus Mathieu et son garçon à la maison. Il ne comprenait pas pourquoi on n'en parlait plus. Son papa, mon conjoint, a été parti deux mois vu l'interdit de contact. Mon fils m'a demandé pourquoi j'avais eu un bébé, m'a dit qu'il aurait aimé un frère.

Tous les appels et les rendez-vous, toutes les démarches pour protéger notre famille. Nous avons même dû contacter les policiers, car il a tenté d'entrer en contact avec nous. Ça a occasionné un stress supplémentaire. Avant qu'il soit en prison j'avais peur de tomber face à face avec lui. Maintenant j'ai peur des représailles à sa sortie de détention. Il fut un temps où il était libre. On s'est senti séquestrés chez nous à cause de lui. J'ai peur de sortir en public, d'être reconnue, jugée. On a dit de moi de bien mauvaises choses sur les réseaux sociaux suite à ce qui s'est passé. Des gens ont dit que j'avais été une mère irresponsable, innocente. On m'a accusée de ne pas avoir été protectrice, alors que depuis septembre j'étais dans les hôpitaux avec ma fille afin de savoir ce que cachait son état de santé et pour faire des examens. Aujourd'hui, même si je ne fais rien de mal, j'ai peur du jugement des autres. Je n'avais pas ce trait de caractère avant. Je n'ai pas été une mauvaise mère et je veux que tout le monde le sache.

Comment je peux faire confiance aux gens maintenant? J'ai perdu confiance en l'être humain. J'espère maintenant qu'il comprendra que nous ne voulons aucun contact avec lui. Ni maintenant ni à sa sortie de détention. Je souhaite qu'il respecte ça en ne nous contactant pas et en n'essayant pas de nous retrouver à sa sortie ou d'essayer d'avoir des nouvelles de la petite.

Ma fille a dû changer d'école. Elle a perdu son innocence, sa jeunesse, sa chambre. Il lui a enlevé sa première relation sexuelle. sa première grossesse, son premier enfant. On a jugé ma fille, on m'a demandé si elle avait un retard intellectuel. Elle était juste une enfant, victime d'abus sexuel, incapable de parler. C'est dur pour le coeur d'une mère. À cause de lui on a vécu de la méchanceté. J'ai mis des mesures en place pour protéger ma fille, il y a eu des mensonges, de l'isolement, etc. Tout ce temps j'avais l'impression de le protéger lui. J'espère que ma fille saura plus tard trouver le bon garçon pour elle et se faire respecter.

Et la procédure judiciaire en rajoute. C'est difficile de contrôler mes émotions et chaque remise à la cour me demande un peu plus de force. On m'a enquêtée, évaluée, suivie. D'innombrables démarches se sont mises en branle. Sa sentence sera sûrement de quelques années. Une sentence qui aura une fin malgré tout, alors que pour notre famille, la sentence est pour la vie, pour ma fille encore plus que les autres. Peu importe la sentence qui sera prononcée, ça ne sera jamais assez comparé à la peine qu'il nous a faite, à notre vie qu'il a détruite. Il a détruit bien des choses, chez bien des gens de notre entourage, les amis, la famille. Par exemple, mon amie qui nous a hébergées ma fille et moi, sa présence en l'absence de mon conjoint pour les rendez- vous, les transports et même l'accouchement de ma fille.

Les évènements ont aussi causé bien des tourments dans mon couple. Les abus sexuels que j'ai moi-même subis étant jeune me sont revenus en plein visage. Pour notre couple ça a eu des répercussions, sur le plan sexuel entre autres, mais nous y avons trouvé la force de nous rapprocher davantage. Mon conjoint était un grand ami de Mathieu. Il vit de la culpabilité de l'avoir laissé entrer dans notre maison, de l'avoir accueilli. Il s'en veut de ne pas avoir pu protéger ma fille qu'il considère comme la sienne. Même si peu de place lui est laissée dans cette histoire, mon conjoint a été attaqué lui aussi par cette situation. C'était son chum de gars.

Malgré tout, je réalise aujourd'hui que mon couple est encore plus fort qu'avant. J'ai simplement hâte de pouvoir vivre et juste présenter mes trois enfants.

En terminant, je sais que les médias choisiront peut-être de publier une partie de cette lettre. Tout ce que je souhaite, c'est que mes propos soient cités de manière fidèle, avec les mots que j'ai choisis.

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