Ils réclament justice pour leur fils décédé dans un accident

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Les parents de Michaël Lapointe lancent un cri du coeur. Ils veulent que justice soit rendue.

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(La Tuque) Un terrible accident a coûté la vie à un jeune homme de 21 ans le 30 septembre dernier. Sa voiture a sombré dans la rivière du Milieu après une sortie de route sur un chantier abandonné par un entrepreneur, aux abords du pont.

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Il n'y avait aucune signalisation sur les lieux de l'accident quelques jours après le tragique événement. On voit également que la courbe tout juste avant le pont est très prononcée.

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Les amis de Michaël Lapointe ont mis des panneaux avant les autorités pour sécuriser les lieux. 

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Depuis, les journées ont passé, les semaines et même les mois, mais la douleur, elle, ne s'est pas estompée. La plaie est vive. Les parents du Latuquois Michaël Lapointe avaient préféré rester dans l'ombre jusqu'à ce qu'ils puisent la force nécessaire pour tenter de rendre justice à leur fils, «pour ne pas qu'il soit mort pour rien». 

Ils ont entrepris récemment des démarches auprès d'avocats. Ils ont reçu la nouvelle comme si le ciel leur tombait à nouveau sur la tête; les recours civils sont quasi inexistants. Pierre Lapointe et Johanne Brodeur veulent que justice soit rendue pour enfin vivre leur deuil.

«C'est un événement qui aurait pu être totalement évité. On s'accrochait à se dire qu'il ne serait pas mort pour rien et que quelqu'un allait répondre de ses actes. Ça n'a aucun sens, on n'a plus de vie depuis ce temps-là. Tout l'espoir qu'on avait depuis le 30 septembre est tombé d'un coup sec. C'est comme si on me disait: ton gars il est mort à cause d'une erreur humaine, mais tu ne peux rien faire. On m'a scié les deux jambes», mentionne Pierre Lapointe, le père de la victime.

L'accident avait créé une onde de choc dans la petite communauté de ce secteur isolé aux frontières de la ville de La Tuque et de la MRC de Mékinac. Dans les journées qui ont suivi le drame, des citoyens et des amis de la victime avaient vivement dénoncé des travaux, abandonnés par un entrepreneur sans mesure de sécurité, ni signalisation, qui donnait l'illusion que le chemin était droit alors qu'il s'agit d'une courbe prononcée menant à un pont. 

C'est au tour des parents de la victime de monter aux barricades et ils sont prêts à se battre. Ils insistent, quelqu'un doit répondre de ses actes.

«Les traces de pneus sont exactement où le garde était avant d'être enlevé par quelqu'un», dénonce le père de la victime.

«On trouvait que l'enquête policière ne bougeait pas beaucoup, alors j'ai fait ma propre enquête pour savoir qui avait été là et savoir pour quelles raisons il n'avait pas remis le garde de sécurité au bout du pont», affirme Pierre Lapointe.

Ce dernier a rapidement trouvé des réponses à ses questions. Il a rencontré un enquêteur à la Sûreté du Québec. «Il a tout pris en note, mais on n'a aucune nouvelle depuis ce temps-là», déplorent les parents de la victime.

Le dossier est clos à la SQ. Selon leur enquête, il n'y avait aucun élément qui ressortait ou qui démontrait qu'il y aurait pu avoir négligence criminelle.

«L'enquête policière est terminée. C'est maintenant la responsabilité du coroner. [...] Au niveau policier, il n'y avait rien qui laissait croire qu'il y avait eu négligence criminelle ou une infraction criminelle ou pénale», explique la sergente Annie Thibodeau. 

Pierre Lapointe et Johanne Brodeur espéraient pouvoir poursuivre l'entrepreneur qui a amorcé les travaux, possiblement sans autorisation. Toutefois, la déception a été grande. En consultant un cabinet d'avocats spécialisés dans ce genre de cause, ils ont appris que la loi du no-fault s'appliquait. 

Les deux avocats consultés par Le Nouvelliste, confirmaient également, qu'à première vue, même s'il manquait quelques détails pour analyser le dossier, que la loi du no-fault prévaut. Cette loi, entrée en vigueur en 1978, prévoit un régime public d'assurance automobile où les victimes de la route seront tous indemnisées par la SAAQ, et ce, sans égards a la responsabilité. Cette même loi exclut donc tout recours civil de la victime contre la personne ou l'organisme responsable de l'accident. 

Par ailleurs, ils ont soulevé la possibilité de poursuites criminelles contre l'entrepreneur pour avoir abandonné les lieux sans avoir pris les mesures de sécurité nécessaires.

«Quand on a appris qu'on n'avait pas de recours, Pierre s'est mis à pleurer comme lorsqu'il m'a appris la nouvelle le soir de l'accident. C'était pareil. Ils nous ont tués», témoigne avec émotion la mère de Michaël Lapointe, Johanne Brodeur.

«J'ai pleuré tout l'après-midi. C'est comme si notre gars venait de mourir encore. On s'accrochait beaucoup à ça», avoue M. Lapointe.

Il faut dire que la situation sur le pont avait été corrigée très rapidement. Des amis de la victime avaient, par précaution, installé de la signalisation, et les panneaux de circulation ont fait leur apparition quelques jours plus tard.

«Une semaine après les événements, un employé du ministère s'est rendu sur les lieux de l'accident. On s'est rencontré là. Ses yeux sont devenus aussi grands que des deux piasses. Il n'était pas de bonne humeur. Il m'a assuré qu'il n'avait donné aucune autorisation pour travailler sur ce pont-là», note Pierre Lapointe.

Non loin de là, à quelques dizaines de mètres, des travaux en règle ont été effectués par un entrepreneur sur un pont similaire, qui appartient à la Ville de La Tuque. Des travaux avaient été commandés après une forte pluie parce qu'il y avait de l'érosion, a confirmé la Ville. Toutefois, le pont relié à l'accident est sur le territoire de la MRC de Mékinac.

Maintenant, les parents et la famille de Michaël Lapointe souhaitent que justice soit rendue. Ils espèrent ardemment que des accusations criminelles soient déposées contre l'entrepreneur. 

«Si ça ne se règle pas, je pense que je ne serai jamais capable de faire mon deuil. Je n'en reviendrai jamais. Tu n'as pas envie de laisser partir un enfant comme ça. C'est comme si quelqu'un l'avait tué et qu'on ne fait rien. C'est impossible», lance la mère en sanglots.

«Les gens nous demandaient sans cesse pourquoi on ne faisait rien. On n'en avait tout simplement pas la force. On s'est tenu discret jusqu'à ce qu'on décide d'entamer des procédures. Maintenant, on veut que les gens sachent pourquoi il n'y a pas de procédures d'entamées et qui est responsable de ça. On ne veut plus que ça arrive. On ne le prend pas et on veut que justice soit faite. [...] Ce qui me frustre le plus là-dedans, c'est que l'entrepreneur est au courant de tout ça lui. On n'a jamais eu d'excuses. C'est du monde de la ville, on sait qui ils sont», a conclu Pierre Lapointe.

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