Craignant un drame, une famille à bout de souffle crie à l'aide

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Depuis dix ans le manège se répète. Dix ans de psychoses, d'accidents, de délires, autant de situations où François, malgré lui, met sa vie et celle des autres en péril. Dix ans comme un long tunnel au bout duquel sa famille ne voit plus la lumière, sinon celle d'un train.

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(Trois-Rivières) Quelques jours après avoir causé trois accidents automobiles, avoir fait l'objet d'une poursuite policière sur l'autoroute 40, après un délit de fuite, après avoir brisé ses conditions de probation, avoir conduit dangereusement, sans permis, François [nom fictif] est de retour chez lui.

Chez lui, en pleine psychose et intoxiqué jusqu'aux os par une surdose de méthamphétamine, une drogue de synthèse psycho-hallucinante. Depuis dix ans le manège se répète. Dix ans de psychoses, d'accidents, de délires, autant de situations où François, malgré lui, met sa vie et celle des autres en péril. Dix ans comme un long tunnel au bout duquel sa famille ne voit plus la lumière, sinon celle d'un train.

François est malade. Ce n'est plus à prouver. Non seulement souffre-t-il de psychose, mais également de toxicomanie. Depuis l'âge de 13 ans, il consomme des drogues dures. François est aujourd'hui âgé de 32 ans.

Dans son cocktail d'états quotidiens: délire spirituel, sentiment d'invincibilité, acteur élu de la fin du monde, pouvoirs magiques, hallucinations, absence de discernement, incohérence. Récemment, il a démontré un comportement violent, une première chez cette personne que sa mère qualifie de «douce». Une mère qui, désormais, barre la serrure de la porte de sa chambre à coucher à double tour.

Depuis l'automne, rien ne va plus. La semaine dernière, au volant d'un camion loué, François a fait un accident à Trois-Rivières avant de prendre la poudre d'escampette. Les policiers se sont lancés à ses trousses. Durant la poursuite, à quelque 170 kilomètres à l'heure, il a percuté une autre voiture, heureusement sans blesser personne. Dans une courbe, François a dérapé. Les policiers l'ont mis en joue, arrêté, puis l'on conduit à l'hôpital psychiatrique.

François y est resté quelques heures à l'urgence. Le 25 décembre, après avoir échangé quelques mots avec un psychiatre de l'hôpital de Trois-Rivières, il retournait chez lui. Pas d'arrestation, pas de suivi médical.

Le 27 décembre, toujours perché dans un délire dont il ne redescend plus, il s'achetait une nouvelle voiture et reprenait la route. Ses parents ont alors prié les policiers municipaux de l'arrêter à nouveau. Leur fils venait de leur indiquer que Dieu lui quémandait de passer outre les feux de signalisation. Sa voiture a été saisie, sans plus.

François est aujourd'hui un homme libre. Il brûle désormais les poils de son visage et de son corps, car selon lui les poils sont l'incarnation du diable. Durant l'entrevue accordée au Nouvelliste par ses parents et l'une de ses soeurs, François a envoyé un message texte à son père. «Pauvre papa. C'est triste de te voir prisonnier de tes poils, tu fais pitié. Je te promets qu'un jour je vais te libérer du diable qui enferme ta lumière. Il est très puissant, le diable, sur ton propre corps, en plus tu en as plein dans le dos. Les poils de mon père veulent ma mort.»

Dix ans que la famille de François ne sait plus à quel saint se vouer pour que leur fils reçoive les soins appropriés. Le hic: l'article un de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, qui stipule que «tout être humain a droit à la vie, ainsi qu'à la sûreté, à l'intégrité et à la liberté de sa personne». Une liberté qui inclut le droit de recevoir ou de refuser des traitements médicaux.

Une liberté qui guide, depuis dix ans, les allers et les retours de François entre l'hôpital et les centres de désintoxication, lors de séjours de quelques heures ou de quelques jours, jamais assez longtemps pour entreprendre un véritable processus de guérison. Pendant ce temps, le jeune père de famille cumule les arrestations, décuple sa détresse sociale, plonge un peu plus profondément dans une psychose toxique qui, lance sa soeur, pourrait bien le pousser à commettre, malgré lui, l'irréparable.

«On en voit tellement de toutes les couleurs, qu'au prochain appel on se demande toujours ce qu'il va faire», mentionne-t-elle. «Sa maladie contrevient à sa sécurité. On a les mains liées et on doit attendre un drame.»

La psychose touche principalement les jeunes

La psychose est un trouble mental sévère et atteint environ 3 % de la population. Les jeunes de 15 à 30 ans, ainsi que les femmes âgées de 18 à 35 ans sont les plus susceptibles de vivre un épisode de psychose. Selon l'Association québécoise des programmes pour premiers épisodes psychotiques, «plus longtemps la psychose perdure sans traitement, plus lente sera la récupération». Par ailleurs, plus on retarde la guérison, plus les épisodes de psychose peuvent survenir à répétition.

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