«La priorité est de trouver le site d'inhumation»

Le professeur Frank Crispino... (Stéphane Lessard)

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Le professeur Frank Crispino

Stéphane Lessard

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Selon le professeur Frank Crispino, directeur du Laboratoire de recherche en criminalistique de l'Université du Québec à Trois-Rivières, la priorité des enquêteurs est «de trouver le site d'inhumation [des ossements de Cédrika Provencher] parce que c'est par ce site d'inhumation qu'on sera en mesure d'aller chercher d'autres traces.»

C'est pourquoi la Sûreté du Québec mettra à nouveau 200 policiers sur le coup, mardi. Selon le spécialiste, membre du Centre international de criminologie comparée, on ne peut même pas parler de chercher une aiguille dans une botte de foin, «c'est quelque chose de beaucoup plus grand.

En plus, il faut ajouter la dimension du temps. Si le corps a été déposé peu de temps après l'enlèvement, au minimum 7 à 8 années sont passées», rappelle-t-il. En matière de perturbation des indices, donc, le temps a déjà fait son oeuvre, croit-il.

Un déploiement aussi vaste de policiers, lundi, pour chercher des traces, n'est pas rare dans de telles circonstances, dit-il. «C'est même justifié. C'est déjà assez rare de trouver des ossements», fait-il valoir.

Ce que ces policiers recherchaient lundi, «c'est le site primaire, c'est-à-dire le site d'inhumation», explique-t-il.

Selon le professeur Crispino, le fait qu'on n'ait trouvé que le crâne, en fin de semaine, pourrait indiquer que celui-ci aurait pu être déplacé par un animal. «Le crâne a été retrouvé dans de bonnes conditions, d'après ce que je comprends», dit-il. Le reste des os devraient donc être eux aussi dans un bon état lorsqu'ils seront retrouvés, prévoit le spécialiste.

Ce n'est pas qu'une simple responsabilité de retrouver ces ossements, plaide-t-il. «Il y a aussi un devoir vis-à-vis de la famille, un devoir éthique, déontologique et un devoir de l'État, à l'endroit de la famille Provencher, de donner une sépulture digne à l'ensemble des restes de Cédrika», dit-il.

Le professeur Crispino explique que la SQ a fait exactement ce qu'il fallait faire, jusqu'à présent, à la suite de la macabre découverte, soit la «mise en place d'une équipe sous la direction d'un directeur d'enquête avec une qualification scientifique forensique pour donner de la cohérence et optimiser les chances de trouver», dit-il.

«On s'adjoint, dans le cas présent, quelques connaisseurs qu'on peut trouver au ministère des ressources naturelles pour avoir une idée sur la taphonomie», dit-il, c'est-à-dire sur les traces laissées sur le crâne par la nature. «Un animal a pu transporter ce crâne et à partir de là, on va savoir décoder les traces de la nature pour aller sur des zones plus propices», explique le chercheur.

La Sûreté du Québec a annoncé assez rapidement, le week-end dernier, que le crâne trouvé était bel et bien celui de la jeune fille disparue. Le professeur Crispino en déduit que son dossier dentaire a pu confirmer son identité. «Un des moyens d'identification majoritaires lors d'une squelettisation ou d'une catastrophe de masse, c'est avant tout les dents. Ce n'est pas l'ADN», explique-t-il.

«On a un crâne relativement jeune. On a un crâne aussi féminin. On peut rapidement s'orienter vers ce type d'observation d'un point de vue anthropologique», dit-il en ajoutant que les cas de disparition d'enfants de cet âge-là au Québec ne sont pas légion non plus.

Le professeur Crispino estime que les autres ossements, s'ils sont trouvés, viendraient seulement certifier que c'est bien Cédrika. 

«Avec la concordance odontologique (dossier dentaire) il est non pas aisé, mais plus facile d'un point de vue décisionnel, au niveau des enquêteurs, de profiter du momentum pour dire qu'il y a eu identification», explique-t-il.

Toutefois, après toutes ces années, qu'est-ce que les restes de Cédrika pourraient donc révéler d'autre?

«Les ossements sont le point d'intérêt de l'ensemble des enquêteurs», assure Frank Crispino. Ils voudront voir «s'ils ont été perturbés ou s'ils sont dans une position anatomique», dit-il. Autrement dit, si les os qui composent le squelette sont au bon endroit, c'est signe qu'il n'y aurait pas eu de démembrement. Le position du squelette peut révéler aussi si le corps est tombé ou s'il a été déposé, explique-t-il.

Les os peuvent aussi être porteurs de stigmates qui pourraient alors révéler quel a été le mode opératoire qui a fait passer la fillette de vie à trépas.

Les ossements pourraient révéler, «mais c'est moins précis», nuance-t-il, qu'ils ont été laissés là peu de temps après la disparition «ou si c'est un site plus tardif.»

Une fois que les restes osseux auront raconté une partie de la tragédie, «ils vont être envoyés au Laboratoire des sciences judiciaires et de médecine légale» Ils seront alors analysés par un anthropologue judiciaire. «C'est la même personne, d'ailleurs qui a travaillé sur Lac-Mégantic et L'Isle-Verte», indique Frank Crispino.

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