Évincée de sa maison insalubre de Manseau: «J'ai le coeur gros de même»

Marie-Claire Richard a quitté les lieux par ambulance... (Stéphane Lessard)

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Marie-Claire Richard a quitté les lieux par ambulance pour être amenée au Centre d'hébergement de Fortierville.

Stéphane Lessard

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Marc Rochette
Le Nouvelliste

(Manseau) «J'ai braillé toute la nuit. J'ai dormi une heure et demie. J'ai le coeur gros de même. Je le sais pas où je m'en vais».

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Marie-Claire Richard vivait à cet endroit depuis 1967.

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Depuis plusieurs années, la municipalité tente de convaincre la propriétaire de la résidence du Rang du Petit-Montréal de rénover sa maison et de faire le ménage de son terrain. On voit ici la résidence avant les travaux de démolition. 

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Voilà comment Marie-Claire Richard se sentait, à quelques instants d'être évincée de sa maison insalubre de Manseau, jeudi, avant que celle-ci ne soit démolie pour cause de nuisance publique. C'est finalement par ambulance que la femme de 85 ans a quitté les lieux pour être amenée au Centre d'hébergement de Fortierville.

«Je n'ai pas de jambes, mais je suis capable de me tenir debout. Je ne suis pas comme le maire», a lancé Mme Richard, poussée en chaise roulante. «Je me sens comme un cochon qu'on amène à l'abattoir» a-t-elle laissé échapper de sa civière, juste avant que les portes du véhicule d'urgence ne se referment. «On va me sortir sur la tête, ça va prendre de la police», avait-elle préalablement confié au Nouvelliste avant tout ce branle-bas.

Depuis plusieurs années, la municipalité tente de convaincre la propriétaire de la résidence du Rang du Petit-Montréal de rénover sa maison et de faire le ménage de son terrain, «rempli de tout et de n'importe quoi», dira le maire Guy St-Pierre. Or, devant le peu de progrès observé au fil des ans, les instances municipales ont décidé de «passer à l'action».«Depuis le mois de juin qu'ils sont au courant que la maison devait être rénovée avant le 1er décembre, selon une entente qu'elle a signée elle-même», a raconté le premier magistrat.

Selon lui, la dame âgée avait commencé à contacter la municipalité, il y a 15 jours, histoire de réclamer un autre délai. «Ça fait une éternité qu'on lui en donne», a toutefois fait savoir M. St-Pierre.

Habitant à cet endroit depuis 1967, la mère de quatre enfants dit «avoir mis des poteaux dans la cave» il y a six ans grâce à une subvention. «Ma boîte électrique est flambant neuve et j'ai payé de ma poche. Ils ne pouvaient pas dire que j'ai laissé tout ça à l'abandon», a-t-elle précisé, soutenant que sa maison était «solide et correcte».

Vivant avec elle, son fils David a évoqué une ordonnance de la Cour qui permettait de détruire la maison, mais non le garage. Il s'est dit prêt à poursuivre la municipalité si le tout devait être rasé tel que prévu. «Il y a plein de souvenirs et d'antiquités dans le garage», a-t-il plaidé.

«Monsieur le maire n'a pas de coeur de mettre ma mère de 85 ans dehors avant la période des Fêtes», déplore celui qui la décrit comme une «ramasseuse compulsive».

Or, le maire de Manseau dit comprendre la réaction de la famille puisque «ça fait une éternité qu'elle vit là». «Ils ne peuvent pas être heureux envers nous. On n'a pas à fêter ce qui se passe ce matin. Mais nous avons à prendre des responsabilités. Assez, c'est assez. Si on agit de la sorte, c'est pour le voisinage, le terrain, ainsi que pour sa sécurité à elle», explique-t-il.

Évidemment, comme porte-parole de la municipalité, M. St-Pierre n'est pas surpris d'être la cible des critiques. Mais jusqu'à la dernière minute, il s'est assuré d'avoir l'appui de son conseil pour aller de l'avant avec les démarches d'éviction et de démolition.

La maison de Marie-Claire Richard a dû être... (Stéphane Lessard) - image 4.0

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La maison de Marie-Claire Richard a dû être détruite.

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«On n'a pas organisé ça à la légère. On a impliqué le CIUSSS pour qu'elle soit placée quelque part, il y avait un psychologue, un travailleur social, deux policiers, des employés municipaux, des signaleurs et des camions avec la pelle, le huissier et des déménageurs pour sortir les morceaux qui peuvent être bons», a-t-il énuméré comme ressources qui furent mobilisées pour l'occasion.

Même si l'occupante avait déjà parlé d'investir 25 000 dollars pour rénover le bâtiment, «elle n'aurait pas réussi à faire l'ensemble des travaux nécessaires», prétend le maire. «C'est surtout le terrain qui nous a amené au bâtiment. Celui-ci ayant perdu plus de 50 % de sa valeur, on avait l'autorisation de la Cour de démolir l'immeuble», a-t-il spécifié.

Finalement, les frais de l'opération,qui s'est déroulée en fin d'après-midi jeudi, évalués entre 10 000 et 20 000 dollars, seront refilés sur le compte de taxes de la propriétaire. «En cas de non-paiement de taxes, on procédera à la saisie», a conclu celui qui se disait satisfait du bon déroulement de l'intervention, tout en la souhaitant la moins longue possible.

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