Coupables de fraude contre un nonagénaire

Alain Satgé et Liliane Devries ont finalement été déclarés coupables d'avoir... (Émilie O'Connor, Archives Le Nouvelliste)

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Émilie O'Connor, Archives Le Nouvelliste

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Alain Satgé et Liliane Devries ont finalement été déclarés coupables d'avoir fraudé un nonagénaire en situation de grande vulnérabilité pour une somme avoisinant le million de dollars.

La juge Guylaine Tremblay a conclu que le couple de Français avait bel et bien abusé de la confiance inébranlable que leur portait Albany Duhaime pour le flouer.

La fraude a été commise à Trois-Rivières et au Lac Saint-Jean entre 2004 et 2010, bien que dans les faits, la grande majorité de la fortune de la victime a été dilapidée en l'espace de 18 mois, après le décès de sa femme. 

Alain Satgé et Liliane Devries, respectivement âgés de 79 et 71 ans, étaient d'ailleurs de très bons amis de M. Duhaime et de sa femme. Or, à la suite de la mort de celle-ci en France, le pauvre homme s'est retrouvé seul et en situation de vulnérabilité, car c'est elle notamment qui gérait tous leurs avoirs.

Le couple Satgé-Devries a alors décidé de veiller sur M. Duhaime lors de leur retour au Québec. Comme il leur vouait une grande confiance, il leur a confié la gestion de la succession. Il aurait également donné des procurations et un mandat général à Mme Devries. 

Par contre, au fil du temps, M. Duhaime est devenu de plus en plus vulnérable, souffrant notamment de pertes cognitives qui ont entravé sa capacité à prendre des décisions. Le couple en a alors profité pour renforcer son emprise auprès de M. Duhaime, d'autant plus qu'aucun membre de sa famille n'était très proche de lui et qu'il n'avait aucun enfant. Au dire de la juge, il a donc signé ce qu'on lui demandait de signer. Un diagnostic d'Alzheimer a par la suite été formellement porté en 2010 alors qu'il avait 94 ans. 

Les suspects ont donc fait des virements bancaires, endossé des chèques et retiré plusieurs milliers de dollars en argent liquide à leur profit. Ils ont utilisé cet argent pour ouvrir un centre de plein air à Lamarche, payer des voyages et acheter un chalet en bois sur le bord du fleuve à Bécancour. M. Duhaime leur a également donné sa maison de Trois-Rivières et deux véhicules.

Dans cette affaire, la défense prétendait que le couple avait agi en respectant les consignes de M. Duhaime, tout en s'occupant de son bien-être et que par le fait même, il n'y avait eu aucun geste malhonnête. Les Satgé-Devries avaient même des lettres en leur possession disant que M. Duhaime leur cédait tous ses avoirs de son plein gré pour les remercier de leur gentillesse. Cependant, ce dernier n'a jamais pu témoigner puisqu'il est décédé en décembre 2013 à l'âge de 97 ans. 

D'ailleurs, la juge Tremblay n'a pas cru Mme Devries. Elle a trouvé son témoignage invraisemblable sur plusieurs points et parsemé de contradictions. Notons que son mari n'a pas témoigné dans le cadre du procès. Le tribunal a aussi tenu compte de la preuve comptable et des témoignages des proches, intervenants et voisins qui disaient à quel point M. Duhaime était de plus en plus isolé, triste et négligé depuis la mort de sa femme. 

D'ici les plaidoiries sur sentence qui auront lieu le 25 janvier, un rapport présentenciel spécifique sera confectionné sur la capacité du couple à respecter des conditions dans le cadre d'une possible peine avec sursis, puisque c'est ce que l'avocat de la défense Me Pierre Gagnon, entend demander. 

À leur sortie du tribunal, des membres de la famille de M. Duhaime se sont dit soulagés de ce verdict. «Nous sommes contents pour les personnes âgées en fin de vie. Nous espérons que la police se servira de ce jugement comme modèle. L'important pour nous est que les deux aient été déclarés coupables. La sentence nous importe peu», ont mentionné Jeanne-D'Arc Dupont et Sylvain Dupont. 

Me Maxime Chevalier, le procureur de la Couronne, était également du même avis. «Ce jugement constitue une reconnaissance judiciaire importante du fait que l'exploitation de la vulnérabilité des aînés peut être considérée  comme une fraude et un acte criminel», a-t-il indiqué.

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