Turcotte avait l'équivalent de trois à cinq bières dans le sang

Guy Turcotte au palais de justice de Saint-Jérôme,... (PC, Ryan Remiorz)

Agrandir

Guy Turcotte au palais de justice de Saint-Jérôme, le 28 septembre 2015

PC, Ryan Remiorz

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Stéphanie Marin
La Presse Canadienne

La concentration de méthanol qu'avait Guy Turcotte dans son sang peut équivaloir à avoir bu trois à cinq bières et un homme qui a consommé cette quantité est conscient et cohérent, a expliqué jeudi une toxicologue judiciaire qui témoigne au procès de l'homme accusé du meurtre de ses deux enfants.

Anne-Marie Faucher a été appelée à la barre par les avocats de l'accusé, qui présente une défense de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles mentaux.

Employée du Laboratoire de sciences judiciaires de Montréal, elle avait initialement travaillé dans ce dossier à la demande des policiers enquêtant sur Guy Turcotte.

Mercredi, Mme Faucher a dit avoir analysé les prélèvements sanguins de l'accusé, effectués au lendemain du double meurtre alors qu'il était soigné à l'hôpital de Saint-Jérôme.

Il avait alors une dose mortelle de méthanol, un alcool toxique, dans son sang, avait-elle déclaré. Une dose d'environ 310 mg de méthanol par 100 ml de sang qui aurait entraîné son décès s'il n'avait pas été soigné.

Ce taux «peut équivaloir à trois à cinq bières», dépendant de l'élimination de l'alcool, a-t-elle dit en contre-interrogatoire jeudi.

Selon elle, un homme moyen, qui a bu trois à cinq bières, est «conscient, cohérent, peut avoir des discussions, peut négocier et est tout à fait capable de faire ce qu'il a à faire». Il peut toutefois avoir l'air légèrement intoxiqué, a-t-elle dit.

Et sa conscience peut être réduite, avait d'abord dit Mme Faucher en interrogatoire en chef.

Durant son témoignage, elle a expliqué les effets du méthanol sur le corps humain. Ils sont les mêmes que lors de la consommation d'éthanol (l'alcool contenu dans le vin et la bière) mais moindres, a dit l'experte.

Me René Verret, le procureur de la Couronne, a remis en question son expérience pour les cas d'intoxication au méthanol.

Il lui a fait dire qu'elle a seulement travaillé sur trois ou quatre cas semblables et que son seul sujet vivant a été Guy Turcotte.

L'homme de 43 ans a témoigné cette semaine qu'il avait voulu s'enlever la vie et bu du lave-glace, qui contient du méthanol, avant et après avoir poignardé à mort Olivier, 5 ans, et Anne-Sophie, 3 ans, le 20 février 2009. Sa mémoire relativement aux événements de ce soir-là est toutefois fragmentaire, a-t-il dit, notamment en raison de l'état de détresse psychologique dans lequel il se trouvait.

La preuve présentée jusqu'à présent n'a pas établi quelle quantité de lave-glace il aurait bu, ni sur quelle période.

Quant à la preuve d'expert sur l'état mental de l'accusé, elle n'a pas encore été présentée. Elle pourrait avoir un impact sur son niveau de conscience et de cohérence le soir du 20 février 2009.

Un autre expert a débuté son témoignage jeudi pour la défense: il s'agit du professeur Claude Rouillard, qui a été déclaré expert en neuropharmacologie.

«Le méthanol a un impact sur la mémoire», a-t-il fait valoir.

Il a vulgarisé pour le jury un article scientifique relatant une intoxication massive s'étant produite aux États-Unis en 1953. De nombreuses personnes avaient bu un mélange de whisky frelaté et d'alcool méthylique (ou méthanol). Parmi celles-ci, plusieurs s'étaient rendues par elles-mêmes à l'hôpital pour se faire soigner et elles avaient subi des pertes de mémoire importantes. Elles ne se rappelaient pas avoir mis les pieds à l'hôpital ni comment elles s'étaient retrouvées là-bas. De plus, elles apparaissaient rationnelles, selon le personnel médical.

Il est vraisemblable que les avocats de Guy Turcotte se servent de ce cas pour expliquer les pertes de mémoire de l'accusé le soir du drame et réfuter les accusations de

Me Verret à l'effet que l'accusé a «une mémoire sélective» et choisit de se rappeler uniquement de certains moments.

L'expert a aussi présenté des calculs pour estimer, avec le taux d'élimination par le corps du méthanol, la concentration de cet alcool toxique qu'avait Guy Turcotte dans son sang au cours de la soirée lors de laquelle il a tué ses enfants. L'exercice est toutefois périlleux, vu la preuve floue sur les heures où l'accusé aurait bu le lave-glace et sur la quantité consommée.

M. Rouillard va poursuivre son témoignage vendredi matin.

Guy Turcotte a plaidé non coupable aux deux accusations de meurtre prémédité qui pèsent contre lui. Il a toutefois admis avoir tué ses enfants. Pour éviter de se retrouver en prison, il base sa défense sur son état mental au moment du drame.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer