«Toutes les ouvertures étaient enflammées»

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Moins de douze heures après l'incendie qui a fauché la vie de trois personnes la petite communauté peine encore à y croire.

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(Saint-Alexis-des-Monts) Après l'onde de choc initial, le douloureux retour à la réalité. Moins de douze heures après l'incendie qui a fauché la vie de trois personnes, dont deux jeunes enfants, dans la nuit de jeudi à vendredi à Saint-Alexis-des-Monts, la petite communauté de 3000 âmes peine encore à y croire.

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Iarek (8 ans) et Naomie (6 ans) Kourbatoff.

L'heure est maintenant au deuil, à la difficile acceptation, chacun s'épaulant tant bien que mal pour passer à travers cette épreuve à laquelle personne ne se prépare jamais.

Sur la rue Notre-Dame, un grand vide. Ou plutôt les ruines de la demeure où Sacha Kourbatoff habitait avec ses deux enfants, Naomie (6 ans) et Iarek (8 ans). À 1 h 18 du matin, vendredi, l'alerte générale a sonné au service des incendies. À l'arrivée des premiers pompiers volontaires, il était déjà trop tard. «Toutes les portes, les châssis, toutes les ouvertures étaient enflammées», raconte, non sans émotion, le chef pompier de la municipalité, Raymond Beaudoin.

«Ce n'est pas évident, et ce n'est pas à cause du feu. Le feu, on est entraîné à le combattre, mais des vies... C'est vraiment triste. Lorsque j'ai reçu l'appel, on disait embrasement généralisé avec possibilité de victimes à l'intérieur. On s'entend que dans cette situation-là, on ne réagit pas pareil», mentionne le chef pompier. «On espérait que personne ne se trouve à l'intérieur, mais lorsque la mère du gars [M. Kourbatoff] est venue me voir pour savoir si son fils était sorti, il a fallu se rendre à l'évidence. [...] C'est très malheureux.»

«Le plus difficile, c'est de retenir tes gars, parce qu'eux, ils veulent entrer. Faut faire un choix. Ça ne sert à rien de risquer la vie des gars», mentionne M. Beaudoin.

Environ 25 pompiers ont combattu les flammes, tant ceux de Saint-Alexis-des-Monts que d'autres sapeurs en provenance de Sainte-Angèle-de-Prémont et de Saint-Paulin. Sous la chaleur du brasier, les fils électriques qui pendaient en face de la résidence ont complètement fondu. Hier, des équipes de travailleurs s'affairaient à les remplacer. À leurs pieds, des peluches et des fleurs déposées en face de la maison voisine où habitent les parents de M. Kourbatoff.

Depuis vendredi, M. Beaudoin remarque que les Aleximontois se procurent en masse des piles électriques pour remplacer celle de leur avertisseur de fumée. «C'est bizarre hein? Certains attendent après ça...»

Chose certaine, les personnes croisées dans la rue n'avaient qu'un mot à la bouche, un mot semblable au silence.

«Toute la communauté est en deuil. Les mots nous manquent», résume Thérèse Elliott Saint-Onge.

Une tristesse silencieuse qui s'est répandue jusqu'à la pourvoirie du Lac Blanc où M. Kourbatoff travaillait comme serveur depuis quelques années. Là également, l'onde de choc a frappé fort la petite équipe, pour ne pas dire la famille qui y oeuvre douze mois par année. Le directeur, Daniel Grenier, ne cache pas sa peine de perdre un employé estimé de tous.

«Lorsque nous avons appris la nouvelle, nous étions tous bouleversés. Les employés de notre entreprise sont tissés serrés. D'autant plus lorsque nous avons appris que ça touchait ses enfants... C'est un événement tragique.»

M. Grenier n'a pas hésité à mettre en place des mesures d'entraide pour s'assurer que les employés qui en ressentaient le besoin puissent trouver une oreille compatissante à qui se confier. «Notre personnel de restauration est encore plus bouleversé. Sacha était un de leurs collègues et ils le côtoyaient tous les jours. On a eu des gens à consoler. Et à ce niveau, il n'y a pas de formule gagnante. On y va comme on le sent. Une de mes employées, hier, pleurait. Je l'ai prise dans mes bras pour la consoler. Le propriétaire de la pourvoirie a rencontré certains employés. On écoute nos employés, on compatit, on les prend dans nos bras. Parfois, un gros câlin, quelques secondes, quelques minutes, le temps que ça dure, ça fait du bien», raconte M. Grenier.

Idem à la Commission scolaire de l'Énergie (CSE), fréquentée par Naomie et Iarek. Hier, les enfants ont été pris en charge par des intervenants afin que personne ne soit laissé pour compte, qu'aucun petit camarade ne soit laissé à lui-même avec sa peine, mais surtout avec un intolérable sentiment d'incompréhension.

«Nos intervenants sont en place. L'équipe de l'école a été rencontrée très tôt vendredi matin, même si nous étions déjà en mode prévention et intervention la veille. Les gens se sont donc mis à l'écoute des élèves et du personnel, car veut, veut pas, ça affecte toute la communauté de l'école», affirme Renée Jobin, porte-parole de la CSE.

Des intervenants se sont également mis à la disposition des parents. Car ce n'est pas nécessairement une sinécure de faire comprendre à un enfant, avec des mots d'enfant, que la Faucheuse a frappé, entraînant dans son sillon la vie de deux petits camarades. Pour se faire, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux Mauricie-Centre-du-Québec (CIUSSS MCQ) a été mis à contribution.

«Des intervenantes du CIUSSS MCQ ont été interpellées pour soutenir les jeunes et leurs parents, de même que pour soutenir et outiller le personnel de l'école et les intervenants déjà en place», informe la porte-parole Anne-Sophie Brunelle.

Quant à l'origine des flammes, les enquêteurs de la Sûreté du Québec écartent pour le moment tout élément suspect, bien que l'enquête suive son cours. Malgré l'information publique, la SQ a refusé de confirmer l'identité des victimes.

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