Adolescente agressée avec une masse: une véritable miraculée

Après l'agression dont elle a été victime, les... (Stéphane Lessard)

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Après l'agression dont elle a été victime, les pantalons de Natasha étaient tachés de boue et de sang.

Stéphane Lessard

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(Trois-Rivières) Natasha a 14 ans. Si elle n'avait été «miraculée», pour reprendre le terme utilisé par sa mère, elle n'aurait jamais atteint l'âge de quinze ans. Mardi soir, la jeune Trifluvienne s'est fait violemment agresser sur la rue Laviolette, en face du Séminaire de Trois-Rivières. Après avoir encaissé plus d'une dizaine de coups de masse à la tête, l'adolescente se remet tranquillement de ses blessures. Moins de douze heures après cette violence gratuite, la Sécurité publique de Trois-Rivières procédait à l'arrestation d'un homme de 56 ans. Un agresseur au lourd passé judiciaire.

Quelques heures après son agression, Natasha portait encore... (Courtoisie) - image 3.0

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Quelques heures après son agression, Natasha portait encore les traces témoignant de la violence des coups qu'elle a reçus.

Courtoisie

Mardi soir. Un soir comme tant d'autres. Il est environ 19 h 30. Automne oblige, la pénombre recouvre déjà la rue Laviolette. L'adolescente, comme à son habitude, se rend, à pied, rejoindre son amie à un café du coin. Depuis quelques pas, un homme la suit de près sur le trottoir. Trop près. L'adolescente fait un pas de côté pour le laisser passer. Une civilité qu'elle paiera cher. 

L'homme arrive enfin à sa hauteur, la croise, Natasha se retourne et, à peine retournée, reçoit un premier coup de masse à la tête. Une dizaine d'autres suivront. La jeune fille tombe au sol alors que les coups continuent de pleuvoir. À travers le sang qui lui coule dans les yeux, tout ce qu'elle peut voir c'est l'ombre de son agresseur qui, tenant sa masse à deux mains, lève son arme dans les airs et frappe. 

«Je criais au meurtre», se souvient Natasha. «Un moment donné, j'ai fait la morte. J'ai fait semblant de ne plus bouger, mais mon coeur battait vite. Je pense qu'il savait que j'étais encore vivante. Il continuait à frapper même quand je faisais semblant de ne plus être là, avec les deux mains sur la masse.»

«Je voyais ça comme au ralenti, comme un rêve, plutôt un cauchemar», ajoute-t-elle.

Pour sauver la miraculée: une bonne étoile. Lorsque Natasha a repris le contrôle sur sa vie, elle s'est mise à hurler. C'est alors qu'un résident a entendu ses appels au secours. Un bon samaritain qui, estime Natasha, lui a sauvé la vie. «Le voisin a été très courageux», lance-t-elle. «Elle avait tellement de sang au visage que j'ai d'abord cru qu'elle portait un masque d'Halloween», raconte une autre voisine qui a recueilli la jeune fille avant l'arrivée des ambulanciers. Conduite à l'hôpital mardi, elle a reçu son congé le lendemain.

Natasha est une jeune fille forte. Visiblement, mentionne-t-elle, elle a la «tête dure». Si forte qu'elle escompte reprendre le chemin de l'école dès lundi prochain. Qui plus est, elle souhaiterait confronter «face à face» son agresseur pour comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête, pour qu'il ligne que son agression, en bout de piste, n'aura porté aucun fruit.

«J'aimerais qu'il réalise ce qu'il m'a fait. Je ne veux pas que ce soit un avocat ou un procureur de la Couronne, je veux que ce soit moi, avec mes paroles. Je lui poserais des questions, je lui demanderais pourquoi il a fait ça. Je lui demanderais ce que ça lui ferait, lui, de se faire attaquer avec une masse. T'sé, une masse, c'est pas léger! J'essaierais de comprendre ce qui s'est passé dans sa tête, parce qu'il faut quand même être fou pour faire ça.»

«Je veux qu'il comprenne que je vais bien et que son affaire n'a pas vraiment marché, dans le sens où je ne suis pas morte», renchérit Natasha. 

«C'est une miraculée. Avec les coups qu'elle a reçus, la force de l'impact, on ne comprend pas qu'elle soit vivante», avoue Nathalie, la mère de Natasha. Loin du pardon, cette dernière espère que l'agresseur subira, lui aussi, la foudre, mais cette fois de la justice. Nathalie assistera sans faute à l'arrivée du récidiviste au palais de justice de Trois-Rivières, jeudi. «Je veux lui voir la face», mentionne-t-elle.

«J'ai juste le goût de faire ce qu'il a fait à ma fille. Présentement, je ne suis pas prête au pardon, loin de là. Toute la nuit, je ne voyais qu'une silhouette et je m'imaginais, moi aussi, frapper dessus. Je suis, présentement, à ce stade-là», laisse entendre Nathalie. «Si j'avais un mot à dire au juge, je lui demanderais de lui donner le plus de temps possible. Pour une personne dérangée comme ça... S'il l'a fait une fois, deux fois, trois fois, quatre fois... Je m'excuse, mais pour moi, c'est à vie. Qu'il fasse son temps à vie. C'est qui qui va y passer après ma fille? Combien de vies il va briser?»

Notons que Natasha et sa famille seront suivies par les intervenants du CAVACS de Trois-Rivières. Sans compter les nombreux appuis que la jeune fille dit recevoir par le biais des réseaux sociaux. Chose certaine, l'étudiante, qui cumule déjà un riche curriculum vitae comme comédienne, entre autres pour des publicités et des productions jeunesse très connues, poursuivra son rêve. Un jour, souhaite-t-elle, elle pourra peut-être vivre de ce métier, un rêve qui a bien failli s'arrêter brusquement mardi soir dernier. 

Comparution d'un suspect

Un suspect a été interpellé en fin d'avant-midi mercredi, au centre-ville, non loin des lieux où l'événement s'est produit. Les informations recueillies par les enquêteurs depuis mardi soir ont en effet permis d'identifier et de procéder à l'arrestation de ce suspect. En fin de journée mercredi, il était toujours détenu au quartier général de la police et interrogé. Selon toute vraisemblance, c'est jeudi qu'il devrait comparaître au palais de justice de Trois-Rivières. On connaîtra alors la nature des accusations qui seront portées contre lui. 

De toute évidence, les événements qui lui sont reprochés constituent des actes de violence totalement gratuits. À ce sujet, l'agent Michel Letarte, porte-parole de la police de Trois-Rivières, a en effet confirmé que pareil incident était rare à Trois-Rivières. «Il semble que c'est un acte gratuit de violence. On parle ici d'une jeune fille abordée par un homme plus âgé qu'elle ne connaît même pas», a-t-il mentionné.  

D'autre part, même si cette agression est survenue devant le Séminaire Saint-Joseph, la direction a précisé qu'il n'y avait aucun lien à faire avec l'institution. La victime ne fréquente pas cette école et n'était pas impliquée dans des activités parascolaires s'y déroulant. Selon Stéphanie Gervais, directrice adjointe des services pédagogiques, l'attaque n'a créé aucun vent de panique chez les élèves et les parents. «On ne laisse jamais nos élèves sans surveillance», a-t-elle mentionné.

Avec la collaboration de Nancy Massicotte 

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