Des avocats dénoncent le manque de sécurité au palais de justice de La Tuque

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Les avocats doivent rencontrer leurs clients dans une cellule comme celle-ci où la toilette est à découvert, ou dans la petite salle de bain des agents correctionnels.

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Audrey Tremblay
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(La Tuque) Quartier cellulaire désuet, absence de parloir, des rencontres plus ou moins confidentielles devant une toilette, des escaliers et des corridors où doivent se côtoyer avocats, juges, accusés et victimes...

L'avocate Mélanie Ricard avoue qu'elle a pris l'habitude... (Photo: Audrey Tremblay, Le Nouvelliste) - image 1.0

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L'avocate Mélanie Ricard avoue qu'elle a pris l'habitude de ces conditions inadéquates, mais dénonce le manque de sécurité et de confidentialité du quartier cellulaire.

Photo: Audrey Tremblay, Le Nouvelliste

Depuis des dizaines d'années, rien n'a changé au palais de justice de La Tuque. La sécurité a été vivement décriée dans le passé par des avocats, et même certains juges. Les avocats reviennent à la charge et exigent des changements avant que le pire arrive. Le bâtonnier de la Mauricie promet d'avoir le dossier à l'oeil. Il en sera question d'ailleurs vendredi soir, à l'occasion de l'ouverture des tribunaux.

«On dénonce le manque de sécurité qui est flagrant. Ce n'est pas nouveau, cela a toujours été comme ça. [...] On trouve que c'est une situation qui est alarmante. Elle est dénoncée depuis longtemps et malheureusement, il semble y avoir soit un manque de volonté politique ou un manque de concertation», a lancé Me Alain Blanchard, bâtonnier de la Mauricie.

Ce dernier avait déjà interpellé la ministre de la Justice Stéphanie Vallée à deux reprises l'an dernier à titre de premier conseiller. «On aimerait ça avoir des réponses. Ça fait deux ans qu'on suit le dossier de près et on va le suivre de plus près encore. On va mettre de la pression», insiste-t-il. «On a l'impression qu'ils attendent que quelque chose arrive, un accident malheureux, avant que les gens se décident à agir. On ne voudrait pas que cela se produise et c'est pour ça qu'on veut dénoncer la situation avec plus d'insistance», soutient Me Blanchard

Il faut dire que le palais de justice de La Tuque est situé au deuxième étage du Carrefour La Tuque qui abrite des organismes gouvernementaux, optométriste, notaire, comptable, dépanneur... Les détenus utilisent les mêmes escaliers et corridors que les avocats, juges, victimes et le reste des citoyens.

Le quartier cellulaire désuet, qui est un des éléments les plus problématiques du palais de justice deLa Tuque, a deux cellules avec des toilettes ouvertes et une petite salle de bain pour les agents correctionnels. Aucun endroit sécuritaire pour les rencontres entre les détenus et les avocats. «La plupart du temps on fait fi de notre sécurité pour être capable de les rencontrer et leur donner un service. [...] On s'est habitué, mais c'est certain qu'un jour il va arriver quelque chose. Il va arriver un accident à un avocat», soutient l'avocate Mélanie Ricard qui doit composer depuis toujours avec cette situation.

La proximité désarmante avec les détenus amène son lot de risques et de situations désagréables. «Quand toutes les cellules sont occupées et qu'on veut rencontrer nos détenus de façon confidentielle, il faut se rendre dans la salle de bain des agents correctionnels. C'est un petit coin», déplore-t-elle.

«Ils nous enferment dans cette salle-là avec le détenu. Il y a une grande fenêtre. Le détenu pourrait briser la fenêtre à tout moment, et à la limite, nous pousser dans la fenêtre», fait remarquer l'avocate.

La propreté de certaines cellules laisse à désirer à certains moments et les avocats partagent l'espace avec les détenus qui, selon les témoignages, ont parfois des odeurs corporelles laissant à désirer. «On est assis là avec eux-autres. Si on a des documents à faire signer, on fait ça sur nos genoux assis à côté du détenu», affirme l'avocate qui cumule six années d'expérience.

Évidemment, la confidentialité des rencontres et du contenu des rencontres en est souvent affectée.

«Ce n'est pas adapté d'aucune façon. Ce n'est pas juste la sécurité, il y a aussi un problème de confidentialité», assure Me Alain Blanchard. «Dans les conditions actuelles, il est pratiquement impossible de discuter avec les clients sans que les agents correctionnels en place et parfois même les autres détenus entendent nos propos», ajoute Me Ricard.

Le Nouvelliste a également été témoin de détenus à ce point turbulents que le tribunal a dû interrompre le procès en cours. «C'est arrivé quelques fois que les procès soient dérangés par des détenus en crise qui donnaient des coups dans les murs et qui criaient. Quand ça se passe, on entend tout dans la salle d'audience», confirme l'avocate.

Situation inconfortable

Si certains avocats se sont «habitués» à la situation, d'autres restent perplexes au moment de rencontrer un détenu au palais de justice de La Tuque. «J'ai une certaine habitude parce que j'ai toujours travaillé dans ces conditions-là, mais laissez-moi vous dire que les avocats qui arrivent de l'extérieur et qui sont habitués d'avoir un parloir avec une vitre, ils trouvent ça très intimidant d'avoir cette proximité-là avec les détenus», note Me Mélanie Ricard.

D'ailleurs, il lui est arrivé à certains moments d'avoir certaines craintes. «Je me suis déjà retrouvée dans une cellule avec un client agressif qui cognait dans les murs, des clients en psychose également. Je me souviens d'un client qui se mettait la tête dans les toilettes pour se mouiller les cheveux et qui me dégouttait littéralement dessus aussi», confie l'avocate.

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