Triple meurtre de la rue Sicard: un effort de déresponsabilisation

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Le témoignage de l'experte en psychologie, Johanne Bergeron, se poursuit hier au palais de justice de Trois-Rivières.

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) L'experte en psychologie mandatée par la Couronne, Johanne Bergeron, se dit inquiète du risque de récidive du jeune coaccusé dans le triple meurtre de la rue Sicard à Trois-Rivières parce qu'il est incapable de se responsabiliser face au geste posé.

Pour faire son rapport d'expertise dans le cadre de la requête en assujettissement de la Couronne visant à lui faire purger une peine pour adultes, elle l'a rencontré trois fois en novembre et décembre 2014, soit plusieurs mois après le drame. Or, malgré le temps passé et les soins dont il a bénéficié, il manifestait encore une grande distance émotive, étant incapable de parler de la colère qui l'animait et d'assumer sa responsabilité. «Je lui ai demandé quelle était sa responsabilité à lui et il m'a répondu: ''J'ai tiré sur la gâchette.'' Il lui est donc encore difficile de s'approprier la planification, l'organisation, le motif et le mobile des meurtres», a-t-elle indiqué. 

Elle y voit même un effort de déresponsabilisation de sa part puisqu'au départ, il affirmait que c'est Dieu qui lui avait dit de tirer pour ensuite clamer que Dieu l'avait «forcé.» En fait, elle estime que sa responsabilité serait délayée et ténue, au point d'être presque remplacée par un sentiment de fatalisme. 

Un autre aspect qui la préoccupe est relié aux hallucinations qu'il aurait encore. Lors de son passage au Centre jeunesse de Joliette, il s'était vu se lever pour aller tirer tout le monde. 

Qui plus est, elle rappelle que le peu d'empathie qu'il manifeste pour les victimes est un facteur très important à surveiller dans l'évaluation du risque. Il lui est en effet apparu très centré sur lui-même au lieu de considérer l'impact de son geste. 

La psychologue a indiqué que le seul moment émotif de l'adolescent lors de leurs rencontres s'est manifesté lorsqu'il a parlé de la jeune femme qu'il a tuée à la suite de leur rupture amoureuse. «Il m'a dit qu'il s'ennuyait d'elle et qu'il réalisait qu'il était en train d'oublier son visage. C'est très égocentrique.»

Pour elle, il s'agit donc d'un jeune homme qui a essayé toute sa vie de contenir ses émotions et sa souffrance face aux pertes et aux séparations. Il a vécu une colère et une détresse immenses sans avoir les ressources pour les gérer. Elle a d'ailleurs fait le parallèle avec un presto: il a mis le couvercle sur ce qu'il pouvait vivre jusqu'au moment où il a explosé avec les dégâts que l'on sait. 

«Ce qui m'inquiète est qu'il a refermé le couvercle tout de suite après. Certaines personnes vont pourtant réaliser ce qu'elles ont fait mais d'autres pas», a-t-elle précisé. 

Son témoignage va se poursuivre jeudi. 

D'autre part, le Dr Martin Gignac a terminé son témoignage plus tôt dans la journée. Le juge Bruno Langelier l'a interrogé sur les valeurs morales du jeune homme, sa notion du bien et du mal, cherchant à comprendre notamment pourquoi il n'avait pas rebroussé chemin après avoir vu la première victime s'effondrer. 

Sur ce point, le psychiatre croit que le fait d'avoir été deux a joué un rôle important dans le drame. Selon lui, ils avaient ainsi l'impression d'être anonymes, d'être moins tenus responsables. Il a rappelé que les gens font souvent bien des choses en groupe qu'ils ne feraient pas seuls, parlant même de régression au plan cognitif. En ce sens, il a donné l'exemple des émeutes de la Coupe Stanley. 

Enfin, il a réitéré le fait que dans le dossier de ce jeune homme, sa réadaptation va passer par un véritable engagement personnel, dont celui de dire la vérité et d'accepter l'aide dans le cadre d'une thérapie. Selon lui, le défi risque d'être grand surtout qu'il souffre d'un trouble factice.

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