Le bunker des Hells Angels de Trois-Rivières appartient au passé (vidéo)

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(Trois-Rivières) Une véritable page de l'histoire du crime organisé s'est tournée mardi, à Trois-Rivières. Le bunker des Hells Angels a été démoli, effaçant ainsi le symbole de la présence de ce groupe de motards dans la cité de Laviolette.

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Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, attendait ce jour depuis son entrée à la mairie de l'ancienne ville de Trois-Rivières-Ouest. 

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

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Quelques curieux ont assisté à la démolition du bunker des Hells Angels de Trois-Rivières.

Photo: François Gervais, Le Nouvelliste

Depuis près de 25 ans, le bunker trône à la jonction des autoroutes 40 et 55. L'imposant bâtiment de briques blanches à la toiture rouge à l'apparence d'un château fort ne pouvait être ignoré par les milliers d'automobilistes qui empruntent quotidiennement l'autoroute. La démolition de ce symbole était primordiale pour la Direction des poursuites criminelles et pénales (DPCP). 

«Le bunker est un bien qui a été utilisé pour commettre un acte criminel», a affirmé mardi matin Me Jean-Pascal Boucher, porte-parole du DPCP. «Il était dans notre intention qu'il soit démoli dans les meilleurs délais. Il s'agit d'un moment important, car les travaux de mardi matin visent à détruire un symbole important du crime organisé du Québec.»

Rappelons que le bunker de Trois-Rivières a été confisqué le 7 mai dernier par le juge André Vincent, après que plusieurs membres en règle des Hells Angels de Trois-Rivières eurent plaidé coupable à des accusations de complot pour meurtre.   

Le maire de Trois-Rivières, Yves Lévesque, a assisté à l'effondrement du dernier mur du bunker. Il se dit très heureux d'être enfin témoin de la fin du symbole de ce bâtiment qu'il n'appréciait guère. «C'est une belle journée, surtout que c'est un dossier qui me tenait à coeur depuis très longtemps», a affirmé tout sourire le premier magistrat. «Lors de mon arrivée à la mairie de l'ancienne Ville de Trois-Rivières-Ouest en 1999, c'est un des premiers dossiers que j'ai attaqué. Je trouvais ça déplorable d'avoir cette image de commerce à Trois-Rivières.»

Après avoir tenté de négocier avec les avocats du groupe de motards l'acquisition du bâtiment, le maire Lévesque a demandé de faire appliquer le règlement municipal, entraînant le retrait des vitres pare-balles, des auvents en acier ainsi que de l'immense affiche du club. «Mais nous venons de vivre la plus belle étape, soit la destruction complète du bâtiment», a ajouté Yves Lévesque. «C'est une page d'histoire pour Trois-Rivières. Parmi les bunkers du Québec, c'était celui qui avait la plus belle visibilité.»

Si le bunker était déjà démoli mardi après-midi, les travaux devraient s'échelonner sur une période allant d'une à deux semaines. L'opération de démolition s'élève à environ 35 000 $ et sera payée par les fonds provenant des fruits de la criminalité. Chaque année, Québec récupère environ 12 millions $ notamment en vendant les biens saisis qui ont servi pour commettre des crimes. «L'argent des criminels d'une certaine façon est utilisé pour la démolition du bunker», a ajouté le porte-parole du DPCP. 

La démolition s'est faite mardi sous le regard d'enquêteurs et policiers de la Sûreté du Québec, mais aussi de la Sécurité publique de Trois-Rivières. «Les corps policiers sont affectés à la sécurité des lieux», a noté Me Jean-Pascal Boucher. 

Depuis l'ordonnance de blocage du bunker à la suite de l'opération SharQc en 2009, les enquêteurs ont eu toute la liberté de fouiller les lieux. «Nous avons pris tous les moyens pour s'assurer que les lieux sont sécuritaires», a indiqué le porte-parole du DPCP.  

Les négociations entre le DPCP et la Ville de Trois-Rivières concernant l'avenir du terrain sont toujours en cours. «Les négociations se poursuivent entre le DPCP et les autorités municipales. Il est encore un peu tôt pour annoncer ce qu'il va arriver avec le terrain», a précisé Me Boucher. 

Rappelons que les anciens propriétaires des lieux doivent près de 72 000 $ en taxes impayées à la Ville. L'administration municipale veut abandonner ces taxes et récupérer le terrain, avant d'être vendu pour un développement futur. Le maire de Trois-Rivières souligne qu'il serait étonné qu'un promoteur désire y construire des habitations. Il estime que le site, en bordure de l'autoroute, conviendrait mieux à des immeubles à bureaux. «Nous avons toujours nos droits sur les taxes», a indiqué Yves Lévesque.

«Si le ministère veut garder le terrain, on veut récupérer les taxes. Mais le ministère n'est pas un promoteur immobilier, alors le mieux pour nous c'est de récupérer le terrain et le vendre pour récupérer les taxes.»

Plusieurs citoyens voisins de l'ancien bunker attendaient cette journée depuis longtemps. Ceux-ci ne veulent toutefois pas remplacer ces voisins pas d'autres qui seraient bruyants ou dérangeants. Yves Lévesque répond «qu'on ne peut avoir pire qu'un repaire des Hells Angels».

Les Hells Angels à Trois-Rivières

1989 Érection d'un bâtiment de type bunker sur le terrain situé au 4060 boulevard Saint-Jean. Le permis de construction a été émis au nom du Club de motos Les Missiles de la Mauricie.

1991 Les Missiles de la Mauricie sont intégrés aux Hells Angels et forment le chapitre de Trois-Rivières.

Juin 1999 Fidèles à leurs habitudes, les Hells tiennent leur gros party annuel visant à célébrer l'anniversaire d'intronisation du chapitre trifluvien. Plus de 150 motards de partout au Canada se réunissent au repaire du boulevard Saint-Jean. Parmi les invités vedettes, notons Maurice Mom Boucher et Louis Melou Roy.

1999 Alors à la tête de la Ville de Trois-Rivières- Ouest, le maire Yves Lévesque offre d'acheter le bunker pour y loger des organismes communautaires.

Mars 2001 Le chapitre trifluvien est ébranlé dans le cadre de l'Opération Printemps 2001 au cours de laquelle 122 individus en lien avec l'organisation ont été arrêtés.

2002 Les fortifications persiennes blindées et vitres à l'épreuve des balles du bunker sont démantelées à la demande de l'ancienne Ville de Trois-Rivières-Ouest.

2003 Le maire de Trois- Rivières, Yves Lévesque, offre une fois de plus d'acheter le bunker.

Mai 2004 Les forces policières ébranlent le chapitre trifluvien dans le cadre de l'opération HA Centre. Une trentaine de personnes, dont un membre en règle, sont arrêtées et 21 perquisitions sont effectuées. Le bunker du boulevard Saint-Jean avait notamment été visité par les policiers.

Mai 2006 Pour la seconde fois, le repaire de Trois-Rivières est investi par les policiers dans le cadre de la seconde phase de l'Opération Fusion, visant le démantèlement d'un important réseau d'importation et de trafic de drogue.

Décembre 2006 La Ville de Trois-Rivières fait retirer du bâtiment une enseigne lumineuse sur laquelle on retrouvait le logo des Hells Angels.

2007 Selon le rôle d'évaluation triennal adopté le 9 juillet, la valeur totale du bunker et du terrain sur lequel il est construit se chiffre à 274 000 $.

Avril 2009 Un gros coup est porté aux Hells Angels avec l'Opération SharQc. Une trentaine de membres du chapitre de Trois-Rivières sont arrêtés et le bunker fait désormais l'objet d'une ordonnance de blocage par le gouvernement à titre de bien infractionnel.

2011 Les Hells Angels doivent maintenant 24 935,62 $ pour le non-paiement des taxes municipales. Un jugement est rendu en faveur de la Ville de Trois-Rivières mais cette dernière a les mains liées en raison de l'ordonnance de blocage.

Janvier 2011 Deux individus sont arrêtés après s'être introduits par effraction dans le bunker, qui est désormais inhabité, pour y voler des chandails et des insignes aux couleurs des Hells Angels.

Mars 2015 Le montant des taxes municipales impayées atteint maintenant 63 000 $.

Mai 2015 Plusieurs Hells Angels de Trois-Rivières plaident coupable. Le juge autorise finalement la confiscation du bunker.

Juin 2015 Le bunker du chapitre des Hells Angels de Trois-Rivières est démoli.

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