Il y a 25 ans, une déflagration faisait cinq morts à Shawinigan

Il y a 25 ans, un incendie suivi... (Photo d'archives, Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Il y a 25 ans, un incendie suivi d'une violente déflagration dans l'édifice Carier au centre-ville de Shawinigan, faisait cinq morts, dont deux pompiers, deux résidents de cet immeuble et un adolescent.

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Shawinigan) Le 19 mars 1990, un incendie suivi d'une violente déflagration dans l'édifice Carier à Shawinigan emportait brusquement dans la mort cinq personnes, dont deux pompiers, deux résidents de l'immeuble et un adolescent.

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Gilles Périgny, Bertrand Saint-Onge et Claude Collins, trois pompiers qui ont combattu l'incendie à Shawinigan le 19 mars 1990.

Photo: Sylvain Mayer, Le Nouvelliste

Vingt-cinq ans plus tard, ce drame est encore bien présent dans la mémoire des policiers et pompiers qui étaient sur place. Même s'ils sont aujourd'hui à la retraite, une partie de leur coeur accompagne toujours leurs collègues disparus, Pierre Déziel, 29 ans, et Claude Lefebvre, 37 ans. «Sur le coup, c'est l'adrénaline qui nous mène. Les émotions se sont manifestées plus tard. Même encore aujourd'hui», a laissé tomber Bertrand Saint-Onge, la voix étranglée par les sanglots.

Pour Gilles Périgny, alors capitaine, cet événement restera à jamais marqué dans sa vie. «Tu ne peux pas rester insensible quand tu vois des jeunes tomber au combat. Je me suis demandé: pourquoi pas moi qui est plus vieux?», a-t-il indiqué, ayant peine à contenir sa tristesse.

De son côté, Claude Collins, alors enquêteur pour la police de Shawinigan, a toujours peine à digérer cette impuissance à secourir ses deux confrères, complètement ensevelis sous les décombres de l'édifice. «Le pire moment aura toutefois été d'annoncer la mort de mon collègue Pierre Déziel à ses parents. Ouff!», s'est-il rappelé avec émotions.

Le 19 mars 1990, peu avant midi, un incendie avait éclaté dans l'un des logements de l'édifice Carier. Le feu avait toutefois couvert longtemps avant que l'alerte ne soit donnée aux pompiers. À leur arrivée, tous s'étaient immédiatement lancés dans une opération de sauvetage. «Les gens étaient sur les balcons et demandaient à être sauvés. Avec des échelles de sauvetage, nous avons tout fait pour les descendre. Je me souviens de cinq ou six personnes ainsi secourues», a raconté M. Périgny.

Or, le pire est ensuite venu. Une violente déflagration a pris tout le monde par surprise, soufflant les quatre coins de la bâtisse en même temps. Deux étages de brique étaient tombés, ce qui avait ensuite causé un embrasement généralisé jusqu'à l'hôtel Shawinigan.

«J'étais dans l'immeuble au premier étage. J'ai vu les plafonds et les murs se fissurer et une pluie de plâtre me tomber dessus. J'ai paniqué et je suis descendu pour sortir mais je suis finalement retourné à l'intérieur pour aller chercher deux collègues qui procédaient à des sauvetages. Heureusement, je les ai croisés pendant qu'ils revenaient», a raconté M. Saint-Onge, policier-pompier.

Pour sa part, son capitaine était à l'extérieur, non loin des deux combattants qui ont péri. «La déflagration m'a soufflé comme du vent. Mes pieds n'ont pas touché à terre. J'ai aussi vu des blocs de ciments tomber sur deux de nos hommes. Il n'y avait rien à faire. C'était traumatisant», a précisé M. Périgny.

Des briques ont aussi été projetées un peu partout autour de l'édifice. Deux jeunes badauds, qui observaient l'incendie de loin, avaient notamment été atteints. Claude Collins avait lui-même reçu «quelques grenailles», pour reprendre son expression, lui laissant le visage ensanglanté. Il s'était néanmoins porté au secours de ces jeunes afin de les extirper des débris. «Nous avions dû agir le plus vite possible, car nous craignions une autre explosion. Avec le recul, je me rends compte que j'ai fait un black-out» de toute cette histoire. J'essaie d'effacer ça de ma vie, car c'est très douloureux», a-t-il raconté.

Malheureusement, l'un des adolescents est décédé des suites de ses blessures. Il s'agit de Thomas Bingle, 14 ans. Son ami, alors âgé de 12 ans, doit maintenant vivre avec un lourd handicap.

Notre photographe du Nouvelliste, Sylvain Mayer, qui était de l'autre côté de la rue, avait lui aussi reçu des morceaux de briques, dont un qui avait endommagé son appareil-photo. «Je me rappelle très bien que c'était la panique totale après l'explosion. Tout le monde avait peur qu'il y en ait une seconde. Et quand les pompiers ont réalisé qu'ils venaient de perdre deux des leurs, c'était la désolation», a-t-il confié.

Il avait cependant été impressionné par la réaction des pompiers. «Ils ont combattu l'incendie qui s'était propagé à l'hôtel Shawinigan. Ils se sont mis en mode: il faut éteindre le feu. C'était extrêmement triste», a-t-il ajouté.

En effet, M. Périgny tient lui-même à souligner l'excellent travail des combattants. «Ils ont fait un effort surhumain dans les circonstances», a-t-il mentionné.

L'incendie avait aussi fait deux victimes parmi les résidents de l'immeuble, soit Jacques Angèle dont le corps n'a jamais été retrouvé, et Jacqueline Dho. L'enquête a par la suite révélé que c'est elle qui avait volontairement mis le feu dans son logement. Quant à la déflagration, elle avait été causée par une accumulation de gaz carbonique dans l'entretoit de l'immeuble. «Depuis cet événement, quand je vais sur les lieux d'un incendie et que je vois sortir de la fumée à travers les briques, je recule le plus possible», a conclu Sylvain Mayer.

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