Libération d'Irina Mysliakovskaia: une mère en colère

Lise Lebel estime qu'Irina Mysliakovskaia a berné le... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Lise Lebel estime qu'Irina Mysliakovskaia a berné le système de justice, notamment en ce qui a trait à sa santé mentale.

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(Shawinigan) Lise Lebel s'insurge contre la décision de la Commission des libérations conditionnelles du Canada de permettre à Irina Mysliakovskaia, la femme responsable de la mort de sa fille Katherine Beaulieu, de recouvrer la liberté après un an de prison et huit mois en maison de transition. La mère de l'étudiante décédée en 2010 dénonce vivement la décision de la Commission et affirme que les victimes d'actes criminels sont démunies devant le système de justice.

«Ils nous donnent l'impression qu'on a [les victimes] des droits. Mais on n'en a pas. Quand madame est sortie mercredi, elle avait tout son soutien: psychologue, thérapeute, agent de probation», dénonce la mère de Katherine Beaulieu qui n'arrive pas à comprendre pourquoi la femme responsable de la mort da sa fille a eu droit à une libération conditionnelle «aussi rapidement».

«Moi, quand je suis sortie tout croche mercredi, je n'avais pas personne. Je n'ai pas de psychologue qui m'a pris en main. Les victimes n'ont pas de soutien. C'est zéro et une barre. Nous avons été éjectés. On nous a sortis du processus.»

La Commission des libérations conditionnelles a donc décidé mercredi de libérer cette femme qui avait écopé en mai 2013 d'une sentence de quatre ans de prison pour conduite avec les facultés affaiblies causant la mort de Katherine Beaulieu. La conductrice fautive avait obtenu, en juillet 2014, l'autorisation de poursuivre sa détention dans une maison de transition.

Rappelons que l'accident qui a coûté la vie à Katherine Beaulieu est survenu en mai 2010, alors que la jeune femme se rendait à l'université. La voiture qu'elle conduisait sur l'autoroute 55 a été fauchée par celle d'Irina Mysliakovskaia, elle qui roulait en sens inverse sur la voie rapide avec un taux d'alcool de plus de 80 mg par 100 ml de sang.

Lise Lebel estime qu'Irina Mysliakovskaia a berné le système de justice, notamment en ce qui a trait à sa santé mentale. Elle ajoute que Mysliakovskaia, dont un psychiatre avait dit lors du procès qu'elle souffrait de trouble bipolaire, ne prendrait plus de médication pour traiter cette problématique. «Ça fait cinq ans qu'on se retient et qu'on avale notre pilule. [...] Elle a enlevé la vie à Katherine. Depuis le tout début qu'on se fait conter des menteries. Et mercredi c'était encore les mêmes choses», ajoute Lise Lebel qui dénonce par la même occasion qu'Irina Mysliakovskaia aurait désormais la garde complète de ses enfants.

«Ces gens-là [les membres de la Commission], en sachant qu'elle est instable psychologiquement, parce qu'elle a un passé d'instabilité, lui laissent la garde de ses enfants sans que personne ne lève la main pour dire qu'on pourrait se garder un bémol [...] Elle s'en retourne et la vie est belle. C'est ça notre société.»

Mme Lebel affirme qu'elle n'arrive pas à croire que la Commission des libérations conditionnelles n'a pas considéré dans son jugement qu'Irina Mysliakovskaia a brisé ses conditions en se procurant de l'alcool dans une succursale de la SAQ en novembre dernier.

Toute la famille de Katherine Beaulieu est consternée, au lendemain de la libération de la femme responsable de son décès. Sa cousine et amie, Audrey Trudel, avoue être «sans mot». «On banalise vraiment son geste avec la peine qu'elle a eue et celle qu'elle a faite réellement. Il y a une grande marge entre les deux», note la jeune femme. «Elle nous a enlevé quelqu'un de cher. Elle a complètement transformé les vies de notre famille et des amies de Katherine, mais elle, sa vie est revenue à la normale. Nous ne croyons pas qu'elle a eu la juste conséquence en fonction des gestes qu'elle a posés.»

La Commission estime dans sa décision que Mysliakovskaia est «consciente de la gravité de son délit et de l'ampleur des conséquences sur les victimes». Elle croit de plus que la dame a toujours collaboré avec les autorités, respecté ses conditions de semi-liberté, à l'exception de son bris de condition, jugé «mineur». Elle a également fait les efforts adéquats pour traiter ses problèmes psychologiques.

Irina Mysliakovskaia doit toutefois respecter quelques conditions. Elle ne peut consommer, se procurer ou posséder de l'alcool. Elle doit de plus participer à des séances de soutien psychologique et ne pas communiquer avec les membres de la famille des victimes.

Une décision «incompréhensible», estime le sénateur Boisvenu

Le sénateur Pierre-Hugues Boisvenu estime que la décision de la Commission des libérations conditionnelles est plutôt «incompréhensible».

«La Commission a un rôle, oui, de remise en liberté, mais elle a aussi un rôle de faire en sorte que la sentence porte sur la gravité du crime commis», soutient le sénateur conservateur, qui croit que Mysliakovskaia aurait dû purger au moins deux ans de sa peine.

Les critiques de Lise Lebel quant à son impuissance devant la Commission des libérations conditionnelles trouvent écho chez le sénateur.

Il indique toutefois que la future Charte canadienne des droits des victimes, qui est présentement à l'étude au Sénat, va corriger la situation en obligeant la Commission à considérer la position des victimes dans leurs décisions.

Malgré cette charte, le sénateur croit que le code criminel devrait prévoir des accusations d'homicide involontaire lorsqu'une personne en tue une autre alors qu'elle conduit avec les facultés affaiblies.

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