Aide médicale à mourir: «C'est la fin du débat»

Claude Deschesnes et Ginette Leblanc alors qu'elle commençait... (Photo d'archives: François Gervais)

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Claude Deschesnes et Ginette Leblanc alors qu'elle commençait à sentir les premiers effets dévastateurs de la sclérose latérale amyotrophique.

Photo d'archives: François Gervais

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Brigitte Trahan
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) La Cour suprême du Canada a finalement approuvé, vendredi, l'aide médicale à mourir, précisant que son interdiction est jugée «inconstitutionnelle». Les gouvernements ont un an pour faire les ajustements nécessaires.

S'il en est un qui attendait cette nouvelle, hier, c'est bien Claude Deschesnes, le conjoint de la Trifluvienne Ginette Leblanc qui avait tenté d'obtenir de l'aide médicale à mourir, en 2012 et 2013, alors qu'elle était atteinte d'une maladie dégénérative incurable.

Mme Leblanc est décédée dans de terribles souffrances avant d'avoir pu mener sa bataille juridique jusqu'en Cour suprême.

L'avocat trifluvien qui avait pris sa cause pro bono en 2012, Me René Duval, était évidemment fort heureux de la décision rendue par la plus haute instance du pays, vendredi matin.

«C'est la fin du débat», se réjouit-il. «Malheureusement, beaucoup de personnes ont souffert depuis la décision Rodriguez, il y a 21 ans», déplore Me Duval, «y compris Ginette Leblanc bien entendu».

«À peine cinq mois après son diagnostic de sclérose latérale amyotrophique, Ginette était prête à partir», raconte Claude Deschesnes. «Elle sentait les effets de sa maladie. Elle a souffert inutilement. Le dernier été avant son décès, elle disait souvent qu'elle était tannée et qu'elle voulait partir. Quand elle s'est retrouvée dans un CHSLD, elle pleurait et disait: «Je ne sers plus à rien. Je suis comme une loque humaine», raconte Claude Deschesnes.

Presque deux ans jour pour jour après son décès, «Ginette aura enfin son cadeau», dit-il.

Selon Me Duval, il y a un hic. «Certains aspects de la loi du Québec, telle qu'elle est, sont incompatibles avec la décision de ce matin (vendredi) qui prévoit l'aide au suicide dans des contextes beaucoup plus larges que ce que la loi dit.»

«La loi du Québec doit être revue à la lumière du jugement de la Cour suprême parce que la loi du Québec est restrictive par rapport aux circonstances dans lesquelles l'aide peut être apportée.»

Me Duval estime que les médecins du Québec sont présentement «assis entre deux chaises. Avant, il y avait la menace d'accusations criminelles. Maintenant, ils ne veulent probablement pas violer la loi du Québec. Il faut que le Québec mette ses culottes et qu'il modifie sa loi à la lumière de la décision de la Cour suprême», estime-t-il.

Me Duval était heureux de voir que beaucoup des arguments invoqués dans le cadre de la décision de la Cour suprême sont ceux qu'il avait invoqués dans l'affaire Leblanc. Il ne croit pas que le gouvernement fédéral puisse maintenant modifier le Code criminel pour prohiber l'aide médicale à mourir tout en restant constitutionnel.

Rappelons que la Trifluvienne Ginette Leblanc avait pris la voie des tribunaux pour tenter d'obtenir une aide médicale à mourir alors qu'elle commençait à ressentir les premiers symptômes de la sclérose latérale amyotrophique, une maladie dégénérative mortelle contre laquelle aucune cure n'est connue.

La bataille de Ginette Leblanc pour avoir droit à une assistance médicale débute en janvier 2012. Me Duval entame les démarches nécessaires pour que, 18 ans après la célèbre affaire Sue Rodriguez, la cause de Mme Leblanc puisse être portée devant la Cour suprême du Canada. Malheureusement, Mme Leblanc sent déjà que son état dégénère à vue d'oeil et craint de ne pas pouvoir se rendre au bout.

La bataille s'annonce d'ailleurs plus longue que prévu. Les procédures ne peuvent se poursuivre qu'en décembre de la même année, soit 11 mois plus tard.

En décembre 2012, alors qu'une étape dans son dossier est entendue en Cour supérieure du Québec, Ginette Leblanc est visiblement très affectée par sa maladie. Parlant difficilement, elle indique aux médias que si la loi le permettait, elle demanderait déjà le suicide assisté.

Mme Leblanc est finalement décédée le 2 février 2013. Ses procédures se sont éteintes avec elle.

Claude Deschesnes, pour sa part, est heureux de la décision prise hier car qui sait, fait-il valoir, «peut-être que c'est moi, un jour, qui aurai besoin de cette décision».

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