Fillette happée: «Je te demande pardon, Noémie»

Même s'il dit éprouver des remords, Dominic Boutet... (Photo: Sylvain Mayer Le Nouvelliste)

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Même s'il dit éprouver des remords, Dominic Boutet a pris le chemin de la prison pour les deux prochaines années.

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Shawinigan) Dominic Boutet, du secteur Saint-Georges à Shawinigan, a écopé mardi d'une peine de deux ans de pénitencier pour avoir blessé gravement une fillette et sa mère alors qu'il avait les facultés affaiblies par l'alcool.

Le juge Guy Lambert lui a également interdit de conduire tout véhicule à moteur pour une période de trois ans.

Le père de la petite Noémie, dont la vie a été grandement hypothéquée par ce drame, était attristé à sa sortie de la salle d'audiences. «On s'attendait à une sentence semblable. Noémie va cependant être prise avec les séquelles toute sa vie. Elle doit apprendre à vivre avec ses problèmes mais heureusement, elle est forte», a-t-il laissé tomber.

Toutefois, il retient que les rêves de sa fille sont brisés. Cet accident a en effet laissé d'importantes séquelles neurologiques et psychologiques chez l'enfant qui n'avait que 10 ans lors de l'accident.

En raison d'un traumatisme crânien sévère suivi de deux arrêts cardiaques et d'un AVC, la petite a perdu ses souvenirs, souffre de problèmes de concentration, de langage et d'audition. Elle souffre également d'une paralysie du côté droit et de spasticité. Elle a de la difficulté à prendre des décisions et à résoudre des problèmes. Elle doit être aidée pour des tâches simples du quotidien comme beurrer une tranche de pain. Elle doit aussi porter des orthèses pour faciliter ses déplacements.

Lors de l'accident, elle était en 5e année dans une classe régulière. Elle a dû recommencer son primaire et à 13 ans, elle est maintenant en quatrième année dans une classe de dysphasie. À l'âge adulte, elle devra éventuellement vivre dans un appartement supervisé.

Quant à sa mère, elle vit avec des conséquences psychologiques importantes en raison de l'état de sa fille.

Rappelons que l'accident était survenu le 13 décembre 2011 à l'intersection de la 104e Avenue et de la 104e Rue dans le secteur Saint-Georges.

Dominic Boutet, un agent de conservation de la faune, avait happé avec son véhicule Manon Gauthier et sa petite Noémie en effectuant un virage. Elles prenaient alors une marche pour regarder les décorations de Noël.

La preuve a démontré que ses capacités de conduite étaient nettement affaiblies par l'alcool. Dans les trois heures précédent l'accident, il avait consommé cinq bières dont quatre grosses.

Le pire est qu'il savait pertinemment qu'il avait les facultés affaiblies car il avait imploré la mère et les témoins de l'accident de ne pas contacter les policiers, sachant que sa vie allait être brisée.

En mai dernier, il avait finalement plaidé coupable au chef d'avoir conduit son véhicule avec les facultés affaiblies causant des lésions corporelles.

Mardi, il a dit éprouver beaucoup de remords et de  honte face à ce qu'il avait fait. «L'accident a eu l'effet d'une bombe. On imagine que ça n'arrive qu'aux autres», a-t-il mentionné.

Il a d'ailleurs lu une lettre d'excuses adressée à Noémie et sa famille. «Je n'ai jamais voulu ce qui est arrivé. Une très mauvaise décision prise à un moment de ma vie très sombre où j'avais perdu le contrôle de mes émotions et de ma raison. (...) Tu es un exemple de courage, de force et de résilience pour tout le monde. Je serais toujours dans l'attente et dans l'espoir de pouvoir un jour te serrer dans mes bras et pouvoir te parler, m'excuser en personne au moins. Je te demande pardon Noémie. »

Son avocat, Me Serge Milette, avait suggéré une peine de 12 à 14 mois de prison alors que la procureure de la Couronne, Me Pascale Tremblay, avait plutôt demandé une peine de trois ans de prison.

Le juge a finalement tranché pour deux ans de pénitencier. D'emblée, il a rappelé qu'il n'était pas là pour venger personne. Il a donc tenu compte des facteurs atténuants tels que le plaidoyer de culpabilité de Dominic Boutet, son absence d'antécédents judiciaires, les thérapies qu'il a suivies pour mettre fin à une problématique de consommation d'alcool, le respect de ses conditions de remise en liberté et le fait qu'il a toujours été un actif pour la société. Notons que Boutet a perdu son emploi d'agent de la faune mais travaille aujourd'hui dans un autre domaine.

D'un autre côté, il a aussi tenu compte des séquelles importantes des victimes et de la témérité dont le prévenu a fait preuve.

La lettre de Dominic Boutet

Le 1er décembre 2014

Pour toi Noémie et ta famille,

Trois longues années se sont écoulées et j'ai encore peine à trouver les justes mots à t'écrire pour t'exprimer l'ampleur de mes regrets et les émotions qui m'habitent depuis le soir qui a marqué nos vies. En tant que papa de deux jeunes filles, je n'ai aucune difficulté à m'imaginer le niveau d'angoisse, de stress, de colère et de haine que vous avez vécu par ma faute. Je n'ai jamais voulu ce qui t'es arrivée, une très mauvaise décision prise à un moment de ma vie très sombre, où j'avais perdu le contrôle sur mes émotions et ma raison.

Depuis les tous premiers instants, je n'ai jamais cessé de penser à toi, au quotidien sans aucune exception et souvent dans mes rêves. J'ai beaucoup prié pour toi, je demande que les petits miracles se poursuivent, pour toi je souhaite le meilleur. Tu es un exemple de courage et de force de résilience pour tout le monde, je serai toujours dans l'attente et dans l'espoir de pouvoir un jour te serrer dans mes bras et pouvoir te parler. M'excuser en personne au moins.

Un père dévasté et rempli de regrets.

Je te demande pardon Noémie.

Dominic

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