Valérie Poulin-Collins plaide coupable

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Valérie Poulin-Collins

Sylvain Mayer

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Nancy Massicotte
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Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) Au stade de son enquête sur détention, Valérie Poulin-Collins a finalement plaidé coupable aux accusations portées contre elle et écopé d'une peine de 31 mois de prison pour avoir enlevé un poupon âgé de 14 heures au CHRTR le 26 mai, pour quatre vols à l'étalage et une possession de méthamphétamine.

Simon Boisclair a indiqué à la procureure de... (Photo: François Gervais Le Nouvelliste) - image 1.0

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Simon Boisclair a indiqué à la procureure de la Couronne que sa conjointe, Mélissa McMahon, et lui ont vécu un énorme sentiment d'insécurité à la suite de l'enlèvement leur petite Victoria.

Photo: François Gervais Le Nouvelliste

Compte tenu de la détention préventive effectuée depuis son arrestation, calculée à temps et demi, elle devra donc purger deux ans moins un jour dans un établissement provincial. Or, cette sentence ne vise pas seulement les objectifs de dénonciation et de dissuasion mais également la réhabilitation compte tenu des problématiques de santé mentale et physique de la jeune femme.

Mardi, bien que visiblement bouleversée et ayant peine à retenir ses sanglots, elle a parlé de son enfance difficile, des abus sexuels dont elle a été victime, de son sentiment d'abandon et de rejet et d'un premier séjour en psychiatrie à 12 ans pour une tentative de suicide.

Elle a aussi avoué s'être auto-mutilée. Ses problèmes mentaux se sont aggravés lorsqu'elle a commencé ses études collégiales. Elle soutient avoir fait une quinzaine de tentatives de suicide au cours de cette période, dont deux la même semaine à la suite d'une rupture amoureuse. Elle s'est notamment jetée dans le lac Saint-Pierre avant d'être sauvée par un citoyen.

Les rapports médicaux révèlent également chez elle un trouble de personnalité limite, des problèmes dépressifs, obsessifs-compulsifs et une commotion cérébrale causée par un accident de la route. Elle a certes consulté des médecins mais selon elle, ils n'ont fait que lui prescrire des médicaments sans plus. Au fil du temps, elle a d'ailleurs développé une dépendance à ces médicaments.

On lui a aussi diagnostiqué une tumeur bénigne au cerveau. Celle-ci provoque toutefois chez elle la sécrétion excessive de prolactine qui, selon la neuropsychologue Sylvie Sauriol, déclenche chez elle des comportements maternels accrus.

La jeune femme a par ailleurs  reconnu qu'elle avait toujours voulu avoir un enfant mais sans succès. Elle a notamment fait une fausse couche et ses démarches en fertilisation ont été vaines. Dans les mois précédant l'enlèvement de la petite Victoria, elle a veillé sur l'enfant d'une amie presque à temps plein. Lorsqu'elle en a perdu la garde, elle a décidé de concrétiser son projet d'enlever un enfant.

C'est à ce moment qu'elle a déniché un uniforme d'infirmière et qu'elle est passée à l'acte en se rendant au CHRTR. Elle a repéré une chambre, aperçu Mélissa McMahon et son poupon naissant pour ensuite l'emmener avec elle sous prétexte qu'elle devait aller le peser.

Soupçonnant quelque chose de louche, la mère a sonné l'alerte. Très rapidement, les recherches ont été déclenchées et des photos tirées des caméras de surveillance ont été diffusées.

Pendant ce temps, Valérie Poulin-Collins s'est malgré tout rendue dans un Wal-Mart avec le poupon et une amie pour acheter des articles de bébé, tout en se faisant passer pour une nouvelle maman qui venait d'adopter. À son retour à la maison, elle a vu les nouvelles à la télévision. Sentant l'étau se resserrer autour d'elle, elle a essayé de se suicider en avalant une dose excessive de médicaments.

Ce sont des jeunes qui, ayant reconnu la suspecte, ont conduit les policiers à son logement. Lorsque les forces de l'ordre l'ont finalement interceptée trois heures après l'enlèvement, elle est tombée dans le coma. Le bébé était sain et sauf.

Valérie Poulin-Collins a d'ailleurs profité de la présence dans la salle d'audiences du père de bébé, Simon Boisclair, (la mère était absente), pour lui faire des excuses. «Je sais que le geste que j'ai posé n'est pas correct. Je me mets à votre place et je me dis que le temps que vous ne saviez pas où elle était, vous deviez être dévastés et terrifiés à l'idée de ne plus jamais revoir votre fille. Vous ne pouvez vous imaginer comment j'ai des remords et que je m'en veux. (...) Je sais que mon geste est impardonnable et que je dois en subir les conséquences. Je peux vous dire que je n'aurais jamais fait de mal à votre petite Victoria. Mon but n'était pas de la blesser. Je m'excuse pour ce que je vous ai fait subir.»

Pour tous les faits énumérés précédemment, le juge Jacques Trudel a conclu que la suggestion commune de sentence proposée par la procureure de la Couronne, Me Marie-Ève Paquet, et l'avocate de la défense,

Me Karine Bussière, était raisonnable dans les circonstances, entre autres parce que la jeune femme n'avait visiblement pas l'intention de causer du mal aux parents et à l'enfant et que ses remords lui sont apparus sincères.

D'un autre côté, il a tenu compte des facteurs aggravants tel le jeune âge de l'enfant, la préparation de son geste et le traumatisme vécu par la famille de bébé Victoria.

M. Boisclair n'a pas voulu témoigner mais il a raconté à Me Paquet que lui et toute sa famille vivaient un énorme sentiment d'insécurité. Il a aussi déploré l'absence de soutien psychologique pour lui et ses proches, celui-ci étant trop onéreux.

Pour sa part, Valérie Poulin-Collins aura droit à ce suivi psychologique afin de favoriser son cheminement personnel. Une fois sa détention terminée, elle devra se soumettre à une probation de trois ans avec suivi.

Elle devra notamment respecter les directives de son médecin, prendre sa posologie, poursuivre son suivi avec sa neuro-psychologue, entreprendre et compléter une thérapie interne de six mois à la Maison Carignan, ne pas consommer de drogue, ne pas se trouver en présence d'enfants de moins de dix ans et ne pas se rendre dans des endroits où on garde des bébés, tels un hôpital, une garderie, un parc ou une école.

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