Trafic de narcotiques: un marché en pleine expansion

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Depuis quelques années, la consommation de médicaments sous prescription obtenus de façon illégale, tel le Dilaudil, est en pleine expansion en Mauricie comme partout ailleurs au Canada.

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Nancy Massicotte
Nancy Massicotte
Le Nouvelliste

(Trois-Rivières) S'il a défrayé les manchettes pour l'arrestation musclée dont il a été victime, Alexis Vadeboncoeur est avant tout ce jeune homme soupçonné d'avoir braqué une pharmacie Jean Coutu de Trois-Rivières le 2 février dernier pour y voler des narcotiques, plus précisément des Dilaudid.

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 Alexis Vadeboncoeur est ce jeune homme soupçonné d'avoir braqué une pharmacie Jean Coutu de Trois-Rivières le 2 février dernier pour y voler des narcotiques, plus précisément des Dilaudid. Il a défrayé les manchettes pour l'arrestation musclée dont il a été victime

Photo: Stéphane Lessard

Âgé de 19 ans seulement, il était alors aux prises avec une grave problématique de dépendance aux stupéfiants, notamment les narcotiques et les opiacés. Il est vrai qu'on retrouve désormais ces drogues avec une grande facilité sur le marché noir, et ce, à un prix presque dérisoire variant entre 10 $ et 25 $. Depuis quelques années, la consommation de médicaments sous prescription obtenus de façon illégale est en effet en pleine expansion en Mauricie comme partout ailleurs au Canada.

L'accoutumance aux psychotropes contre la douleur que sont les Dilaudid, Oxycontin, Hydromorph Contin, timbres de Fentanyl, morphine et méthadone n'est toutefois pas étonnante quand on sait que le Canada est le deuxième plus grand consommateur d'opiacés sous ordonnance dans le monde. Ces médicaments seraient désormais devenus la catégorie de drogue la plus consommée après le cannabis. Selon Santé Canada, il y a eu une hausse marquée des analyses des produits contenant de l'hydromorphone et de l'oxycodone de 2005 à 2012.

La police de Trois-Rivières a elle aussi noté une hausse des saisies de narcotiques depuis deux ans, bien qu'elle ne soit pas en mesure de la chiffrer compte tenu de la façon dont ses statistiques sont compilées. Au niveau judiciaire, Claude Stevens de Trois-Rivières vient tout juste d'écoper d'une peine de 18 mois de prison pour avoir vendu des comprimés d'hydromorphones, des Dilaudid, et du Viagra. Lors de son arrestation le 31 janvier, les policiers avaient retrouvé en sa présence plus de 500 Dilaudid, 60 comprimés d'hydromorphone et huit Viagra, sans compter plusieurs grammes de cocaïne.

Le 3 juin dernier, le juge Guy Lambert n'a d'ailleurs pas manqué de souligner que c'était probablement l'une des premières fois au Québec qu'un tribunal prononçait une sentence pour le trafic de narcotiques. Il dénotait que depuis un certain temps, des accusations étaient portées pour le trafic de narcotiques.

L'arrestation sur Stevens dans le cadre du projet Lamer de la Sécurité publique de Trois-Rivières a aussi permis de lever le voile sur l'organisation qu'il avait mise en place. Il s'approvisionnait, semble-t-il, auprès d'une technicienne en laboratoire de Shawinigan, Karine Grenier,24 ans. Cette femme sans antécédent judiciaire a été formellement accusée de trafic et vol de narcotiques en février dernier. Elle a plaidé non coupable. La date de son procès n'a pas encore été fixée.

Lorsque les policiers de Trois-Rivières avaient procédé à son arrestation, la suspecte était assise avec Claude Stevens dans le logement qu'il habitait à Trois-Rivières. Tel que l'a précisé le juge, la suspecte était en train de lui vendre 60 comprimés d'hydromorphone et 100 Dilaudid à un prix de 1500 $, pilules qui auraient précédemment été volées à son employeur. Leur valeur réelle marchande serait de 300 $ environ.

Me Julien Beauchamp-Laliberté, procureur aux poursuites criminelles et pénales en charge de cette affaire de trafic de narcotiques, explique que la suspecte se livrait à ce trafic depuis un an et demi, et ce, à raison d'un pot de Dilaudid et un autre d'hydromorphones par semaine.

«Au départ, c'est son ex-conjoint, Jean-René Lachappelle-Lamy, qui lui avait demandé de sortir les médicaments pour les vendre à son ami, Claude Stevens. Il se gardait une retenue de 50 % de sorte que son trafic lui aurait rapporté 10 000 $ en six mois. Dans le cas de Karine Grenier, elle aurait continué à trafiquer directement avec Claude Stevens, même après sa séparation avec Lachapelle-Lamy. Ses manigances lui auraient rapporté environ 100 000 $. Quand les policiers l'ont arrêtée, elle avait 5000 $ en argent comptant dans sa voiture», a-t-il indiqué.

Le marché est de toute évidence lucratif et plusieurs l'ont compris. En 2011-2012, le Service des poursuites pénales du Canada a géré plus de 5000 nouveaux dossiers de contentieux liés à la Loi réglementant certaines drogues et autres substances qui concernaient les médicaments d'ordonnance. Ces dossiers s'ajouteraient à plus de 3000 autres traités au cours des années précédentes. Et pour la plupart de ces dossiers, ce sont les opioïdes qui étaient en cause.

Notons qu'en vertu de la loi, les narcotiques se retrouvent dans le même annexe que les drogues dures comme la cocaïne et l'héroïne de sorte que leur trafic est passible d'une peine minimale de 12 mois de prison dans certains cas.

Le rôle des médecins et des pharmaciens

Il est désormais devenu très facile de se procurer dans la rue des comprimés de Dilaudid ou d'hydromorphone pour quelques dollars.

Le marché noir est en effet alimenté par des individus sans scrupules qui vont jusqu'à braquer les pharmaciens ou commettre des vols par effraction dans leur commerce. D'autres font le tour des médecins pour magasiner des prescriptions; d'autres fabriquent de fausses prescriptions. On sait aussi que les trafiquants peuvent s'associer avec des employés travaillant dans les pharmacies afin de les inciter à voler des médicaments en échange d'argent.

Les pharmaciens sont bien conscients que la contrebande de narcotiques commence à faire des ravages. «Nous sommes en quelque sorte les gardiens du médicament. Nous avons des mesures de prévention à appliquer et nous nous devons de détecter les situations d'abus», rappelle Diane Lamarre, présidente de l'Ordre des pharmaciens.

Ainsi, les pharmaciens se doivent de bien gérer leur inventaire de narcotiques et de s'assurer qu'il soit le plus bas possible, compte tenu des vols. Des vérifications sont d'ailleurs effectuées en ce sens par Santé Canada et par leur ordre professionnel. Ils doivent eux aussi surveiller les ordonnances falsifiées.

Un programme «Alerte» a d'ailleurs été mis en place dans les pharmacies il y a plusieurs années pour favoriser l'auto-régulation des clients. Ils sont ainsi 3800 personnes à s'engager formellement à utiliser les prescriptions d'un seul médecin et dans une seule pharmacie sous peine d'être privées de médicaments.

De la sensibilisation est également faite auprès des médecins eux-mêmes qui, à leur insu, seraient aussi devenus des «pushers» en quelque sorte, tout particulièrement en ce qui a trait au contrôle de la douleur. Personne ne conteste la nécessité d'avoir recours à de puissants analgésiques lorsque la douleur est intenable mais encore faut-il bien la cibler et la reconnaître.  

Qui plus est, plusieurs médecins seraient dépourvus quand vient le temps de gérer la dépendance induite par ces médicaments qu'ils ont eux-mêmes prescrits. Il y a en effet peu de

médecins au Québec qui détiennent entre autres un permis leur permettant de prescrire de la méthadone.

Deux poids, deux mesures

Laurence Lemaire

Trois-Rivières - Bien que les pharmaciens de la région disent être conscients de la problématique de contrebande de narcotiques, ils assurent toutefois que les mesures mises en place permettent d'assurer un contrôle rigoureux.

«On essaie d'être vigilants. On tente de contrôler ce qui circule comme on peut», affirme la pharmacienne du Jean Coutu Barkoff, Catherine Benoît. Cette dernière est consciente de la problématique, mais elle ne peut toutefois pas s'avancer sur l'ampleur du phénomène. «On sait que ça existe, car on se le fait dire de temps à autre. Mais on prend les mesures adéquates pour ne pas que ce soit un buffet à volonté», ajoute-t-elle.

Même discours du côté du propriétaire du Jean Coutu Des Forges, Éric Benoît. «Il y a des mesures qui sont prises. Cette problématique n'est pas nouvelle, ç'a toujours été comme ça», affirme M. Benoît.

Selon Mme Benoît, la tenue de l'inventaire doit être faite de manière très rigoureuse non seulement pour prévenir le vol à l'externe, mais également à l'interne.

«Comme dans n'importe quel domaine, il peut y avoir du vol à l'interne. On doit donc surveiller comme il faut», souligne la pharmacienne. Selon elle, le contrôle passe notamment par le respect des règles sur la remise des médicaments émises par Santé Canada, ainsi que celles de l'Ordre des pharmaciens du Québec.

La hausse de saisies de narcotiques depuis deux ans, et les récents vols par effraction observés dans les pharmacies, ne semblent pas sonner l'alarme chez les pharmaciens de la région.

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